Une dispute entre deux belles-sœurs par alliance dans une famille à Bolibana, en Commune III
Devant un domicile dans un quartier de la
Commune V du District de Bamako, une
foule de badauds observe une scène où on entend des cris de femmes. Dans la
masse, une jeune dame de teint clair blâme les protagonistes en ces
termes : «À cause de vous, tous les voisins ont les yeux rivés sur notre
famille.» Celle qui a requis l’anonymat est mariée et âgée de 26 ans. Elle est
chez son père pour un bref séjour.
Les protagonistes de ce conflit sont les épouses
de ses frères. «Chaque jour, elles se disputent et s’adonnent à des actes de
provocation. Elles sont devenues insupportables en famille et sont indexées
dans le quartier comme des éternelles perturbatrices», dénonce celle qui les
accuse d’avoir pu séparer leurs maris qui sont des frères biologiques. L’aîné
de la famille est incapable de dire la vérité à sa femme. Cela a poussé le
benjamin à faire des reproches à son grand-frère et ils se sont bagarrés,
explique la jeune dame.
La rivalité entre les belles-sœurs par
alliance est l’un des grands maux de nos familles. Au nombre de deux déjà,
elles mettent le feu à la poudre créant ainsi un climat de guérilla permanente
dans leur belle-famille. Cette hostilité met en péril les relations entre leurs
époux contrairement au conflit entre les coépouses qui ne nuisent qu’aux
femmes. C’est pourquoi, certains osent croire que la rivalité entre les
belles-sœurs est plus dévastatrice pour nos familles.
Une mère de deux enfants, sous anonymat, précise qu’elle a trois belles-sœurs par alliance. Elle est l’épouse du troisième fils de sa belle-mère. Une affaire de cuisine a opposé deux d’entre elles. «La femme du premier fils a eu un problème de santé. Le médecin lui a donné une fiche médicale la conseillant d’éviter les travaux physiques pénibles. Malgré cette dispense médicale, sa belle-sœur a insisté afin qu’elle exécute les tâches ménagères», explique l’habitante de Titibougou, en Commune I du District de Bamako. Pour contraindre la malade de s’occuper de la cuisine, indique-t-elle, l’épouse du jeune frère ne préparait pas après avoir observé ses deux jours de ménage. Et d’informer que la patiente a fini par se plier à l’exigence et faisait la cuisine. Chose qui a aggravé sa maladie et précipité son décès.
RESPONSABILITÉ DES HOMMES-La mère de deux mômes
témoigne qu’après son mariage, il y avait toujours des disputes entre ses
belles-sœurs par alliance et elle. «Mon mari a été obligé de quitter la maison
familiale pour aller vivre en location», confie-t-elle. Et de préciser : «La
rivalité entre les belles-sœurs est pire que celle qui oppose les coépouses.»
Pour elle, les malentendus qui existaient dans leur famille sont dus à l’égoïsme
et l’arrogance d’une des épouses. Elle cite également le désir de cette dernière
à imposer son point de vue à tout le monde dans la maison y compris à la belle
mère.
Celle-ci, dit notre source, ne voulait pas qu’elle quitte son fils par
crainte qu’il reste célibataire pour toujours à cause du fait qu’il n’a pas
d’argent.
Mariam
Traoré est âgée de 34 ans. La native de la Côte d’Ivoire est mariée dans une
famille Touré, en Commune V du District de Bamako. Elle explique qu’elle
habitait la même concession que la femme de son beau-frère. «Au début, on
s’entendait bien. Mais lorsque mon mari qui vit à l’étranger a commencé à
m’envoyer des cadeaux et de l’argent, je suis devenue son ennemie jurée.
Elle ne
voulait pas me voir heureuse dans ce confort», regrette-t-elle. Selon la
trentenaire, ce climat d’hostilité n’existe pas chez elle (en Côte d’Ivoire).
Elle insiste qu’elle n’a jamais vu ce genre de comportements entre les belles-sœurs
par alliance surtout avec des scènes de provocations. «C’est mon mari qui
payait les loyers de la concession où la famille vivait. J’ai vécu toutes
sortes de souffrances notamment des injures, des diffamations et des calomnies»,
déplore la jeune dame. Et de déclarer qu’ils ont fini par se séparer.
Pourquoi cet affrontement entre les belles-sœurs par
alliance ? L’octogénaire Fanta Samaké, résidant à Daoudabougou estime que les
hommes ont failli à leurs devoirs de chef de famille. Un adage dit «qu’il n’y a
pas deux commandants dans un bateau», cite-t-elle assise sur un escabeau.
Auparavant, se rappelle-t-elle, les femmes n’osaient même pas faire de petites
querelles entre elles à plus forte raison avoir des malentendus entre belles-sœurs
par alliance. Et de déplorer qu’aujourd’hui, les femmes ont toutes sortes de
liberté dans la famille de leurs maris. Selon Fanta Samaké, la méchanceté, l’égoïsme
et l’orgueil sont des vices que l’on rencontre dans certains de nos foyers.
Cependant, elle soutient que mieux vaut avoir une coépouse qu’une belle-sœur
par alliance.
En face du cimetière de Daoudabougou, en Commune V du District de Bamako, Soumaïla Coulibaly âgé de 78 ans est en compagnie de ses petits-fils. Ce père de quatre enfants accuse les époux d’être responsables des malentendus entre les belles-sœurs par alliance. «Quand la femme sait l’amour très profond qui illumine les yeux de son mari, elle se permet de faire ce qu’elle veut dans la famille», argumente le septuagénaire. Il se souvient qu’à leur époque, il n’y avait pas assez de malentendus entre leurs épouses. Il est temps, prévient le sage, que les hommes se ressaisissent et prennent conscience de leurs responsabilités en tant que chefs de famille.
Aminata SOUMAH
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