Immatriculation des motos et tricycles : Le grand rush dans les centres de Bamako

Pour rapprocher les services des citoyens, des centres ont été ouverts à Sogoniko, à la Zone industrielle, à Tabakoro, Kanadjiguila et à SOPAFER. Des files indiennes sont visibles dans ces endroits depuis le démarrage de l’opération

Publié jeudi 18 juin 2026 à 07:27
Immatriculation des motos et tricycles : Le grand rush dans les centres de Bamako

Lancée le 15 juin 2026 dans le District de Bamako et dans les capitales régionales, l’opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues suscite un engouement remarquable. Dès les premières heures, de longues files d’attente se sont formées dans les centres retenus par les autorités, témoignant de l’intérêt des usagers pour cette opération nationale. Pour faciliter les démarches, le ministère des Transports et des Infrastructures, à travers la Direction générale des Transports, a déployé plusieurs centres d’accueil. Hier, notre équipe s’est rendue à la Direction régionale des Transports de Bamako, afin de constater le déroulement de l’opération.


Il est un peu plus de 10 heures. Dans la vaste cour du centre, des centaines de motos et tricycles sont alignés. Sous un hangar délimité par des cordes, des hommes et des femmes patientent, dossiers en main. Certains discutent à voix basse, d’autres sont un peu énervés. Malgré la chaleur et l’attente, tous espèrent repartir avec les pièces attestant de la régularisation de leur engin. Dans les rangs, les témoignages traduisent à la fois l’adhésion à la mesure et les difficultés rencontrées durant les premiers jours.


Conducteur de moto-taxi venu de Kalaban-Coro, Mamadou Doucara affiche les traits de la fatigue. Depuis près de deux jours, il multiplie les démarches. « Je suis arrivé ici hier vers 10 heures. Mon dossier a été traité aux environs de 13 heures, mais ce n’est que ce matin que j’ai pu récupérer mes pièces », raconte-t-il. Comme beaucoup d’autres usagers, il déplore la lenteur des procédures et certaines dépenses imprévues. « On nous avait expliqué que le certificat de résidence était gratuit. Pourtant, j’ai dû payer 1 000 Fcfa pour l’obtenir », affirme-t-il. Malgré son mécontentement, Mamadou ne remet pas en cause le bien-fondé de l’opération. Il souhaite simplement un renforcement des effectifs afin d’accélérer le traitement des dossiers.


Même son de cloche chez Traoré Bahama Tiané. Assis à l’ombre après plusieurs heures d’attente, il explique être présent sur les lieux depuis deux jours. « Nous sommes là depuis l’ouverture sans avoir encore terminé toutes les formalités. Le principal problème est le manque de personnel, notamment au niveau du paiement où un seul agent doit gérer une foule importante », regrette-t-il. Selon lui, le parcours de l’usager comporte plusieurs étapes : l’enregistrement du dossier, l’expertise de la moto, la délivrance d’une fiche technique, la validation administrative, puis le paiement avant l’enregistrement définitif.




UNE MESURE SALUÉE PAR DE NOMBREUX USAGERS

Malgré les désagréments liés au démarrage de l’opération, plusieurs citoyens rencontrés se montrent compréhensifs. Pour Youssouf Sangaré, l’immatriculation constitue une avancée importante. « Le coût reste abordable et c’est une bonne initiative. Au final, c’est pour la sécurité de tous », estime-t-il. À ses yeux, l’identification des motos permettra de lutter plus efficacement contre les vols et de retrouver plus facilement les propriétaires en cas de problème.


Retraité, Salif Konaté partage le même avis. Contrairement à certains usagers, il affirme n’avoir rencontré aucune difficulté majeure. « Les agents accueillent correctement les gens et les orientent. Nous sommes au début de l’opération ; il est normal qu’il y ait quelques ajustements à faire », souligne-t-il. Il invite les citoyens à accompagner les autorités dans cette démarche qu’il juge indispensable pour renforcer la sécurité routière et mieux encadrer la circulation des engins motorisés.


Au centre de Sogoniko, les responsables se félicitent de la forte affluence observée depuis le lancement de la campagne. Selon le chef du centre, Bakary Tangara, les équipes ont été surprises par la mobilisation des usagers. « Dès 6 heures du matin, des personnes attendaient déjà devant le centre. Cela montre à quel point les populations adhèrent à cette initiative », explique-t-il. Pour lui, les difficultés rencontrées sont principalement liées à l’importance de la fréquentation et au non-respect de certaines consignes. « Certains usagers sont impatients et ne suivent pas toujours les indications données par les agents chargés de l’organisation. C’est l’une des principales difficultés auxquelles nous faisons face », précise-t-il.


Afin d’éviter les encombrements, les motos ont été réparties par catégories. Les Jakarta, les motos TVS et les tricycles suivent chacun un circuit spécifique. Des équipes techniques procèdent aux vérifications avant la validation des dossiers. Malgré les contraintes liées au démarrage, les premiers résultats sont jugés encourageants. « Lors de la première journée, nous avons traité 717 dossiers valides. Les paiements ont été effectués et les informations enregistrées dans le système », indique Bakary Tangara. Il assure également que la production des cartes grises et des plaques d’immatriculation a déjà commencé. « Les plaques sont disponibles et l’impression des cartes est en cours. Notre objectif est de remettre les documents aux usagers dans les meilleurs délais », ajoute-t-il.


UN ENJEU DE SÉCURITÉ ET D’IDENTIFICATION

À la Direction régionale des Transports du District de Bamako, les responsables saluent également l’adhésion des populations. Pour le directeur régional des Transports, Diakadia Diallo, cette mobilisation démontre que les usagers ont compris l’importance de la mesure. « Les propriétaires ont perçu la nécessité de régulariser leurs engins. L’opération a bien commencé et se poursuit dans des conditions satisfaisantes », affirme-t-il. Pour rapprocher les services des citoyens, des centres ont été ouverts notamment à Sogoniko, à la Zone industrielle, à Tabakoro, Kanadjiguila et à SOPAFER (chemins de fer).


Selon lui, l’immatriculation représente avant tout un outil de sécurité. « Un engin immatriculé est un engin identifié. Chaque moto dispose d’une plaque unique associée à une carte grise portant l’identité de son propriétaire », explique-t-il. Cette identification permettra non seulement de mieux connaître les détenteurs des engins motorisés, mais aussi de faciliter les enquêtes en cas de vol ou d’infraction. Reconnaissant que toute opération de grande envergure peut connaître des difficultés au démarrage, le directeur régional assure que les préoccupations exprimées par les usagers seront progressivement prises en compte. « Nous demandons aux citoyens de nous faire confiance et d’accompagner cette décision des autorités. Cette opération contribuera au renforcement de la sécurité et à une meilleure organisation du secteur des transports », conclut-il.


Les opérations d’immatriculation se déroulent chaque jour de 7 h 30 à 16 h dans les centres retenus. Trois catégories de plaques sont prévues : les plaques à caractères noirs sur fond blanc portant la mention « 2R » pour les motos à usage personnel ; les plaques à caractères blancs sur fond rouge marquées « 2R » pour les motos à usage commercial ; et les plaques « 3R », également sur fond rouge, destinées aux tricycles à usage commercial.


Pour immatriculer un engin, le propriétaire doit fournir une copie de sa carte biométrique, de son passeport ou de son permis de conduire, un certificat de résidence, la facture d’achat ou la vignette de l’année en cours, ainsi qu’une déclaration de mise en circulation (DMC) remplie sur place. Le coût de l’opération est fixé à 12 000 Fcfa par engin, quel que soit le type de moto ou de tricycle concerné. Le paiement s’effectue exclusivement via la plateforme Trésor Pays.

Amadou GUEGUERE

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