Dernier hommage à Souleymane Cissé : Une vie d’ingéniosité et de passion

Le réalisateur malien ne tournera plus. Mais, on continuera à le chanter dans le monde du 7è art comme le digne porte-étendard du cinéma africain partout dans le monde

Publié lundi 24 février 2025 à 07:40
Dernier hommage à Souleymane Cissé :  Une vie d’ingéniosité et de passion

Le réalisateur a été accompagné à sa dernière demeure au cimetière de Niaréla le vendredi 21 février

 

La Nation malienne et la communauté mondiale du 7è art sont endeuillées par la perte brutale du réalisateur Souleymane Cissé, le mercredi 19 février dernier à Bamako. Elles ont rendu un dernier hommage au cinéaste vendredi avant son inhumation. Le réalisateur qui tournait pendant des lustres des courts et longs métrages et des documentaires à coups de cameras, plongeait son regard sur la société malienne, ses traditions, ses valeurs, mais aussi les défis qui l’attendent.

Un participant à un débat le week-end dernier sur une chaine de radio expliquait que Souleymane Cissé représentait «le visage du potentiel africain du cinéma». Cet homme qui a ramené (avec d’autres talents) le cinéma africain à une autre dimension est passé de vie à trépas à 84 ans. L’icône du cinéma africain Souleymane Cissé a tiré sa révérence quelques heures après avoir animé une conférence de presse sur deux nouvelles récompenses internationales qu’il venait d’engranger. 

Cette belle promesse du développement du cinéma africain qu’il a su entretenir chez la jeune garde de cinéastes du continent restera intacte. Le réalisateur malien, Alioune Ifra N’Diaye résume mieux : «Souleymane Cissé est décédé, mais il n’a pas disparu.» Cinéastes, comédiens, acteurs de cinéma, artistes, collaborateurs, journalistes, cinéphiles, amis et parents et une forte délégation venue de Burkina Faso étaient tous présents pour accompagner leur idole à sa dernière demeure. Mais aussi témoigner des qualités professionnelles et humaines de l’homme.


C’était un moment dur et très dur pour certains, mais aussi une circonstance de grande consternation, caractérisée par la nostalgie d’un être cher qui entreprend le voyage sans retour. Dans la foule, on pouvait lire la mélancolie sur les visages même si certains avaient souhaité camoufler leur amertume sous des lunettes noires qu’ils arboraient. Le cinéaste a été inhumé chez lui à Niarela, après la prière du vendredi à la grande Mosquée de Bamako.

Il laisse derrière lui un lourd héritage cinématographique. Bien avant son enterrement, le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, accompagné par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, s’est rendu au domicile du défunt pour présenter les condoléances du gouvernement.  Souleymane Cissé était incontestablement l’un des cinéastes africains les plus titrés. Il a été enterré dans sa maison dans la plus grande intimité, selon la volonté de la famille malgré la présence d’une grande foule. Seuls, les proches parents y ont assisté.

Il est utile de rappeler que le réalisateur de nombreux films dont Finyè, Baara, Yeelen, Den muso, Waati, entre autres, était retenu pour présider le jury dans la catégorie long métrage de fiction au Fespaco 2025 qui a commencé le week-end dernier. Celui que certains appelaient affectueusement «Nyamina Solo» avait le destin lié au 7è art. Il aimait aussi souvent rappeler un épisode sombre de sa vie comme pour enseigner les jeunes cinéastes que rien ne se donne et que tout s’acquiert. Le réalisateur a connu la prison avant la gloire des récompenses et les réceptions sous les lambris des palais.

Décédé quelques heures avant son départ dans la capitale du cinéma africain pour retrouver son trésor (le cinéma), il était écrit quelque part que «Nyamina Solo» ne siègera plus jamais dans un jury de cinéma. Une pluie d’hommages ont été faits au réalisateur connu et apprécié pour la considération qu’il accordait à l’humain.

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La dernière apparition du cinéaste

 


Le président de l’Union des créateurs et entrepreneurs du cinéma et de l’audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (Ucecao), Souleymane Cissé, a animé une dernière conférence de presse avant de s’éteindre, au cours de la quelle il a rappelé ses multiples trophées et le résultat de son acharnement au travail.

Honoré à Montréal en avril 2023 par un prix spécial remis par le Festival vue d’Afrique, puis au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en mai 2023 pour l’ensemble de ses œuvres avec le prix Carrosse d’Or. En outre, le Silicon Valley African Film Festival à San José, lui a rendu hommage en octobre 2024 avec le prix de l’Icône culturelle remis par le réalisateur nigérien Chike Nwoffiah (fondateur de ce festival).

Il présente une sélection de films d’Afrique et de la diaspora qui mettent en valeur la profondeur et la complexité des histoires africaines, offrant aux participants une occasion unique de découvrir de nouvelles perspectives et de faire une immersion dans le monde du cinéma africain.


En marge de ce festival à San Francisco en Californie, Souleymane Cissé et trois autres cinéastes ont reçu le prix de l’Icône culturelle dont l’acteur sud-africain, Jon Kani, auteur du film Black Panther sous le nom de King Tchaka, Julie Dash productrice et réalisatrice, Américaine d’origine africaine, et l’acteur nigérien Richard Mofe-Damijo. Le 15 février 2025 à Banjul, la mission médicale Sunu Reew qui signifie «notre pays» en wolof, lui a octroyé un prix honorifique.

Sunu Reew a mis en marche les soins de santé et la narration culturelle en Gambie pour célébrer l’art et  la culture soulignant comment le pouvoir de la narration et de l’échange culturel peut transformer les résultats en matière de soins de santé. L’initiative est de Mme Victoria Lissong Richards-Ohwotu.

Amadou SOW

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