#Mali : Livre : Nuit du miracle où l’immersion dans la tradition Bûwa

Nous connaissons tous au Mali et même au-delà l’ethnie Bûwa. Peuple guerrier et fier, réputé pour son ardeur et son sens de l’honneur

Publié mardi 20 août 2024 à 17:30
#Mali : Livre : Nuit du miracle où l’immersion dans la tradition Bûwa

À part ces qualités, qui du reste sont Communes à plusieurs autres ethnies au Mali, très peu en savent sur les traditions et la culture combien riches de ce peuple. C’est à ce voyage que nous convie l’auteur Karaba Traoré dans «Nuit du miracle» avec comme fil conducteur le destin extraordinaire de Pataman, fils de Pangoro, le patriarche des M’Boré’sia (Traoré, Déna et Dackouo).

Dans ce Ô’dou où «jusqu’à ce que tombât le cordon ombilical du bébé, aucune maman ne devait adresser la parole à un interlocuteur qui se trouverait à l’extérieur de sa case, ni lui répondre», Pangoro et sa douce moitié, Bian’han élevèrent leur cinq enfants (quatre garçons et une fille). Pantama, le dernier né du couple sera très attaché à son père. Si cet attachement faisait jaser dans le village, il sera très utile au gamin, qui, à ses 11 ans, ayant beaucoup entendu et appris auprès de son père et ses camarades d’âge sous le tjozan’iin (l’arbre à palabre) était très en avance sur ses camarades et même ses aînés.

Une nuit, au clair de lune, avec ses amis, il s’endormit sur la place publique. À son réveil, plus personne n’était autour de lui. Titubant pour rejoindre sa case, dans la ruelle, il entendit, dans le noir, deux hommes parler du sort qui devait être réservé à une habitante du village. Nul doute, l’une des voix était celle de So’ôo, ce grand solitaire, craint pour ses pouvoirs mystiques et qui selon la légende avait, avec son canari pris un nombre incalculable de vies dans le village et alentours.

Même le dolo, cette «bière rousse», prisé en milieu Bûwa et qui consolide les liens d’amitié, personne n’osait le partager avec So,ôo. «Celui qui en fit l’expérience resta cloué au lit une année entière victime d’une diarrhée chronique». Pris d’un subit courage, comme pour aller croiser son destin, Pantama entreprit de suivre, à pas feutrés, celui qui était soupçonné d’appartenir à la confrérie des hommes aux mains sales (sorciers).

Derrière les cases, So’ôo croqua une grosse noix de cola, crachat à gauche et à droite tout en souhaitant la mort de Mawaza. Ce soir-là, il lui arriva ce qui ne s’était jamais produit en trente années, il s’endormit et ronfla. Le serment avec son canari protecteur venait d’être rompu. Dans la nuit noire, une voix se fit entendre se plaignant de l’attitude de So’ôo et demandant au jeune Pantama, caché derrière les buissons d’emporter «son cadeau» : le canari.

Ayant pris connaissance de cette histoire de la bouche de son benjamin, Pangoro, en homme avisé s’en ouvrit à son intime et unique ami. Il ne pouvait en être autrement dans ces contrées où ne pas avoir d’ami fidèle ou en avoir plusieurs étaient mal vu. Avant la fin de l’année entière qu’il a fallu à Pangoro, son ami et sa famille pour consulter les marabouts et féticheurs afin d’épargner ce fils dont on disait que la renommée allait être comme le soleil au zénith, l’auteur, Karaba Traoré, en bon ingénieur géologue nous promène avec délicatesse et un style entrainant dans les profondeurs de la culture et la tradition Bûwa.

Ainsi, on apprend que dans un couple, l’homme et la femme se désignent par le mot anonyme o’bé qui signifie toi, signe de grandeur, de respect et de pudeur acquis au bout de longues années de fiançailles «quand il leur était interdit de se parler et surtout de prononcer le nom du futur conjoint». Chez les Bûwa du Ô’dou le tjozan’iin (l’arbre à palabre), était le lieu où les hauts faits des temps anciens étaient racontés, les hommes initiés aux servitudes de la vie, la vie de couple débattue, (me) dire des femmes, il est dressé un peu loin des cases pour avoir une vue dégagée et prévenir les razzias dont a beaucoup souffert ce peuple.

Mais cette position stratégique du tjozan’iin permettait aussi de voir entrer ou sortir les étrangers surtout des étrangères qui fuyaient très souvent leurs foyers, car selon l’auteur «la propension de la femme Bûwa à rompre son mariage même pour une peccadille mettait son mari en éveil et même les parents de celui-ci».  

D’ailleurs dans ce milieu, le rapt d’une fille par un homme pour la marier sans l’autorisation des parents de la fille n’était pas une mauvaise chose à condition que le père du mari envoyât plus tard des émissaires dans la famille de la fille pour se déclarer, présenter des excuses et au besoin «au cas où le père ou la mère de la fille ferait des difficultés, de leur rappeler qu’ainsi était la tradition dans le pays Bûwa». Longuement, Karaba Traoré revient dans ce livre sur les rituels des obsèques dans ce milieu où «Il n’y a pire chose dans le milieu Bûwa que de ne pas voir de ses propres yeux la dépouille d’un proche».

Au XIIIème et dernier chapitre de ce livre passionnant de 114 pages qui se lit d’une traite tant l’écriture est captivante, Pantama, après que son père et son clan ont effectué tous les sacrifices prescrits par les marabouts et féticheurs, rêva et se retrouva au sein d’une assemblée où il était le seul porteur de cheveux noirs. Il lui a été révélé qu’il avait été choisi parmi les humains pour bénéficier de certains avantages. Lui qui avait récupéré le canari de So’ôo, le sorcier faiseur de mal, devenait à cause de ce même canari qu’il a emporté comme «cadeau» un faiseur de bien en soignant les malades de Matchèrè Pénou (son village), des villages environnants et du monde.

Mohamed DAGNOKO, journaliste

Rédaction Lessor

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