Travail des enfants : Les zones rurales ne font pas exception

Les sites d’orpaillage et les travaux champêtres sont, entre autres, les lieux d’exploitation de ces enfants et adolescents. Ils sont confrontés à la dure réalité des avilissements subis

Publié vendredi 17 juin 2022 à 05:44
Travail des enfants : Les zones rurales ne font pas exception

Les enfants sont sollicités à toutes les étapes des travaux champêtres

 

Ce jeudi 14 avril 2022, il est 11 heures sur le site d’orpaillage de Foroko (une localité située dans le Cercle de Kangaba, près de la frontière Mali-Guinée Conakry). Sur place, on remarque beaucoup d’hommes, des femmes et des enfants. Chacun est préoccupé à ce qu’il a à faire. Tandis que certains garçons de moins de 15 ans creusent les trous, d’autres attendent avec impatience le remplissage des seaux afin de les tirer du trou. Non loin de là, un petit regroupement comprenant quelques filles rince inlassablement une petite motte de boue, dans l’espoir de tomber sur quelques pépites d’or.

La petite Oumou Diarra fait partie du groupe. Celle qui est là grâce à son oncle, affirme que laver la boue est son quotidien. Dès que les travailleurs commencent à creuser, on se met en place afin de récupérer la boue susceptible de contenir des pépites d’or. Elle affirme sans ambages qu’en marge des activités d’orpaillage sur le site, de nombreuses jeunes filles s’adonnent à la prostitution pour arrondir les angles.


C’est ainsi qu’elle révèlera le cas de son amie Koro. Elle assure que c’est son oncle qui l’a amenée ici pour travailler. «Apparemment, son parent n’était pas satisfait de l’argent qu’elle gagnait. Subitement, il a commencé à l’encourager à aller dans la prostitution et du coup, pour la mettre à l’aise, il a ouvert un maquis afin de bien mener ses activités louches. Naturellement les parents de Koro ne sont pas au courant de sa double vie qu’elle mène ici», précise notre interlocutrice.

Oumou ajoutera également que des pratiques de mariage sous contrat (communément appelés en bamanankan «Fouroudeni») sont monnaie courante. Par ailleurs, Oumou se rappelle encore du viol d’une petite fille du site en 2015. La victime a été retrouvée gravement blessée dans la case des deux violeurs. Fort heureusement, ces derniers ont été rapidement confondus et ils sont actuellement en train de purger leur peine.

Les jeunes garçons sont aussi nombreux sur les sites d’orpaillage. Seydou Kanté, un jeune garçon de 14 ans, tirer les seaux, laver la boue afin d’y trouver de l’or, vendre de l’alcool… constituent les activités principales des garçons de son âge. «Nous travaillons de 5 heures du matin à 20 heures. La vie est très dure ici, car il n’y a pas de pitié. L’exploitation, la trahison et d’autres formes de violences constituent notre quotidien», explique-t-il.

 

PLUTÔT LE COTON QUE LES ÉTUDES- S’exprimant sur les difficultés auxquelles les enfants sont confrontés sur le site d’orpaillage de Foroko, Seydou Kanté révélera que lorsque qu’on surprend un enfant en train de voler de l’or, il s’expose inévitablement à la vindicte populaire où tous les sévices et atrocités lui sont administrés jusqu’à l’arrivée de ses tuteurs.


Des justiciers improvisés vont jusqu’à utiliser des méthodes de torture dignes des camps de concentration faisant passer au fautif des moments douloureux, s’il ne rend pas l’âme sous l’assaut des méthodes barbares d’une autre époque. Toutes ces exactions, selon Seydou Kanté, se passaient avant l’installation des «Ton boloma», autrement dit, les protecteurs et gardiens des sites d’orpaillage.  


Le cas du site d’orpaillage de Foroko est similaire à celui de M’Bèkèla (localité située dans la Commune rurale de Finkolo Ganadougou, Sikasso). Là-bas, les conditions de travail des enfants  sont pitoyables. Ils sont, entre autres, mal rémunérés, ils n’ont pas de dortoirs, ils boivent l’eau souillée des drags, etc. C’est aussi un camp de concentration à ciel ouvert qui fourmille de monde disparate où les plus forts règnent en maîtres absolus des lieux.

La souffrance physique, morale et psychologique des enfants travaillant sur les sites d’orpaillage n’a rien de commune mesure avec ceux qui courbent l’échine dans les champs. La ressortissante du village de Koungoba (Cercle de Sikasso), Kadidiatou Fané témoigne. Elle est âgée de 14 ans. L’année passée, elle faisait la classe de 6è année, elle affirme avoir abandonné les bancs, car elle n’avait pas de temps à consacrer aux études à cause des travaux champêtres.

Elle est actuellement à Sikasso chez une tante afin de rassembler de quoi assurer son trousseau de mariage. Elle raconte que pendant la récolte du coton, chaque matin elle se rend au champ de 8 heures à 18 heures pendant 1 mois ou plus. De retour des champs aux environs de 18 heures, les enfants doivent s’occuper des travaux domestiques. Donc, elle ne disposait pratiquement pas de temps suffisant pour apprendre ses leçons et faire ses exercices, soupire-t-elle.

«Une fois où j’ai dit à mon père que nous sommes en composition, que je dois apprendre au lieu d’aller au champ, il m’a répondu que j’irai composer au champ», rappelle-t-elle avant d’ajouter que récolter le coton est une obligation pour chaque enfant de Koungoba.

 

L’ENGAGEMENT DES ACTEURS- Le travail des enfants peut affecter non seulement leur santé et mais aussi leur fréquentation scolaire. L’effort physique intense demandé aux enfants entraîne des conséquences pour leur croissance. Des enfants peuvent s’adonner à l’insu de leurs parents à la consommation de stupéfiants afin de faire face aux lourdes charges des travaux imposés.

Pourtant, le code du travail interdit d’employer les enfants de moins de 18 ans à des travaux excédant leurs forces, représentant des dangers ou qui, par leur nature et par les conditions dans lesquelles ils sont exécutés, sont susceptibles d’affecter leur moralité. Le travail des enfants dans les sites d’orpaillage ne peut être banni sans l’engagement du gouvernement, des autorités régionales, des partenaires ainsi que le reste des acteurs impliqués dans le domaine.

N’est-ce pas que la célébration de la journée de l’enfant africain œuvre pour le bien-être de tous les enfants qui vivent dans des situations humaines insupportables. Les parents qui sont contraints à utiliser leurs enfants dans ces travaux pénibles n’ont pas d’autres choix. Mieux que les parents, les autorités doivent créer les conditions idoines d’épanouissement pour les enfants. Ce qui les éloignera des tentations d’exploitation, des abus ou violences en tous genres. Bonne fête de l’enfant africain à tous les enfants du monde !

Mariam F. DIABATÉ

Amap-Sikasso

Rédaction Lessor

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