Campagne agricole à Sikasso : L’équation de l’engrais chimique subventionné

Les paysans sont attachés aux engrais minéraux pour leurs effets fertilisants évidents. Mais il se trouve que ces derniers ne sont pas disponibles en quantité suffisante. L’alternative des engrais organiques ne les enchante pas trop

Publié jeudi 30 juin 2022 à 05:19
Campagne agricole à Sikasso : L’équation de l’engrais chimique subventionné

Ce sont 16.456 tonnes d’engrais subventionnés qui sont attendues pour la région

 

L’hivernage a commencé à s’installer dans la Cité verte du Kénédougou. La campagne agricole a commencé au mois de mai et prendra fin en octobre. Quant à l’installation des cultures, elle a également démarré au mois de mai. Cependant, les producteurs ne réunissent pas tous les facteurs de production au nombre desquels figure la disponibilité des engrais subventionnés.

Ces derniers se plaignent de l’insuffisance de la quantité d’engrais chimiques subventionnée. Comme on le dit en langage vernaculaire paysan, l’hivernage une fois amorcé n’attend pas, certains paysans sont contraints de recourir aux engrais organiques pour fertiliser leurs parcelles. Mais cette solution palliative selon eux, n’est pas aussi rapide et efficace que les effets des engrais chimiques.

«Hier (NDLR, mercredi dernier) tout près, j’ai été obligé d’acheter 4 sacs d’engrais chimiques (urée) pour une somme de 152.000 Fcfa, soit 38.000 Fcfa le sac à cause de l’insuffisance d’engrais subventionnés. Je ne suis même pas sûr que cela suffira pour mon champ», se lamente le cultivateur du village de Bamadougou, Hamidou Ballo. Il ajoutera que lors de la campagne précédente, il avait également utilisé de l’engrais organique dans son champ de maïs pour près de 100.000 Fcfa. «Je n’ai pas pu récolter 1 hectare de maïs. C’était vraiment décevant. On ne sait plus quoi faire pour enrichir nos sols en vue d’un bon rendement de nos champs», se plaint le paysan Ballo.

Mamadou Sanogo de Danderesso se voit obliger de se rabattre sur l’engrais organique. «J’ai tout récemment commandé une benne d’engrais organique pour mon champ de 5 hectares», a-t-il détaillé. Comme méthode alternative, Mamadou Sanogo envisage de mélanger les graines de coton aux matières fécales. Ce qui, selon sa propre conviction représenterait de l’engrais de bonne qualité.

Le chef de la division conseil et vulgarisation agricole de la direction régionale de l’agriculture (DRA), Aboubacar Traoré, conseille l’utilisation des matières fécales dans les champs. Ces dernières, selon lui, ne doivent pas avoir d’impacts négatifs sur les cultures vivrières car les plantes absorbent les éléments nutritifs tels que le calcium, le potassium, le magnésium et le phosphore. Il invite les producteurs à privilégier les cultures intensives, d’une part et d’autre part, à s’adapter à l’utilisation des engrais organiques notamment le compostage dans les champs.

Djibril Mariko et Chaka Konaté sont tous fournisseurs d’engrais au Grand marché de Sikasso. Ils évoluent dans le domaine depuis plus de 30 à 40 ans. Ils révèlent que la présente campagne a débuté avec des difficultés d’accès à l’engrais chimique. «Cette année, mes fournisseurs sont en train d’approvisionner la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT). Cette situation a affecté mes commandes», explique Chaka Konaté. Toutefois, souligne-t-il, il ne vend pas les engrais subventionnés.

 «J’ai arrêté la vente des engrais subventionnés depuis 2017, car l’état tardait trop à payer mon argent», raconte-t-il. Siriman Théra est l’un des clients fidèles de Chaka Koné. Il était venu acheter deux sacs d’urée. «L’accès à l’engrais chimique subventionné est très difficile cette année. Chaque fois que je pars à la DRA, on me fait faire des allers-retours», se plaint-il.      

Nous avons approché la direction régionale de l’agriculture pour savoir davantage sur la disponibilité des engrais subventionnés. Le chef du bureau statistique et suivi évaluation de la DRA, Moussa Dembélé explique que l’état a mis à la disposition de la Région de Sikasso (Cercles de Sikasso et de Kadiolo) 16.456 tonnes d’engrais subventionnés. Sur cette quantité, le Cercle de Sikasso dispose de 1.139 tonnes d’engrais chimiques, 11.200 tonnes d’engrais organiques, 8 tonnes de bio stimulant et 16 tonnes de semences pour le maïs hybride.

Cette prévision ne représente que 11% des besoins exprimés par la région. 90% des engrais subventionnés pour la Région de Sikasso sont constitués d’engrais organiques industriels et les 10% l’engrais minéral, précise Moussa Dembélé. Rappelons que le prix subventionné de l’engrais minéral est de 12.500 Fcfa le sac de 50 kg. Le prix du complexe céréales non subventionné se situe entre 31.000 et 37.750 Fcfa.

Selon le chef secteur agriculture de la DRA, Bréhima Keita, l’affluence au niveau de la distribution de l’engrais est très timide. «Du début des opérations de distribution (le 8 juin dernier) à aujourd’hui, nous n’avons enregistré que 600 producteurs», raconte-t-il. Toutefois, remarque le technicien, les producteurs ne sont guère enthousiastes à se procurer de l’engrais organique disponible dans nos magasins. Ils assurent toujours qu’ils en ont déjà et tournent le dos. Ils préfèrent nettement les engrais chimiques aux organiques. Or, il se trouve que la quantité d’engrais organiques subventionnés est supérieure à celle de l’engrais chimique.

Par ailleurs, la distribution de l’engrais chimique subventionné n’a pas démarré car beaucoup de fournisseurs ne se sont pas encore engagés dans le processus de subvention. L’insuffisance de la quantité de l’engrais minéral subventionné est due à sa cherté sur le marché international, argumente le technicien. Mais d’ores et déjà l’hivernage presse et les producteurs sont bien obligés de faire face aux besoins de fertilisation de leurs parcelles. A défaut d’engrais chimiques subventionnés en grande quantité, l’alternative qui s’offre dans l’immédiat est l’engrais organique pour satisfaire les besoins de leurs plantes.

Cette solution ne les enchante pas trop. N’est-il pas vrai que la saveur des céréales produites à base d’engrais organiques a meilleur goût et elles se conservent mieux que celles ayant bénéficié des effets fertilisants des engrais minéraux ? Avec les céréales produites à base d’engrais organiques, le consommateur et le producteur y gagnent aussi bien en qualité, mais également ces produits se conservent mieux et préservent la santé et l’environnement.

Mariam DIABATE / AMAP - Sikasso

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