Une vendeuse de maïs grillé
Six heures viennent à peine de sonner. Les premières lueurs du jour éclairent timidement les façades de Wolofobougou, mais «Bougouni Place» est déjà en pleine activité. Les poids lourds venus des bassins agricoles se succèdent dans un vacarme de moteurs et de klaxons. Les chauffeurs cherchent à se frayer un passage dans une ruelle devenue trop étroite pour contenir une telle affluence.
À peine les bâches retirées, les katakatani (tricycles) entrent en scène. En un clin d'œil, les déchargeurs grimpent sur les camions, se passent les sacs de main en main et les déposent au pied des grossistes. Leur cadence est impressionnante. Front couvert de sueur malgré la fraîcheur matinale, ils courent d'un véhicule à l'autre sans presque reprendre leur souffle. Chaque chargement transporté représente quelques francs de plus à la fin de la journée.
Autour des tas d'arachides fraîchement récoltées, les femmes arrivent par vagues. Jeunes filles venues pour un petit commerce, restauratrices, mères de famille, revendeuses des marchés de quartier ou encore grand-mères portant de larges paniers... toutes convergent vers les mêmes étals. Certaines inspectent les gousses avec minutie, d'autres plongent les mains dans les tas pour apprécier la fraîcheur du produit.
Les conversations se croisent, les appels des vendeurs se mêlent aux éclats de rire et aux discussions animées. L'endroit ressemble à une ruche où chacun connaît parfaitement son rôle. Un peu plus loin, une négociation retient notre attention.
Une cliente souhaite acheter plusieurs bassines d'arachides pour les revendre dans son quartier. «Fais un effort, frère. Si tu me fais un bon prix aujourd'hui, je reviendrai demain.» Le grossiste esquisse un sourire. «Tu vois bien les camions. Tout est arrivé cher. Je ne peux pas vendre à perte.» La cliente tourne autour de la marchandise, garde le silence quelques secondes avant de revenir à la charge. «Alors ajoute au moins quelques kilos.» Après plusieurs minutes d'échanges, chacun fait un pas vers l'autre.