Internet : Ces audacieuses qui transgressent les codes

Nouvelle conception de l’érotisme, exhibitionnisme démesuré, pornographie à ciel ouvert… ? Difficile de qualifier la folie à laquelle s’adonnent certaines jeunes filles. Une chose est sûre cette dépravation des mœurs choque non seulement les internautes, mais aussi viole toutes les règles sociales de la vie en communauté et les lois. La justice n’a pas hésité à s’autosaisir de l’affaire

Publié mercredi 23 octobre 2024 à 21:03
Internet : Ces audacieuses qui transgressent les codes

Se filmer en train d’avoir des rapports charnels et l’étaler sur la place publique est devenue la nouvelle trouvaille des «étoiles montantes» de Bamako. Ainsi plusieurs groupes WattsApp sont créés et animés par des jeunes filles dévergondées qui s’adonnent publiquement à la déviance sexuelle. 


La déviance, selon le dictionnaire Le Robert, est définie comme le caractère de ce qui s’écarte de la norme ou la position d’un individu ou d’un groupe qui conteste, transgresse et qui se met à l’écart des règles et desnormes en vigueur dans un système social donné.




«Ton gars est aussi mon gars» ; «Ta meuf est sûrement ma meuf» ; «Ton père est peut être mon suggar daddy» ou encore «Kalaban chou»Desgroupes de jeunes filles affabulent en utilisant ces épithètes peu glorieuses pour se concurrencer sur la toile dans le but malsain de se lancer des défis et évident de faire le buzz (récolter beaucoup d’adhésions en termes de fans).



Depuis un endroit privé et dans une posture érotique ouvertement explicite et osée, les jeunes filles se prennent en vidéo, au su ou peut-être à l’insu de leurs partenaires, la partagent avec d’autres membres du groupe. La règle du jeu consiste à envoyer la photo ou la vidéo indécente d’un homme marié ou célibataire avec qui on a eu une relation intime dans le but de lancer un défi aux autres membres du groupe qui seraient liés intimement à lui. 


Le jeu a enfin pour but d’enflammer la toile en créant le buzz et se faire connaitre du monde virtuel. Ces images ostensiblement osées ont choqué et stupéfait les internautes, suite aux nombreux partages entre les différents réseaux sociaux. Le dernier groupe qui se fait appeler «Kalaban chou» créé seulement le 11 septembre dernier enregistre plus de deux cents demoiselles membres actives.



ON NE PLEURE PAS ICI- Autant les images et les vocaux heurtent la sensibilité des internautes qui n’en revenaient pas, autant les filles membres du groupe sont dépassées par l’ampleur de l’affaire et la tournure qu’elle prend. Certaines ont reconnu dans les images leur propre père en pleine action charnelle avec les filles de leur âge. Et elles n’ont pas hésité à s’attaquer à celle qui a osé leur jouer ce tour. 


«Quelle est la fille qui a posté la photo de mon père ? Que la personne la supprime tout de suite», vocifère-t-elle. Sans attendre la réponse, elle s’en est prise violemment et de façon verbale à cette dernière en promettant de lui faire payer son acte. Une autre a vitupéré en voyant les images du mari de sa sœur tandis qu’une autre dame s’inquiétait de savoir qui sort avec son oncle ? 


Les plaintes ont fusé de partout suivies d’insultes, de menaces, de messages de haines où chaque participante touchée a déversé sa bile sur sa présumée coupable. Apparemment, ces filles se sont lancées dans un jeu dont elles n’ont pas mesuré la portée de leurs actes. Pourtant l’une des règles de leur groupe est : «On ne pleure pas ici, on s’assume



Toutefois certains internautes ont violemment réagi à ces publications indécentes. Les filles qui affichent les images des hommes mariés en disant que «ton gars peut être mon gars», ou bien «ton père est sûrement mon suggar daddy», vous pensez qu’avec ça, vous pouvez déstabiliser nos foyers, vous êtes trop petites pour y arriver. 


En tout cas, nous, on est là, et nous n’allons bouger d’un iota de notre ménage, no bouging, déclare Fatou sur Tik Tok. Elle réagissait ainsi, en solidarité avec son amie qui, voyant la photo affichée de son mari par une de ses filles, s’était mise à pleurer. Moi, je n’en reviens pas, glisse Assa. Comment les enfants d’aujourd’hui font pour avoir un esprit aussi diabolique ? «Nous, qui avons des maris dans la cinquantaine, est ce qu’elles vont oser sortir avec eux ?», s’interroge une dame visiblement inquiète, sous couvert d’anonymat.



LA DÉPRAVATION DES MŒURS- Quid de la juridiction ? «Quand quelqu’un poste sur la toile une vidéo ou une image d’une personne dans une posture intime, ce geste est considéré comme une atteinte à l’intimité de la personne mais également à son honneur et à sa dignité. C’est aussi une atteinte aux bonnes mœurs et aux valeurs humaines», explique le procureur en charge du Pôle national de la lutte contre la cybercriminalité, Dr Adama Coulibaly. 


C’est pour cette raison que la brigade de recherche spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité a initié des actes pénaux à l’encontre des administrateurs de ces groupes. 

Les enquêtes sont déjà ouvertes, mais leur particularité réside dans le fait que tout se passe sur l’espace numérique. Et les recherches butent souvent sur de fausses identités. 


Dans ce cas, il faut remonter à la source pour retrouver les personnes physiques qui sont à l’origine de l’infraction, selon Dr Adama Coulibaly. Le magistrat précise que certaines personnes agissent ainsi juste pour ternir l’honneur et la dignité d’autres et cela peut les exposer à une panoplie d’infractions. 


Le sociologue Amidou Diakité explique que ce qui arrive à la jeunesse est très préoccupant. La société est basée sur des valeurs morales telles que le respect de soi, de l’autre et de la famille. Malheureusement,c’est ce qui manque aux jeunes d’aujourd’hui. 


Et l’avènement des réseaux sociaux n’a fait qu’empirer la situation. Il note avec stupéfaction que les parents ont démissionné. Car beaucoup d’entre eux ne savent pas ce que font leurs enfants sur les réseaux sociaux. Puisque des enfants de 14 ans se retrouvent avec des Smartphones, en train de naviguer, à des heures tardives sans surveillance. Ce sont des pratiques de prime abord anodines qui peuvent les inciter à commettre des infractions. 


C’est pourquoi, soutient-il, il faut rappeler les parents à leurs rôles. Que chacun inculque des bonnes valeurs, des principes cardinaux à son enfant afin de prévenir les dérives de la société planétaire dans laquelle le monde vit aujourd’hui, conseille le sociologue. L’État aussi doit s’assumer en canalisant l’accès des enfants à l’internet. 


ENCADRER L’UTILISATION D’INTERNET-Corroborant les propos du sociologue le procureur,Dr Adama Coulibaly, lui, fait chorus en disant qu’il est plus que nécessaire de canaliser, sensibiliser et d’éduquer la jeunesse sur nos us et coutumes. Parce que, souligne-t-il, tout ce que l’on poste sur les réseaux sociaux est conservé pour toujours dans la mémoire des serveurs, même si l’on le supprime de son téléphone, il peut être utilisé contre soi au moment opportun. 


Il invite les hommes des médias à sensibiliser davantage la communauté sur les méfaits des réseaux sociaux et surtout préparer la jeunesse à la responsabilité qui sera la sienne dans l’avenir. 



La jeunesse est l’avenir de tout pays et Charles Martin nous le rappelle dans cette citation qui a tout son sens : «Certes, l’avenir de toute nation repose sur sa jeunesse mais pas n’importe laquelle, mais plutôt celle dotée de caractères nobles et d’ambitions élevées !». 


L’accès tous azimuts à internet est un boulevard qui recèle de dangers sous-jacents qui seront difficilement circonscrits si les autorités ne prennent pas en amont des mesures pour limiter les dégâts. Déjà, ces dérapages sont des alertes qui doivent les inciter à être plus regardantes sur les contenus numériques. D’autres pays développés, plus prévenants, n’ont pas attendu les dérapages pour encadrer l’utilisation d’internet par les adolescents.

Maïmouna SOW

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