Visite du Premier ministre au Ghana : Le Mémorial Kwame N’Krumah en hommage au panafricanisme

La faible brise maritime de ce jeudi matin a du mal à atténuer la chaleur moite dans la capitale ghanéenne

Publié vendredi 17 janvier 2025 à 07:42
Visite du Premier ministre au Ghana : Le Mémorial Kwame N’Krumah en hommage au panafricanisme

 Le Premier ministre écoute les explications d’Edward Quao, le conservateur du mémorial

 

Cela ne peut déteindre sur l’envie du Premier ministre du Mali et des membres de sa forte délégation à sacrifier à un rite protocolaire mais surtout panafricaniste : se rendre au Mémorial Nkwame N’krumah pour saluer la mémoire du père de l’indépendance ghanéenne, mais surtout rendre hommage, au nom du Président Assimi Goïta, au rôle pionnier que ce grand homme et son pays ont joué dans l’ancrage de l’idéal panafricain.


Cet élan est nourri par la considération mutuelle que nos deux nations se vouent, au niveau des autorités, comme des peuples. Le Ghana, bien avant l’indépendance, a été une terre d’immigration pour les anciens Soudanais de la région de Gao et du pays dogon. Leurs descendants sont bien implantés aujourd’hui dans toutes les régions du pays, au point que la langue songhay est en train d’être intégrée comme dialecte officiel.

LA ROUTE DU POISSON-Cette relation fusionnelle entre nos deux pays s’est renforcée au cours des premières heures des indépendances sous le leadership du président Kwame N’krumah. Avec Modibo Keita, ils ont développé la route du poisson qui est une artère nourricière de ces relations économiques, à partir de Mopti, via le pays dogon, le Burkina jusqu’à Kumasi, la capitale économique du Ghana, en pays ashanti. Cela est inscrit dans l’héritage mémoriel du père de l’indépendance ghanéenne en ce qui est des relations entre les deux pays et de la construction de l’unité africaine.

C’est cela l’esprit du Mémorial N’kwame N’Krumah, au cœur de la capitale, Accra.  Des touristes occidentaux, malgré les explications de leur guide, semblent distraits à la vue de la délégation malienne. Mais la distance les dissuade d’approfondir leur curiosité. à chacun son guide et la concentration est de mise dans un tel lieu, lourd de souvenirs et surtout d’émotions. Dans ce haut lieu qui reçoit environ 99 mille visiteurs chaque année, le marbre, l’asphalte, les drapeaux et les photos se disputent dans un décor pensé pour immortaliser l’œuvre et la vie d’un grand homme. Les jets d’eau dont les installations sont visibles dans des canaux dédiés, sont inactifs en ces instants.

À pas mesuré, le Premier ministre écoute les explications d’Edward Quao, le conservateur du mémorial. Une statue géante, en bronze massif de l’homme d’état trône au beau milieu du site, comme pour accueillir de loin les visiteurs et leur annoncer les couleurs. Au mausolée, sur la tombe de l’illustre disparu, le chef du Gouvernement se recueille non sans écouter les explications du maitre des lieux. «Après le coup d’État qui l’a évincé en 1966, Kwame N’Krumah s’est exilé en Guinée où Sékou Touré, en fervent inspirateur de l’Union Ghana, Guinée, Mali a accueilli son frère en lui attribuant le titre de co-président de Guinée.

Le dirigeant ghanéen y résidera et c’est de là qu’il ‘est parti se soigner en Roumanie où il mourut d’un cancer de la prostate», explique-t-il, non sans un brin d’émotion dans la voix. À environ un mètre de là, se trouve la tombe de son épouse égyptienne, Fatia N’krumah morte en Egypte mais qui a souhaité qu’à sa mort, ses restes soient auprès de ceux de son époux. «Leur union a été inspirée par le leader égyptien, Gamal Abdel Nasser, au nom des idéaux du panafricanisme qui habitaient les deux hommes. Fatia N’krumah a donné naissance à trois enfants, tous aujourd’hui vivants et dont l’un est journaliste en égypte», a poursuivi le conservateur dans ses explications aux viseurs de marque du jour.

Ce mémorial est une idée du Président Jerry John Rawlings qui a voulu immortaliser la vie grandiose de l’auteur de «l’Afrique doit s’unir» ou encore du «consciencisme», des œuvres qui ont été le socle de sa doctrine panafricaniste, elle-même inspiratrice de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) aux côtés de ses pairs Modibo Keita et Gamal Abdel Nasser. «C’est une bonne occasion de nous ressourcer et de comprendre que le combat porté au plus haut niveau dans notre pays par le Général d’armée Assimi Goita, Président de la Transition, est un combat de dur labeur.

En voyant les œuvres de feu Kwame N’Krumah, premier président du Ghana mais aussi premier Premier ministre du pays, nous comprenons que le panafricanisme est un combat constant, une lutte qui a commencé à la veille des indépendances de nos pays. Forcément, cela permet de rehausser le moral et savoir que de 1960 à aujourd’hui, c’est à peu près les mêmes réalités, les prédateurs sont les mêmes. Dans le cadre de la refondation au Mali, dans un cadre confédéral comme l’Alliance des États du Sahel, la volonté de nos leaders aujourd’hui est de mettre fin définitivement à cette lutte et d’aller vers une indépendance, une souveraineté véritable des pays africains», confie le Premier ministre, visiblement très fier de ce qu’il a vu.

Dans une salle attenante au mausolée, l’on peut refaire le parcours du natif de Nkroful, une bourgade de l’ouest du pays. On peut voir de l’Osagyefo (titre de l’ethnie akan donné à Nkrumah et qui veut dire le sauveur) avec des pères des indépendances et du panafricanisme comme Gamal Abdel Nasser, Modibo Keita, Ahmed Sékou Touré, Hailé Sélassié. Pour un visiteur malien, les photos qui ralentiront une telle randonnée historique sont celles des visites de premier président ghanéen au Mali, précisément à Bamako et à Mopti. Sur ces captures de ces mémorables, l’on peut le voir aux côtés de son homologue malien Modibo Keita ou du député maire de Mopti, Barema Bocoum. Dans cette salle de souvenirs, une table bureau, un costume traditionnel, un fauteuil, conservés pour avoir été dans la vie de Kwame N’Krumah.

UN VIBRANT HOMMAGE-À la fin de la visite, le Général de division Abdoulaye Maïga n’a pas manqué de marquer dans le livre d’or ces instants historiques pour sa délégation et au nom du Chef de l’État du Mali. «Je voudrais au nom du peuple malien, des plus hautes autorités de la Transition, de la délégation qui m’accompagne et en mon nom personnel, rendre un vibrant hommage au grand homme d’État que fut Dr Kwame N’Krumah, pour sa vision et son leadership audacieux pour la libération de l’Afrique qui lui étaient chevillés au corps.

Il croyait fermement en la justesse de son combat, comme en atteste sa célèbre citation, je cite : «j’ai la certitude que la mort ne peut éteindre la flamme que j’ai allumée au Ghana et en Afrique. Longtemps après ma mort, elle continuera de brûler et d’être portée haut, éclairant et guidant tout le peuple». Fin de citation. Aujourd’hui, la lutte portée haut par son Excellence le Général d’armée Assimi Goïta, Président du Mali, son Excellence le capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso, son Excellence le Général de brigade Abdourahmane Tiani, Président du Niger et par tout le peuple de la Confédération des états du Sahel (AES). Que Dieu bénisse l’Afrique». 

De retour de cette visite pleine d’histoire, le Premier ministre a rendu une visite à l’ambassade du Mali où l’ambassadeur, Oumar Konaté lui a exposé la situation de sa juridiction. Le Chef du Gouvernement a pu constater que les opérations de révision des listes électorales se poursuivent avec des agents motivés et bien en place.

 

Envoyé spécial

Alassane Souleymane

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