Gao : Le délestage dope le marché des groupes électrogènes

Les coupures d’électricité font le bonheur des vendeurs et des réparateurs de groupes électrogènes. Aussi, les marchands de carburant et de pièces de rechange affichent le sourire. La clientèle est abondante car les habitants aisés ne lésinent pas sur les moyens pour échapper à la canicule

Publié jeudi 13 avril 2023 à 05:36
Gao : Le délestage dope le marché des groupes électrogènes

L’atelier du Français, Jacques Mauret, reçoit la plupart des groupes électrogènes ou portatifs de la région pour réparation

 

L’électricité devient de plus en plus une denrée presque inaccessible pour les abonnés du réseau de la société Énergie du Mali (EDM-SA). Les coupures d’électricité sont devenues monnaies courantes de jour comme de nuit. Les abonnés en souffrent d’autant plus qu’ils sont confrontés à des températures caniculaires insupportables.

L’électricité a tendance à devenir un confort qui n’est accessible qu’aux seuls détenteurs de groupes électrogènes de secours. Ceux qui n’en disposent pas sont condamnés à croiser les doigts et à patienter que EDM-SA rétablisse la fourniture d’électricité et cela de façon aléatoire. Dans la Cité des Askia, le délestage affecte tous les domaines d’activité.

Le directeur de la société EDM-SA de Gao, Mahamane Cissé, a expliqué les raisons de cette difficulté aux autorités régionales. En effet, la centrale thermique de la société produit 3 mégawatts qui sont repartis sur quatre lignes. Il est évident que cette production est insignifiante au regard de la forte demande en électricité. Selon Mahamane Cissé, la Commune urbaine de Gao a besoin de 11 mégawatts.

Rappelons que lors de la visite du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, à Gao, le gouverneur de la 7ème région administrative n’a pas manqué d’égrener quelques préoccupations des populations parmi lesquelles, la faible desserte en eau et en électricité. Le directeur général de l’hôpital Hangadoumbo Moulaye Touré de Gao, Dr Youssouf Almoustapha Touré, soutient que la structure sanitaire est la première victime du délestage et cela dure depuis 15 mois. Selon Dr Touré, l’hôpital régional dispose de 4 services qui fonctionnent uniquement avec l’électricité.


Il s’agit du bloc de réanimation, du bloc opératoire, du service d’urgence et de l’imagerie. Des groupes électrogènes de 180 Kva et 440 Kva tournent en permanence et dont la consommation en gasoil est estimée à 47 litres par heure.

Il est évident que pour le responsable de la structure sanitaire, les charges inhérentes au fonctionnement de ces groupes constituent une source de préoccupation dans la mesure où les recettes engrangées en retour ne font pas le poids. Cette situation devient aussi une source d’insomnie pour Dr Touré et il avoue son impuissance à alléger la souffrance des patients qui ont besoin de soins.

 

SOLLICITÉS À FOND- Si les patients continuent à souffrir du délestage, les vendeurs et les dépanneurs de groupes électrogènes se frottent les mains. Actuellement à Gao, le bruit sourd d’un groupe électrogène en marche fait partie de l’ambiance sonore. À la moindre coupure d’électricité, les groupes électrogènes reprennent automatiquement le relais au niveau des marchés, des services publics ou dans certaines familles en déversant des décibels.


Cette solution palliative a pour objet de faire fonctionner le climatiseur dans les boutiques et les appareils électroniques et informatiques dans les services publics ou les réfrigérateurs, les climatiseurs et autres appareils électroménagers dans les domiciles. Mais cette situation de confort génère à son tour des opportunités d’affaires pour d’autres catégories d’acteurs comme les réparateurs qui font de leur mieux pour dépanner ces machines qui sont sollicitées au-delà de leur capacité de fonctionnement.

Français installé à Gao, Jacques Mauret est considéré comme l’un des premiers dépanneurs de groupes électrogènes ou portatifs de la région. «Il y a 40 ans que j’ai appris ce métier à travers la réparation d’engins à deux roues puis de motopompes. Ces interventions sur ces machines m’ont conduit petit à petit vers la réparation des groupes électrogènes. Mes premiers dépannages de groupes électrogènes ou groupes portatifs ont porté sur les marques française Bernard et russe Tomax et autres marques telles que Robin et Honda», explique-t-il.

Selon Jacques Mauret, les groupes électrogènes de 7 à 16 Kva ne peuvent pas fonctionner 24 heures sur 24 sans avoir une panne, parce qu’ils ont besoin de repos pour se refroidir. Or, les propriétaires pensent que le groupe doit tourner 24 heures sur 24. Ces machines sont conçues juste pour pallier une panne qui dure quelques heures. Il explique qu’un groupe portatif de 7 Kva qui démarre à 17 heures jusqu’à 22 h, aura besoin d’un temps d’arrêt pour le refroidissement.

 

QUALITÉ DOUTEUSE DU CARBURANT- Au-delà du besoin de refroidissement, les pannes des groupes électrogènes sont dues soit à la mauvaise qualité du carburant soit au manque de pression ou encore de bobine. Le dépanneur est beaucoup sollicité mais il a du mal à se faire payer par certains clients. L’astuce de Jacques Mauret pour pallier cette situation d’impayés, est de se rattraper sur les prix des pièces de rechange. «Pour une panne qui ne dépasse pas une journée de travail, je demande 5.000 à 10.000 Fcfa.


Comme vous pouvez le constater, dans mon atelier, il y a des groupes électrogènes disposés un peu partout. Certains sont là pour le dépannage depuis deux mois et d’autres depuis dix ans et plus. Certains clients ne sont plus revenus à cause de manque d’argent et moi je n’ai plus de places pour les ranger.

Même ma cour est bondée de groupes électrogènes réparés mais que le temps a ranci en dégradant les couleurs. Dans les années 1970, je gagnais bien dans le dépannage et la vente des pièces de rechange. Actuellement, le marché est saturé de réparateurs et de boutiques de vente des pièces de rechange», se lamente le réparateur Mauret.

Zackaria Maïga est un autre jeune dépanneur de groupes électrogènes qui évolue dans ce secteur il y a plus de dix ans. Il est chef d’atelier. «Je répare les petits groupes électrogènes d’essence de 7 à 16 Kva, mais je n’ai jamais dépanné les gros groupes électrogènes. La panne de la plupart des groupes que je reçois ici est due à la mauvaise qualité du carburant», révèle-t-il.

Le carburant qui se vend sur le marché de Gao contient du Jet et cette qualité d’essence contient un produit très diluant, croit savoir le dépanneur. Souvent, ce sont des pannes dues à une faiblesse de pression. Ses frais de dépannage varient selon la capacité de la machine. Un groupe électrogène de 5 Kva est réparé à 5.000 Fcfa, celui de 13 Kva à 15.000 Fcfa et 16 Kva à 20.000 Fcfa.


Dans la journée, je peux recevoir une quinzaine de groupes portatifs ou petits groupes électrogènes. À n’en pas douter, Zackaria Maïga tire bien son épingle du jeu, car il « gagne bien sa vie ». Avec les revenus générés par son activité, il s’est marié, a construit une maison en ciment et gère une boutique de vente de pièces de rechanges de groupes électrogènes. Il possède même une voiture pour ses déplacements.

 

L’ORPAILLAGE, MARCHÉ LUCRATIF- Un peu plus loin de Zackaria, la quincaillerie de Mohamed Ould vend des groupes électrogènes de capacité 5 à 200 Kva. Selon lui, le marché se présente en dents de scie. Il lui arrive de passer une quinzaine de jours sans vendre un seul groupe électrogène.

Mais, ce mois de Ramadan s’est révélé être une période faste, où il lui est arrivé de vendre 5 groupes électrogènes de 5 Kva pour 675.000 Fcfa l’unité. Les groupes électrogènes de 180 Kva et 200 Kva qui coûtent un peu chers ne sont pas très sollicités, car une unité de ces machines se vend à près de 19 millions de Fcfa.

Abou Haïdara est gérant dans la boutique de son père qui importe ses groupes électrogènes du Nigéria. La boutique propose aussi des pièces de rechange de ces machines. Un petit groupe électrogène de 2 Kva est cédé à 225.000 Fcfa. En cette période de chaleur, Abou peut vendre 3 à 7 petits groupes par jour et ses clients potentiels sont les orpailleurs. Il lui arrive de satisfaire des commandes de particuliers pour les besoins domestiques, mais en général il s’agit beaucoup plus de pièces de rechange.

Tidiane Haïdara est un heureux propriétaire d’un tout nouveau groupe électrogène qu’il a acheté chez Abou Haïdara. Il était tout content de mettre en marche sa machine pour alimenter son supermarché qui contient des denrées alimentaires qui ont besoin de la chaîne de froid. Le délestage pendant ce mois de Ramadan lui a donné des sueurs froides et causé des pertes importantes.


«Je viens d’ouvrir mon commerce et les produits frais disposés au frigo sont régulièrement avariés avec les coupures intempestives d’électricité. J’ai été obligé d’acheter ce groupe électrogène de 3 Kva à 225.000 Fcfa. Cet équipement limitera les dégâts causés par les coupures d’électricité. Les avaries de produits alimentaires ne me hantent plus avec ce groupe électrogène», assure-t-il, le sourire aux lèvres.

Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao

Lire aussi : INSP: Des résultats appréciables en 2025

Le projet de budget 2026 de l’Institut national de santé publique (INSP) se chiffre en recettes et en dépenses à la somme d’environ 3,88 milliards de Fcfa contre un peu plus de 3,98 milliards de Fcfa en 2025, soit une légère diminution de 3,5%..

Lire aussi : VIH-Sida : Sous le poids de la discrimination et de la stigmatisation

Malgré l’existence de textes juridiques destinés à protéger les personnes vivant avec le VIH-Sida, la discrimination et la stigmatisation restent une réalité au Mali.

Lire aussi : École publique du Quartier/Mali: Des anciens élèves offrent des vivres à leurs enseignants

Dans le cadre de l’opération Sunkalo Solidarité, l’Association des anciens élèves de l’école publique du Quartier /Mali (promotion 1988) a offert des vivres aux anciens enseignants et au personnel éducatif. La remise symbolique s’est déroulée hier dans la cour dudit établissement, e.

Lire aussi : Chambre des mines : Vers un nouveau cadre organisationnel

Le gouvernement de la Transition a dissous en janvier 2025 les organes de la Chambre des Mines du Mali marquant ainsi une volonté claire de refondation et de dynamisation de cette institution vitale pour l’économie nationale..

Lire aussi : Complexe numérique de Bamako : Des difficultés persistantes

Outre des difficultés de trésorerie et de personnel, d’autres contraintes ont été évoquées, notamment l’incertitude autour de l’acquisition du site devant abriter le Complexe.

Lire aussi : Ramadan : Faible engouement pour les jus industriels

Beaucoup pensent que ce commerce est particulièrement rentable en période de jeûne. Pourtant, la réalité est toute autre pour nombre de commerçants.

Les articles de l'auteur

Gao : Le ministre Fomba veille au bon fonctionnement du sport

La salle de conférence du gouvernorat de Gao a servi de cadre, samedi dernier, à une rencontre d’échanges du ministre de la Jeunesse, des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Abdoul Kassim Fomba, avec les responsables de ligues de toutes les disciplines sportives de la région..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié jeudi 05 mars 2026 à 08:58

Younoussa Hamara, historien et écrivain : «le cimetière de Saneye doit être protégé et sécurisé pour les générations futures»

Dans cette interview, l’historien et écrivain Younoussa Hamara évoque l’origine du quartier Saneye et son célèbre cimetière dans la Cité des Askia, son importance pour le tourisme local et le mystère qui entoure le vieux site.

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié jeudi 05 mars 2026 à 08:58

Gao : Le ministre Fomba réaffirme son engagement en faveur de la jeunesse

Dans le cadre de la rencontre d’échanges dénommée «Minisiri Ka Kéné», le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la construction citoyenne, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, à la tête d’une forte délégation, est arrivé, vendredi dernier, dans la Cité des Askia..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié mercredi 04 mars 2026 à 08:52

Gao : Ben Ali Sidi Amar reconduit à la tête de la délégation régionale de la CCIM

L’élection consulaire de la délégation régionale de la Chambre de commerce et d’industrie de Gao s’est tenue, le 21 février dernier au gouvernorat, sous la présidence du président du Tribunal de grande instance de Gao, assisté de deux assesseurs et d’un représentant de la mairie..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié mardi 03 mars 2026 à 08:27

Gao : Le site archéologique de Gao-Saneye fait l’objet de spéculation foncière

Le site archéologique de Gao-Saneye se situe à 8 km de la ville actuelle sur un ancien bras du fleuve Niger (vallée morte de Tilemsi). Il fut décrit au IXè siècle par les chroniqueurs arabes comme un important centre commercial où convergèrent beaucoup de routes commerciales..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié vendredi 27 février 2026 à 08:58

Ramadan et Carême à Gao : Le marché bien approvisionné en denrées alimentaires à des prix accessibles

Gao, premier jour du mois de Ramadan et du Carême. Les magasins de stockage de Gaakoye et frères, de Sidi Ould Halil et d’Abdoul Fatah sont suffisamment approvisionnés en denrées alimentaires pour satisfaire les besoins des fidèles musulmans et chrétiens de la Cité des Askia..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié lundi 23 février 2026 à 08:37

Gao : Le palmier doum d’Égypte très convoité

Scientifiquement dénommé «Hyphaene thebaica», ce grand arbre qui peut atteindre 30 mètres de hauteur avec un stipe (tronc) de 40 cm de diamètre est connu sous le nom «Zimini» en bamanankan et «Kangow» en Songhoy. Ses composantes sont sollicitées pour différents besoins et depuis les années 1800, il est mentionné dans les textes égyptiens.

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié jeudi 18 décembre 2025 à 08:32

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner