Badara Aliou Diarra, l’homme qui fait parler la terre

À la 4è édition de la Semaine du Numérique, cet autodidacte malien dévoile « Sènè Dèmèlan », une solution qui met l’électronique et l’informatique au service de l’agriculture

Publié vendredi 31 juillet 2026 à 09:36
Badara Aliou Diarra, l’homme qui fait parler la terre

Sous le grand chapiteau dressé au Centre international de conférences de Bamako (CICB), les innovations se succèdent. Mais devant le stand de Badara Aliou Diarra, les visiteurs s’attardent. Le promoteur de BAD-Électronique Informatique y présente «Sènè Dèmèlan», un outil conçu pour aider les agriculteurs à mieux connaître leurs sols et à prendre de meilleures décisions. Devant son dispositif, l’innovateur parle de la terre avec une conviction presque intime. « Le sol parle », affirme-t-il. À travers l’électronique et l’informatique, son ambition est justement de recueillir et d’interpréter ce langage pour le mettre au service du producteur. Le principe est simple. L’utilisateur renseigne notamment la nature de son sol — sableux, argileux ou limoneux —, la culture envisagée, la superficie et le mode de production.

L’application peut alors fournir des indications sur les besoins de la parcelle, les semences et les quantités d’intrants nécessaires. Pour un champ d’arachide de 12 hectares, par exemple, elle peut contribuer à déterminer les besoins en engrais et orienter le producteur vers des solutions adaptées, comme le NPK ou le compost. La solution peut également contribuer à identifier certaines maladies des cultures et à proposer des recommandations. «Non seulement l’application nous dit les maladies, mais elle nous donne aussi des recommandations», explique le promoteur. Accessible sur ordinateur, tablette ou téléphone, «Sènè Dèmèlan» prend en compte plusieurs langues, notamment le bambara, le français, le mooré et le zarma. Une manière de rapprocher la technologie des réalités du monde rural. Derrière cette innovation se cache un parcours peu ordinaire.

Né en 1980, Badara Aliou Diarra s’est formé principalement dans des établissements techniques et par l’auto-apprentissage. Après l’électricité, il s’intéresse à l’électronique, puis à l’informatique. «Je suis autodidacte », revendique-t-il. Sa passion est telle qu’il lui arrivait de passer des journées entières devant son ordinateur. «Je pouvais rester dans le salon pendant 48 heures, 72 heures sur la machine », raconte-t-il. Cette soif d’apprendre va l’amener à regarder l’agriculture autrement. Le déclic intervient lors d’une visite chez un ami agriculteur. Sur des plants de tomates, il remarque des taches noires. Plutôt que de simplement constater le problème, il cherche à en comprendre l’origine. Ses recherches lui font découvrir les possibilités de l’informatique appliquée à l’agriculture.

Faute de moyens et de composants disponibles, il commence par dessiner lui-même ses schémas électroniques. Il cherche, expérimente, assemble et corrige. Petit à petit, l’idée prend forme. «Sènè Dèmèlan » naît ainsi d’un problème concret observé dans un champ. L’innovateur ne s’est pas contenté de concevoir son outil. Il l’a expérimenté sur plusieurs exploitations. Des producteurs disposant de petites parcelles l’ont utilisé depuis la préparation du sol jusqu’à la récolte. « Nous avons commencé dans quelques champs depuis la préparation du sol jusqu’à la récolte. Ça a bien fonctionné», témoigne-t-il. Pour le moment, la solution n’est pas encore commercialisée. Le promoteur propose toutefois des capteurs destinés à détecter certaines caractéristiques du sol et les maladies. 

Son robot permet donc d’effectuer l’opération à distance. Aujourd’hui, Badara Aliou Diarra nourrit une ambition qui dépasse ses propres inventions : former la relève. Pour cet autodidacte, l’innovation ne doit pas être une affaire individuelle. Elle doit se transmettre, se perfectionner et servir le plus grand nombre. Dans le grand chapiteau du CICB, Badara Aliou Diarra ne présente donc pas seulement une machine ou une application. Il présente une conviction : le talent malien peut naître partout, pourvu qu’on lui donne la chance d’apprendre, d’expérimenter et d’inventer.

Amadou GUEGUERE

Lire aussi : FACEJ SUGU : La jeunesse expose son talent

L’esplanade du Palais de la culture Amadou Hampâté Ba accueille depuis, mercredi dernier, la 5ᵉ édition du « FACEJ SUGU », la grande foire dédiée aux jeunes entrepreneurs du Mali..

Lire aussi : Mali Kura : Le pari des investisseurs

Prévu les 11 et 12 décembre au CICB, le Forum du Mali Kura veut ouvrir une nouvelle fenêtre d’opportunités pour attirer les capitaux et accélérer la transformation économique du pays.

Lire aussi : Budget 2027 : le grand pari des milliards

Derrière les milliards annoncés, il y a les espoirs de millions de Maliens qui aspirent à de meilleures conditions de vie. Une école plus accessible pour les enfants, des soins de santé de qualité, des emplois pour les jeunes, une agriculture plus performante, une énergie plus disponible..

Lire aussi : Parlement de l’Uemoa : Le siège qui incarne l’intégration

Il domine la colline de Koulouba et attire immédiatement le regard. Sa silhouette imposante, ses dimensions et son architecture donnent déjà au visiteur une idée de l’importance de l’ouvrage. Dans cet écrin qui surplombe Bamako, le futur siège du Parlement de l’Union économique et moné.

Lire aussi : Mali : Les STEM, un levier pour préparer l’emploi et la transformation économique

Face aux défis liés à l’emploi des jeunes et aux ambitions de transformation économique du Mali, Harouna Niang, économiste et ancien ministre malien, plaide pour une place plus importante des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) dans le système éducati.

Lire aussi : Agriculture : “GOYO”, le légume aux mille vies

De Baguinéda aux marchés de Bamako, l’aubergine africaine nourrit une filière portée par les femmes, entre tradition, économie et résilience.

Les articles de l'auteur

Infrastructures : La commune iii modernise ses services

La Commune III du District de Bamako renforce ses capacités opérationnelles. Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Porte-parole du gouvernement, le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, a inauguré, vendredi dernier, dans la cour de la mairie, un nouveau bâtiment annexe et lancé le projet d’e-mobilité électrique..

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 23 septembre 2026 à 10:49

Entreprises maliennes : La bataille de la résilience

Face aux crises à répétition, les entreprises maliennes doivent constamment se réinventer pour préserver leur activité et leur compétitivité. Maîtrise des charges, diversification, innovation et accès au financement deviennent ainsi les clés de leur résilience.

Par Amadou GUEGUERE


Publié vendredi 18 septembre 2026 à 11:39

BAD-CNPM : Ouvrir le financement aux entreprises

La BAD et le CNPM veulent rapprocher les instruments de financement aux besoins du secteur privé.

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 16 septembre 2026 à 09:34

Reboisement : Mali vert reprend racine

Le Centre de cinéma pour la paix, la santé et l’éducation au Mali (CCPSE-Mali) a donné, samedi dernier dans la cour de la maternité de Moribabougou, le coup d’envoi de la 2è édition de la Caravane de reboisement «Mali Vert», couplée au lancement du projet « Les Graines de la paix : maraîchage domestique et scolaire dans l’AES »..

Par Amadou GUEGUERE


Publié lundi 14 septembre 2026 à 08:48

Presse malienne : Autorégulation et professionnalisation dans le viseur

La Maison de la presse engage une nouvelle dynamique pour doter le secteur des médias d’outils capables de renforcer l’éthique, la responsabilité et la protection sociale des professionnels. Deux structures viennent d’être mises en place pour poser les bases d’un nouveau cadre.

Par Amadou GUEGUERE


Publié lundi 07 septembre 2026 à 08:51

Tombola « Folie des vacances » : Orange Mali offre 50 millions de fcfa et fait deux heureux gagnants

L’opérateur de télécommunications a clôturé son opération de promotion par la remise des deux derniers gros lots de 4 millions de Fcfa chacun. Une initiative qui aura récompensé 120 clients à travers le pays.

Par Amadou GUEGUERE


Publié vendredi 04 septembre 2026 à 09:43

Maouloud : Bramali-Bradibo toujours fidèle à son engagement citoyen

À l’occasion du Maouloud 2026, Bramali-Bradibo a offert 80.640 bouteilles de boissons aux fidèles à Bamako et dans plusieurs régions. Une action solidaire qui perpétue un accompagnement vieux de 21 ans..

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 26 août 2026 à 08:46

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner