Mme Magassouba Doussou Traoré. «On ne peut pas parler de paix sans la femme ».

Dans cette interview qu'elle nous a accordée dans le cadre de la Commémoration du 08 mars, la présidente régionale de WILDAF-Mali, s'exprime sur la nécessité et l'importance du rôle que la Femme joue dans le développement de la société singulièrement

Publié mercredi 22 mars 2023 à 13:58
Mme Magassouba Doussou Traoré. «On ne peut pas parler de paix sans la femme ».


 Ce depuis au sein de la famille jusqu'au niveau des Communes voir au-delà. Aussi, l’ancienne directrice régionale de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la famille de Kayes aborde la problématique de l'application de la loi  relative au quota pendant les élections.


Ancienne institutrice de la Région de Kayes, Mme Magassouba Doussou Traoré a été directrice régionale de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille de Kayes de 1977 à 2003. Actuellement, elle est présidente régionale de WILDAF-Mali à Kayes, 


L'ESSOR: Parler nous brièvement de WILDAF Mali?


M D T: WILDAF est une organisation non gouvernementale qui existe dans toutes les régions du Mali dans lesquelles, elle est dirigée par des présidentes régionales. Elle a ses démembrements au niveau des Cercles, en fonction de ses projets. Chaque projet a un point focal.

Au nombre de ces  projets, figurent notamment la gouvernance locale, la paix. Dans chaque Cercle de Kayes, WILDAF a formé 15 femmes  appelées « Femmes Actrices de Paix » qui contribuent  toutes à l’apaisement du climat social à travers des actions de médiation et de sensibilisation.  On ne peut pas parler de paix sans la femme. Dans une famille, la paix commence par la femme tout comme dans le quartier,  la Commune,  le Cercle et  la Région. La femme joue le rôle le plus important dans l’instauration de la paix. Une femme qui ne veut pas la paix peut ne peut que détruire. 


L’ESSOR : Quelle est la place de la femme dans la refondation de l’Etat malien ?


M D T: Sans la femme, il n’y a pas de refondation. La refondation est basée d’abord sur la femme. Il faut que la gent féminine participe à toutes les activités de la refondation aux côtés des hommes. « Tout commence par la femme et se termine par elle ». Sans elle, dans le processus de la refondation, il faudra s’attendre à un échec.


L’ESSOR : Après l’adoption de la loi sur le Quota au Mali (Loi 2015-052 du 18 Décembre 2015), on constate dans certaines communes ou circonscriptions électorales que des partis politiques, des groupements politiques sont obligés de revoir leurs listes de candidatures pour puiser dans le quota réservé aux femmes et les réattribuer aux hommes, faute de candidates. Qu’en pensez-vous ?


M D T : Un  adage en langue Bambara dit: « Ni toubabou tè i fè, a ti ka toubaboukan mè (si le blanc ne t’aime pas, il ne comprendra pas ton langage même si c’est le français) ». Une loi a été votée dans notre pays pour résoudre ce problème d’équité dans le genre. Elle accorde effectivement  un taux de 30 % à l’un ou à l’autre sexe sur les listes nominatives et électives.

Mais, des problèmes demeurent quant à son application. Les hommes politiques ne veulent même pas entendre parler de cette loi. Il fallait d’abord procéder à une campagne d’information et d’explication sur le contenu de cette loi dans les régions, villes, villages et hameaux. Mais, tel n’est pas le cas. Ce fait qui laisse le champ libre aux politiciens. 

Or, la loi prône l’implication des deux sexes dans l’élaboration des listes de candidatures. Par exemple, si vous prenez deux hommes pour occuper les deux premières places de la liste, vous devrez surement mettre une femme en troisième position et vice-versa ou une femme suivie de deux hommes. C’est ainsi que la communauté entamera sa marche vers le développement.

C’est l implication  des femmes qui contribuera au développement de la communauté. Mais, les politiciens n’ont pas compris cela ou font semblant de l’ignorer. Et ils veulent appliquer la loi à leur guise. Cela ne marchera pas !


L’ESSOR : Quelle stratégie adopter pour pousser les femmes à avoir le maximum de candidates aux élections ?


M D T : Une sensibilisation totale et parfaite peut améliorer la gestion de cette problématique. Il faut expliquer le contenu de cette loi à la population pour améliorer les conditions de participation des femmes aux élections.


L’ESSOR : Pourtant, même si des partis politiques approchent les femmes pour leur demander de briguer des postes électifs, ils ont de la peine à trouver des candidates. A quoi cela est- t-il dû ?


M D T : Les femmes n’ont pas compris l’esprit de cette loi. Par conséquent, dans certaines contrées du pays, les hommes agissent à notre place. Les femmes se mettent à l’écart car, nous ignorons, pour la plupart, le contenu de ce texte. Sinon, beaucoup de femmes voudraient être candidates. Donc, il faut leur expliquer  afin qu’elle soit au même niveau de compréhension que les autres. Cela facilitera sa participation aux élections.

Il s’agit de les approcher, de  leur expliquer le contenu de la loi, en insistant sur le fait que sans elle, aucun développement n’est possible au niveau de la commune. Dans beaucoup de cas, le jour où un parti veut établir sa liste de candidature dans la perceptive des élections, il appelle une femme en ces termes : « Ah, Fatoumata viens chez nous. On va te mettre sur notre liste ».  il ne s’agit pas d’appeler une femme pour mettre son nom sur la liste, il faut plutôt l’aider à comprendre le choix de la formation politique porté sur sa propre personne et ce qu’elle peut poser comme action de développement dans sa commune ».


L’ESSOR : Dans certains milieux, on ne s’intéresse qu’au côté festif de la Journée du 8 Mars, à travers l’achat des pagnes confectionnés et le sens du combat est ignoré… Est-ce à dire que votre combat n’enchante plus vos sœurs et filles dans certaines contrées du pays ? Si oui, que faut-il faire pour inverser la tendance ?


M D T : Notre combat ne s’arrête pas à l’achat des pagnes. Les pagnes nous aident dans notre mission d’information et de sensibilisation des populations sur les droits de la femme. Voir les femmes avec les tissus du 8 Mars nous enchante. Mais, ce n’est pas le but de notre combat. Nous souhaitons qu’elles portent ces pagnes le jour du 8 Mars pour venir assister à nos séances de sensibilisation et conférences, débats afin d’être édifiées sur leurs droits, leurs devoirs, leurs comportements, leurs avancées, leur implication dans le processus électoral et leur place dans la consolidation du processus de paix et de réconciliation.  

Même sans ces pagnes, nous poursuivrons nos missions. En plus de cette tenue, il y a un un changement de comportement qu’on veut voir chez les femmes, même chez vous les hommes. On ne peut pas fêter le 8 Mars sans les hommes. C’est notre journée commune.


L’ESSOR : Qu’est-ce qui vous incite à militer dans des organisations de défense des Droits de l’Homme ?


MD T : Les femmes sont engagées dans des associations de défense des Droits de l’Homme. Le terme Homme avec  H majuscule désigne à la fois les deux sexes (masculin et féminin). Militer dans ce domaine est très important : on peut éviter beaucoup de choses, comme les offenses. Car, chacun est censé connaître ses droits.


L’ESSOR : Les femmes sont exposées à des problèmes dont l’esclavage, le mariage précoce pouvant compromettre leur avenir. Quel est votre avis sur la persistance de ces fléaux. Et que préconisez-vous pour les endiguer ?


M D T : S’agissant, par exemple, de la gestion de l’esclavage qui touche les deux sexes, il faut sensibiliser pour faire comprendre aux intéressés que tous les Hommes naissent libres et égaux devant la loi. «  Moi, je ne suis pas esclave de quelqu’un. Je suis moi-même. La naissance d’un esclave est pareille à celle d’un noble. Personne ne vaut mieux que son prochain ».

Les gens commencent à comprendre la problématique du mariage d’enfants. Il faut toujours sensibiliser. Est-ce qu’une fille de 14 ans qui n’a pas atteint la maturité, peut-être apte à un mariage ? Il faut faire comprendre à tout le monde que le mariage d’enfants est inutile. C’est un phénomène à bannir de notre société  et qui  nuit  à la santé.

Il y a eu beaucoup d’avancées par rapport à  la promotion des droits humains, mais beaucoup reste à faire. Le Mali a signé beaucoup de conventions mais, c’est l’application qui fait défaut. Appliquer les conventions sera vraiment une bonne chose. « Tu peux offenser une personne aujourd’hui, la victime va se plaindre sans pour autant qu’elle n’obtienne gain de cause. L’affaire s’arrête-là ».

Nos us et nos coutumes sont très anciens. Il faut toujours opter pour une sensibilisation parfaite de toutes les couches (autorités locales, politiques, administratives, religieuses, musulmanes surtout). L’espoir est permis.


L’ESSOR : Au niveau de la Région de Kayes, beaucoup de femmes se plaignent des difficultés liées à l’accès aux crédits pour le financement de leurs activités génératrices de revenus. Quel est votre point de vue sur cette question ?


M D T : Je pense que cette situation est propre à la Région de Kayes. Les organisations qui accordent les  financements ne veulent pas  venir à Kayes. Comme arguments, ils disent que Kayes est une zone enclavée. Moi, je pense qu’elles doivent venir car, la situation des femmes est déplorable.

Dans les  Régions de Gao et Tombouctou, les femmes et les jeunes bénéficient de plusieurs financements de la part des ONG qui sont très nombreuses dans ces zones. 


Pour moi, toutes les localités doivent être prises en charge, c’est pourquoi, lors de mes déplacements, notamment à Bamako, je ne rate aucune occasion pour approcher les ONG et leur parler du cas de Kayes. L’espoir est permis car, ces organisations commencent à venir dans notre région.


Interview réalisée par

Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes

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