Réseaux sociaux : La folie Tiktok

Devenue le chouchou des jeunes, cette application tendance peut leur ouvrir facilement la porte de la célébrité. Tout comme celle de l’enfer. Le cas des mineurs utilisateurs est très préoccupant

Publié vendredi 03 juin 2022 à 07:12
Réseaux sociaux : La folie Tiktok

Les jeunes sont de plus en plus accrocs à cette application



Musical.ly avant son rachat en 2017 par la compagnie chinoise ByteDance, TikTok s’est imposée comme un incontournable du divertissement numérique chez les jeunes. C’est une plateforme facile d’utilisation, sur laquelle les gens font des vidéos créatives et divertissantes, assez courtes (15 secondes à 3 minutes).

Les gens dansent, font des playbacks sur des audio, imitent des scènes de films, réalisent des challenges, suivent des tendances qui sont virales et qui sont plus spécifiquement appelées dans le jargon de l’appli, des Trend. Il est très facile de percer sur la plateforme, on peut rapidement passer de quelques milliers de vues par vidéos à des millions en une seule vidéo qui vous fera propulser au-devant de la scène. On peut également gagner de l’argent grâce à TikTok après avoir obtenu 10.000 abonnés et 100.000 vues sur ses dernières vidéos.

Tout le monde peut jouir de ces facteurs sur la plateforme, à condition d’avoir plus de 13 ans. C’est l’âge requis pour s’inscrire sur l’application. Cependant, avec tout ce que cette enquête nous fera découvrir, est-ce que cette limite d’âge est-elle efficace ? Cette restriction est-elle même respectée ?

 NARCISSISME À OUTRANCE. L’une des choses les plus marquantes sur TikTok est la mise en valeur de l’aspect physique, ce qui n’est en aucun cas une mauvaise chose sauf si c’est de montrer aux yeux du monde entier le narcissisme à outrance. Tout est fait pour être beau et faire envier les gens. Le corps sur TikTok est devenu le ou l’un des moyens favoris des utilisateurs pour gagner le plus rapidement en visibilité, c’est même la marque de fabrique de certains comptes de tiktokeurs très célèbres.

Pour certaines tiktokeuses, il s’agit d’exposer certains attributs du corps avec des tenues révélatrices, des challenges qui montrent leurs apparences au plus bas pour revenir la seconde d’après à un aspect qui frôle le perfectionnisme. Pour cela, hommes comme femmes utilisent des tenues de détente, s’ébouriffent les cheveux, puis la seconde d’après, dans la même vidéo, on les retrouve avec des tenues élégantes ou sexy, torse nu pour les hommes, bien habillés et coiffés. Ce genre de vidéo est généralement très regardée par les tiktokeurs et les commentaires qui en résultent sont pour glorifier le physique de l’auteur de la vidéo.


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On ne retrouve pas de «super vidéo, continue ainsi» mais des «tu es trop belle» ou «tu es trop beau». Que des commentaires sur le physique et pas que des élégants parfois. Pour le Docteur en sociologie et professeur d’université à la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation, Bréhima élie Dicko, TikTok est devenu un phénomène de mode et donc il y a une course au voyeurisme.

 Le mot influenceur, pour désigner les personnalités des réseaux sociaux, surtout ceux qui ont des milliers voire des millions d’abonnés, est un terme bien choisi car c’est en cela leur grande contribution. Se retrouver avec ce genre de vidéos permanemment sur la plateforme est très probable surtout qu’il suffit juste de quelques secondes de visionnage sur une vidéo pour subir une déferlante du même genre de contenu indéfiniment. L’algorithme fonctionne de la sorte. Si TikTok interdit l’accès au moins de 13 ans, il n’y a aucun moyen pour vérifier cela puisqu’il existe plusieurs manières de contourner cette règle.

Si Astou Madani Dabo, jeune étudiante âgée de 23 ans et utilisatrice de TikTok, se sent complexée devant un tel étalage de «corps parfait», imaginez ce qu’éprouve un mineur qui rentre à peine dans l’adolescence. En effet, les enfants sont facilement exposés à tout ce qui se rapporte au physique, surtout chez les jeunes filles qui développent rapidement une obsession pour leurs corps. Astou n’est sûrement pas la seule fille majeure qui se retrouve dans cette situation.


Elle déclare qu’elle veut devenir tiktokeuse depuis des années mais malheureusement ne trouve pas son corps «assez sexy » pour correspondre au standard de beauté sur l’application. «Sur TikTok, les filles ne mettent en avant que leurs corps et si je ne fais pas ça, sauf reproduire seulement d’autres vidéos, je n’aurai pas assez de vues», avoue la jeune femme.

Une influence dangereuse qui a un impact sur la psychologie des plus jeunes, les poussant vers un chemin court: celui de la chirurgie esthétique, considérée comme le moyen le plus rapide de se débarrasser de ses complexes. Elle est très en vogue aux États-Unis. Étant très addictive aussi, Astou pousse cette couche de la société à s’éloigner de plus en plus de leurs études.

Malgré des centaines de comptes dédiés à la formation scolaire, le professeur Comlanvi Innocent Amouzou, enseignant au collège Yeleen de Bamako, affirme que l’application participe plutôt à la régression du niveau d’études de la plus part des élèves. « Bien sûr que la plateforme est un outil d’apprentissage pour les enfants d’une part mais la plus part des élèves ne vont pas sur TikTok pour suivre ces formations scolaire, déplore-t-il.

 HYPERSEXUALISATION-«Quand j’ai installé l’application TikTok, c’était la tendance des danses de Twerk. Ma fille prenait mon téléphone en mon absence pour aller sur l’appli alors que ce genre de vidéos étaient fréquentes», témoigne Anta Cissé, mère de deux enfants.

Le WAP challenge ou la dance consiste à enchainer différentes positions sexuelles en dansant ; le Buss It challenge qui consiste à porter une tenue lambda et danser timidement sur la musique Hot in herre du chanteur américain Nelly. Soudain la caméra descend rapidement et on retrouve la même personne avec cette fois-ci une tenue beaucoup plus sexy s’adonnant à une séance de Twerk sur la chanson Buss It de la chanteuse américaine Erica Banks.


Ce sont les vidéos qui étaient les plus populaires et les plus recommandées. Les Hashtags Wap challenge et le Buss It challenge en comptent chacun plus de 4 milliards sur l’application TikTok. Et ils ne sont pas les seules catégories de danse sexy facilement trouvables et recommandées sur la plateforme. Vous, vous retrouvez facilement avec des contenus hypersexualisés, voire pornographiques. «Elle n’est pas juste normalisée ou banalisée, elle est tendance. Il est là le problème principal, il faut faire ce genre de contenu pour être facilement populaire», affirme le YouTuber français, Le Roi des rats, dans l’une de ses vidéos d’enquête sur TikTok.

 UN DANGER POUR LES MINEURS-Le nombre de comptes pour mineurs est considérablement élevé au point que l’application a supprimé plus de 7,200 millions de comptes pour moins de 13 ans. Rien qu’en 2019, la majeure partie des plus célèbres personnalités de la plateforme avaient moins de 18 ans. Mme Lafia Dicko, mère de trois enfants, pense que cette statistique alarmante est due au fait que les parents ont tout simplement démissionné.


«Les enfants s’exposent de plus en plus. Ils font des vidéos qui ne sont pas conformes à nos valeurs. Certains sont quasiment nus, ils exposent leurs corps dans le but d’attirer plus de followers et ces images et vidéos peuvent être utilisées par de mauvaises personnes pour faire des chantages. Toute chose qui pourrait ternir l’image de la personne, de la famille. Et ils peuvent être traumatisés, surtout les mineurs qui ne sont pas préparés à cela. Sans oublier les adultes», explique Dr Dicko.

On retrouve des millions de comptes d’enfants qui imitent leurs idoles, ils veulent la même célébrité et la même quête d’attention que leurs personnalités favorites et cherchent à les imiter. Ils ont très peu de recul sur leurs agissements. Comparant le même nombre de like dans les vidéos normales de ces jeunes et celles où elles font des danses sexy, les «j’aime» sont beaucoup plus importants sur ce dernier. Cela les pousse encore plus à s’adonner à ces pratiques

Elles n’aident en aucun cas leurs regards sur la femme et surtout le combat contre le sexisme. Ça donne une étiquette d’objet sexuel, un corps, une enveloppe charnelle, un fantasme les deshumanisant au maximum. 

On retrouve un nombre incalculable de vidéos qui parlent du sexe ou utilisent des connotations sexuelles pour être tendance et se propulser en avant. Ce n’est aucunement à but informatif ou de sensibilisation. «Tu tombes sur ce genre de contenus, plus tu y es exposé en subissant leur apparition en masse de jour en jour», relève Lafia Konaté, pour qui la plateforme a clairement un impact négatif sur les enfants.

 PRÉDATEURS SEXUELS- La tendance de s’exposer de manière sexuelle est devenue une banalité sur TikTok, donc un terrain facile pour les pédophiles et autres prédateurs sexuels. Il suffit de s’abonner à l’un des mineurs qui font des contenus sexy pour tomber sur des centaines de comptes de ce genre dans la partie suggestions. On retrouve des comptes d’adultes dans les commentaires de ces vidéos, les incitant à reproduire encore plus de vidéos sexy voire sexuelles.

Ils glorifient le corps de ces jeunes filles mineures, en demandant leurs comptes Snap pour échanger en toute tranquillité. Les comptes de ces jeunes filles ont des centaines ou milliers de followers, avec des vidéos ayant des milliers de vues aussi. Un utilisateur de TikTok prédateur n’a pas besoin des heures de recherches pour tomber sur ces contenus.   

Le problème va tellement loin que certaines stars de TikTok connues pour leurs vidéos sexuelles se retrouvent sur des sites pornographiques. Il suffit juste de taper sur YouTube «TikTok hot» pour tomber sur des collections avec des millions de visionnages. Dans ces lots de sites, on retrouve également certaines personnes qui se partagent des comptes de filles mineures en consommant leurs vidéos comme de la pornographie. Leurs visages sont même utilisés pour être intégrés sur des vidéos pornographiques.

Pour le sociologue Bréhima élie Dicko, l’exposition sexuelle des mineurs dans le monde d’aujourd’hui n’est pas liée à TikTok seulement mais à cause de la démission des parents dont la plupart sont  absents à cause de leur travail. Internet donne la possibilité aux enfants d’accéder rapidement à des vidéos pornographiques tout en détournant la contrainte posée par les parents pour qu’ils ne visionnent pas telle ou telle chaîne. «TikTok est un réseau où on retrouve toutes sortes de personnes. Des prédateurs comme de bonnes personnes», souligne le sociologue. Il sensibilise les parents sur les dangers que les enfants peuvent courir en s’exposant sur les réseaux sociaux. 

Jessica Khadidia DEMBÉLÉ

Rédaction Lessor

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