Diboli et Kidira : Les villes jumelles à l’épreuve des sanctions

Les deux pays sont confrontés à des difficultés par rapport au transport des marchandises

Publié mercredi 09 février 2022 à 07:03
Diboli et Kidira : Les villes jumelles à l’épreuve des sanctions

Les habitants des deux localités frontalières entre le Mali et le Sénégal sont plongés dans une situation d’incertitude. Les échanges
commerciaux ont du plomb dans l’aile

Ce vendredi 14 janvier 2022, deux voyageurs prennent la direction de Diboli, une localité frontalière du Sénégal. À l’aller comme au retour, on avait l’impression que c’était une journée de repos. On pouvait parcourir tout le trajet, en ne rencontrant qu’une quarantaine ou une cinquantaine de gros porteurs (camions remorques, camions citernes). Il y a moins d’embouteillage sur la voie, signe d’une baisse de trafic occasionnée par les sanctions prises le 9 janvier 2022 à Accra par la Cedeao et l’Uemoa.

Située à 80 km de Kayes, la petite ville de Diboli, tout comme sa voisine Kidira du Sénégal, a du mal à supporter le choc causé par ces sanctions. Surtout que les riverains du fleuve «La Falémé» qui sert de frontière naturelle entre Diboli et Kidira n’avaient pas bien compris le contenu du communiqué qui annonçait lesdites sanctions. Bon nombre pensaient qu’il s’agissait d’un embargo comme c’était le cas en mars 2012 après le coup d’État contre le président, Amadou Toumani Touré.

Les autorités des deux postes frontaliers, après avoir compris la teneur dudit communiqué, ont vite fait un grand pas en arrière, en levant les mesures d’interdiction pour certains produits, permettant ainsi aux gros porteurs (camions-remorques, citernes) de franchir la frontière afin de poursuivre leur trajet soit au Sénégal soit dans notre pays. «Lundi (10 janvier), plus de 400 camions étaient bloqués à la frontière. Durant les 12 et 13 janvier derniers, on a évacué plus de 200 camions contenant les hydrocarbures et les denrées de première nécessité», se souvient le secrétaire général du Syndicat des transporteurs de Diboli.

«On a eu beaucoup de difficultés après la fermeture des frontières. Diboli est considérée comme une ville résidentielle et Kidira un centre commercial. On s’approvisionne dans cette localité. On ne peut pas vivre sans eux (les habitants de Kidira) et vice-versa. Ces sanctions constituent une perte, notamment pour nos deux villes», déplore Madou Daou, président du Conseil communal de la Falémé.

Selon lui, ces sanctions sont inacceptables pour ces deux villes, surtout que beaucoup de Maliens ont leurs boutiques à Kidira. Notre équipe de reportage a vu des passagers et d’autres habitants en train de traverser le pont, distant d’environ 200 mètres, à pied avec leurs sacs de voyage, sous un temps moins ensoleillé. Les véhicules sont tous garés au niveau des postes de contrôle de chaque pays.

Du côté de la SONEF de Kayes, un agent nous a fait savoir que leurs cars déposent les clients à Diboli. Ces derniers doivent se rendre de l’autre côté du fleuve où les cars des Sénégalais les attendent. Il en est de même pour les voyageurs à destination du Mali.

«Les deux pays ont été confrontés à beaucoup de difficultés par rapport au transport des marchandises. Quand il y a fluidité, cela profite beaucoup aux deux pays. L’utilisation du Port de Dakar apporte 600 milliards de recettes par an au Mali. Nous avons besoin des produits de l’extérieur (ciment, fer, véhicules, aliments…), et le Sénégal a également besoin de nos produits (mil, petit mil, sorgho, arachide, viande et bétail, produits fruitiers et de cueillette…).

Ces sanctions sont perçues comme un embargo qui frappe toute la région. Car, le Mali se sert d’autres ports en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Ghana», a expliqué Madou Coulibaly, secrétaire général du Syndicat des transporteurs de Diboli.

Les sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa sont durement ressenties par des chauffeurs et les compagnies de transport. Les chauffeurs sont obligés de payer les frais de stationnement de leurs véhicules, en attendant la levée des sanctions ou le règlement des formalités au niveau de la douane. Même son de cloche pour les transitaires qui payent 50.000 voire 100.000 Fcfa comme frais de stockage de leurs marchandises.

Par ailleurs, les transitaires et les agents des compagnies routières ont souvent des difficultés à faire face aux dépenses familiales à cause du chômage technique. D’autres ont même confié leurs véhicules stationnés à leurs apprentis afin de retourner au bercail pour s’occuper de leurs familles et mener d’autres activités afin d’éviter l’oisiveté.

Même son de cloche pour les chargeurs qui souhaitent une synergie d’actions entre les opérateurs économiques, la douane et les autres services financiers et de sécurité pour la mise en valeur des axes routiers reliant notre pays à d’autres pays ayant des débouchés sur la mer. En dépit de ces couacs, Madou Coulibaly se veut optimiste et mise sur l’entraide et la solidarité internationale dans une région où les peuples sont liés par l’histoire et la géographie.

Dans la ville de Kayes, notre équipe de reportage s’est rendue aussi dans une autogare où les gens empruntent des véhicules 4X4 pour se rendre  dans la ville mauritanienne de Sélibaby via Aourou. Ici, on aperçoit quelques passagers assis sur des nattes placées devant un magasin, dans l’attente d’un véhicule. Côté nord, on y aperçoit un groupe de chauffeurs, d’apprentis et coxers guettant l’arrivée des passagers.

«Ici, on ne sent pas du tout l’impact des sanctions sur le trafic. Nous avons deux à trois Land Cruiser qui assurent la liaison entre nos deux pays. Nous transportons des produits comme l’huile, la pomme de terre, l’orange, la mandarine en provenance du Maroc ou du Mali, la pomme de terre, la patate. Nous voulons seulement le bitumage de l’axe Kayes-Nouakchott.

La route qui ressemble à une piste rurale est très fréquentée par des voyageurs de la sous-région ouest-africaine, dont les Nigériens», soutient Cheick Tidiane Ba de TKS (Transport Kayes Sélibaby). Il souhaite que l’État mette l’accent sur la création des unités industrielles de production et de transformation.

Tous nos interlocuteurs déplorent ces sanctions et invitent l’État à négocier avec la Cedeao et l’Uemoa en vue de trouver une solution durable à la crise, gage de stabilité dans la région.

Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes

Lire aussi : Bamako: Arrivée de 780 citernes ce mercredi

Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, ce sont plus de 780 camions-citernes qui sont arrivés ce mercredi 18 mars 2026 dans les parkings à Bamako..

Lire aussi : Agriculture, élevage et pêche : De bonnes perspectives

Le Conseil de cabinet élargi des départements de l'Agriculture, de l'Élevage et de la Pêche et du Commissariat à la Sécurité alimentaire sur la validation du plan triennal de campagne agricole consolidé et harmonisé s’est tenu, mardi 17 mars, à la Direction des finances et de matériels .

Lire aussi : Le ministre des Mines à propos de la Brigade spéciale des mines : «Le gouvernement a créé cette brigade pour mener une lutte implacable contre les exploitations illégales des mines»

La création de la Brigade spéciale des mines a été adoptée lors du Conseil des ministres du 11 mars 2026. Dans cet entretien, le ministre des Mines, Amadou Keita, revient sur les motivations du gouvernement en mettant en place cette brigade. Il explique également l’organisation de cette no.

Lire aussi : Approvisionnement en carburant : Plus de 500 citernes réceptionnées, les autorités rassurent

Plus de 500 camions-citernes chargés d’hydrocarbures ont été réceptionnés ce vendredi 13 mars 2026 à l’Office malien des produits pétroliers (Omap). Cette opération vise à renforcer la disponibilité du carburant et à stabiliser l’approvisionnement du marché national, dans un contex.

Lire aussi : Affaire Wave : Le décryptage dE Mamadou Coulibaly

L’expert en audit stratégique des filières économiques soutient que la régulation du secteur du mobile money au Mali nécessite d’équilibrer la concurrence, d’harmoniser les tarifs et de renforcer la sécurité des consommateurs.

Lire aussi : Filière lait au Mali : Un potentiel de 2,55 millions de tonnes encore sous-exploité

La valorisation du lait local était au cœur d’une séance de travail tenue, jeudi dernier, dans les locaux du ministère de Élevage et Pêche. Cette rencontre a réuni le groupe de dialogue Élevage et Pêche, les acteurs du sous-secteur, ainsi que les autorités sectorielles avec pour objectif.

Les articles de l'auteur

Kansoutou Kanouté : Une amazone de la radio à Kayes

L’Office de radio et de télévision du Mali (ORTM) regorge de femmes talentueuses tant à Bamako que dans les régions. Parmi ces braves dames qui font la fierté de la maison mère à Bozola, figure Mme Kansoutou Kanouté, directrice régionale de l’ORTM de Kayes. Avec son accent ivoirien, elle a forgé son chemin dans le paysage médiatique et culturel, grâce à sa voix captivante, son courage et sa rigueur au travail..

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:31

Région de Kayes : Reconduction du Couvre-feu pour un mois

Le couvre-feu a été reconduit dans la Région de Kayes pour une période d’un mois à partir de ce dimanche, a appris l’AMAP de source officielle..

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié lundi 02 mars 2026 à 09:09

Kayes : L’État apporte son soutien aux confessions religieuses et aux couches vulnérables

Le mois de Ramadan se déroule bien dans la Cité des rails et surtout dans un esprit de solidarité. Cette vertu cardinale de notre société a été encore concrétisée à Kayes dans le cadre de la 3è édition de l’opération «Sunkalo solidarité» du gouvernement à travers une remise de vivres aux fidèles musulmans et chrétiens, aux veuves de militaires, et à d’autres couches sociales de la Région de Kayes.

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié vendredi 27 février 2026 à 08:59

Kayes : Un projet sous régional lancé pour consolider la paix

Il est financé par le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF) à environ 4 milliards de Fcfa pour les trois pays concernés (Mali, Mauritanie et Sénégal). La part de notre pays est de 1,38 milliard de Fcfa.

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié lundi 23 février 2026 à 08:36

Kayes : Le Mali et ses partenaires lancent de nouveaux programmes de réintégration pour les migrants de retour

Une délégation du ministère des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine a effectué une visite de quatre jours dans la Région de Kayes, remettant des kits de réinsertion à des migrants de retour et lançant une nouvelle formation, dans le cadre d’une politique visant à créer des alternatives locales à la migration irrégulière..

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié mardi 10 février 2026 à 08:46

Kéniéba : Des femmes périssent dans l’éboulement d’une ancienne mine à Kéniéty

Le village de Kéniéty, situé dans la Commune rurale de Dialafara (Kéniéba), est endeuillé, suite à un éboulement survenu le vendredi dernier dans une ancienne mine d’or qui appartenait à des ressortissants chinois..

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié mardi 13 janvier 2026 à 09:52

Kayes : La lutte contre le Sida ne faiblit pas

Le VIH/Sida représente un réel problème de santé publique à l’échelle planétaire.

Par Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes


Publié mardi 09 décembre 2025 à 09:05

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner