Sous le grand chapiteau dressé au Centre international de conférences de Bamako (CICB), les innovations se succèdent. Mais devant le stand de Badara Aliou Diarra, les visiteurs s’attardent. Le promoteur de BAD-Électronique Informatique y présente «Sènè Dèmèlan», un outil conçu pour aider les agriculteurs à mieux connaître leurs sols et à prendre de meilleures décisions. Devant son dispositif, l’innovateur parle de la terre avec une conviction presque intime. « Le sol parle », affirme-t-il. À travers l’électronique et l’informatique, son ambition est justement de recueillir et d’interpréter ce langage pour le mettre au service du producteur. Le principe est simple. L’utilisateur renseigne notamment la nature de son sol — sableux, argileux ou limoneux —, la culture envisagée, la superficie et le mode de production.
L’application peut alors fournir des indications sur les besoins de la parcelle, les semences et les quantités d’intrants nécessaires. Pour un champ d’arachide de 12 hectares, par exemple, elle peut contribuer à déterminer les besoins en engrais et orienter le producteur vers des solutions adaptées, comme le NPK ou le compost. La solution peut également contribuer à identifier certaines maladies des cultures et à proposer des recommandations. «Non seulement l’application nous dit les maladies, mais elle nous donne aussi des recommandations», explique le promoteur. Accessible sur ordinateur, tablette ou téléphone, «Sènè Dèmèlan» prend en compte plusieurs langues, notamment le bambara, le français, le mooré et le zarma. Une manière de rapprocher la technologie des réalités du monde rural. Derrière cette innovation se cache un parcours peu ordinaire.
Né en 1980, Badara Aliou Diarra s’est formé principalement dans des établissements techniques et par l’auto-apprentissage. Après l’électricité, il s’intéresse à l’électronique, puis à l’informatique. «Je suis autodidacte », revendique-t-il. Sa passion est telle qu’il lui arrivait de passer des journées entières devant son ordinateur. «Je pouvais rester dans le salon pendant 48 heures, 72 heures sur la machine », raconte-t-il. Cette soif d’apprendre va l’amener à regarder l’agriculture autrement. Le déclic intervient lors d’une visite chez un ami agriculteur. Sur des plants de tomates, il remarque des taches noires. Plutôt que de simplement constater le problème, il cherche à en comprendre l’origine. Ses recherches lui font découvrir les possibilités de l’informatique appliquée à l’agriculture.
Faute de moyens et de composants disponibles, il commence par dessiner lui-même ses schémas électroniques. Il cherche, expérimente, assemble et corrige. Petit à petit, l’idée prend forme. «Sènè Dèmèlan » naît ainsi d’un problème concret observé dans un champ. L’innovateur ne s’est pas contenté de concevoir son outil. Il l’a expérimenté sur plusieurs exploitations. Des producteurs disposant de petites parcelles l’ont utilisé depuis la préparation du sol jusqu’à la récolte. « Nous avons commencé dans quelques champs depuis la préparation du sol jusqu’à la récolte. Ça a bien fonctionné», témoigne-t-il. Pour le moment, la solution n’est pas encore commercialisée. Le promoteur propose toutefois des capteurs destinés à détecter certaines caractéristiques du sol et les maladies.
Son robot permet donc d’effectuer l’opération à distance. Aujourd’hui, Badara Aliou Diarra nourrit une ambition qui dépasse ses propres inventions : former la relève. Pour cet autodidacte, l’innovation ne doit pas être une affaire individuelle. Elle doit se transmettre, se perfectionner et servir le plus grand nombre. Dans le grand chapiteau du CICB, Badara Aliou Diarra ne présente donc pas seulement une machine ou une application. Il présente une conviction : le talent malien peut naître partout, pourvu qu’on lui donne la chance d’apprendre, d’expérimenter et d’inventer.
Amadou GUEGUERE
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