Spécial 22 septembre 2025, Modibo Keïta : L’univers exceptionnel du Père de l’indépendance du Mali

Auteur du livre intitulé «Modibo Keïta, portrait inédit du Président», le journaliste-écrivain Daouda Tékété reste l’un des fins connaisseurs de l’œuvre et de l’immense héritage du père de l’indépendance de notre pays

Publié vendredi 19 septembre 2025 à 20:01
Spécial 22 septembre 2025, Modibo Keïta : L’univers exceptionnel du Père de l’indépendance du Mali

Discours de la proclamation de l’indépendance du Mali, prononcé par le président Modibo keita, le jeudi 22 septembre 1960, au lycée technique de Bamako

 

Dans son ouvrage, il explique que le Président Modibo Keïta avait le verbe haut, le nationalisme à fleur de peau, de la dignité et de la distinction dans le comportement, le non-alignement comme principe. Fils de Daba Keïta et Hatouma Camara, Modibo Keïta est né le 4 juin 1915 à Bamako-coura, un quartier de Bamako. De 1925 à 1931, il fréquente l’école primaire urbaine de Bamako. À partir de 1931, il entre au lycée Terrasson de Fougères, aujourd’hui lycée Askia Mohamed.

Trois ans plus tard, il part pour l’école normale supérieure William Ponty de Dakar. Modibo Keïta sortira major de cette prestigieuse école et deviendra instituteur en septembre 1938. Ses professeurs le signalèrent comme «instituteur d’élite, très intelligent, mais anti-français… agitateur de haute classe à surveiller de près ».

Il n’était pas anti-français, mais était viscéralement anticolonialiste. Profondément ulcéré par la situation de l’Afrique sous domination coloniale, il a mené depuis 1937, des activités dans plusieurs mouvements et associations.

animateur du groupe «art et théâtre», il se moque, dans des piécettes, de la bourgeoisie et des représentants de l’autorité coloniale, pour la grande joie du petit peuple. Pendant la période du Front populaire en France, sur le mot d’ordre « égalité avec les Blancs », il crée, avec le Voltaïque Ouezzin Coulibaly, le syndicat des enseignants d’A.O.F Dans une publication qu’il a créée en 1943 intitulée« l’œil de Kénédougou », il critique ouvertement la société féodale et le pouvoir colonial.

Son nationalisme intransigeant, son activisme politique et syndical vont le conduire en prison. Considéré comme un dangereux opposant à l’administration coloniale, il sera condamné par les Français, à 6 mois de détention. Incarcéré le 21 février 1947 à la prison de la santé à Paris, il sera finalement relâché le 11 mars. La même année, Modibo Keïta devient le secrétaire général du premier bureau de l’US-RDA, section soudanaise du R.D.A. (Rassemblement démocratique africain) dont il fut l’un des fondateurs. Une année plus tard, il obtient un siège à l’Assemblée territoriale à Paris. Le 10 octobre 1953, il est élu membre de l’assemblée de l’union française.

 

MAIRE DE BAMAKO-Le 26 novembre 1956, Modibo Keïta est élu maire de Bamako. C’est aussi l’année où il entre à l’Assemblée nationale française dont il sera le premier vice-président africain. En juin et novembre 1957, il sera, deux fois, ministre à Paris : secrétaire d’état dans les gouvernements Bourgès-Maunoury et Gaillard.

En 1958, il devient président de l’Assemblée constituante de la fédération, puis président du Conseil après les élections de mars 1959. Le 20 juillet 1960, Modibo Keïta devient le chef de gouvernement de la Fédération du Mali rassemblant le Soudan (actuel Mali) et le Sénégal. Le 22 septembre 1960, après l’éclatement de la Fédération, il deviendra le premier Président de la jeune République du Mali. Il sera réinvesti dans cette charge en janvier 1961 par l’Assemblée nationale.

En 1963, il est l’un des rédacteurs de la Charte de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) dont il fût l’un des principaux artisans. C’est aussi l’année où il reçoit le prix Lénine international pour ses actions en faveur du «renforcement de la paix entre les peuples». Le 13 mai 1964, on assiste à la réélection de Modibo Keita à la présidence de la République. Le 19 novembre 1968, il est renversé par un coup d’État militaire. Le 16 mai 1977, il meurt en détention dans des conditions mystérieuses


Auparavant, médiateur entre l’Algérie et le Maroc au service de l’unité africaine, Modibo Keïta n’a ménagé aucun effort pour résoudre les crises entre les pays africains. Ainsi, les 29 et 30 octobre 1963, il reçoit à Bamako, le Roi du Maroc, le Président algérien et l’empereur d’Éthiopie (alors Président de l’OUA) pour mettre fin à la « guerre des sables » (conflit frontalier entre l’Algérie et le Maroc). L’OUA venait alors de franchir sa première crise. La réussite de la conférence de Bamako montre bien que Modibo Keita était respecté par les autres Chefs d’Etat et était écouté sur la scène internationale. Soutien aux mouvements de libération nationale- L’on peut rappeler le soutien matériel du Mali aux combattants algériens du Front de libération nationale (FLN) en lutte pour leur indépendance.

Ce soutien créa d’ailleurs des frictions entre le Mali et la France et, était un sujet de divergences entre Modibo Keita et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor au sein de la Fédération du Mali. Concernant le problème du Congo, la position de Modibo Keïta comme de Kwamé Nkrumah et de Sékou Touré était de s’opposer aux interventions étrangères. Avec Ben Bella, Nyéréré, Nasser, Kenyatta, Sékou Touré, Nkrumah, il a essayé de sauver la révolution congolaise. Outre les nationalistes du Congo et le F.L.N d’Algérie, Modibo Keita apporta son aide aux mouvements de libération en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau. Il ne ménagea pas ses efforts pour soutenir les militants anti-apartheid en Afrique du Sud.

Par ailleurs, la Fédération du Mali est morte, le Mali de Modibo Keïta est né. L’éclatement de cette fédération a eu pour effet de renforcer l’unité nationale. Les premières prises de position de la jeune République du Mali en matière de politique extérieure furent sans détour le soutien à l’Algérie en lutte pour son indépendance, l’évacuation des bases militaires françaises qui étaient stationnées au Mali, la condamnation des essais nucléaires français dans le Sahara. Tout cela n’améliorait pas les relations franco-maliennes, déjà très affectées par les évènements liés à l’éclatement de la Fédération du Mali. La diplomatie malienne suivait quelques principes : souveraineté nationale, unité africaine et non-alignement, défense de la paix, émancipation du tiers-monde.

 

Synthèse de N KOUYATE


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Président Modibo Keïta : Un parcours impressionnant

 

Le directeur général du Mémorial Modibo Keïta, Moussa Traoré, dresse le portrait du père de l’indépendance de la République du Mali

 

Le premier responsable du Mémorial Modibo Keïta rappelle que le Président Alpha Oumar Konaré a très vite compris que la jeune génération avait besoin de repères. «Et les repères pour l’histoire du Mali contemporain passent forcément par la première République. C’est le père de l’indépendance Modibo Keita», explique Moussa Traoré, affirmant qu’il a une certaine métaphore qu’il partage souvent avec les jeunes visiteurs des établissements scolaires et universitaires. Selon lui, « quand un homme aura donné à son pays son nom, un hymne national, un drapeau, une devise et quand il aura conduit son pays à l’indépendance, c’est que cette personne a fait son devoir de génération ».

Pour le directeur général du Mémorial Modibo Keïta, c’est la reconnaissance de ce devoir de génération que le Mali entier fait à Modibo Keïta. A son avis, le meilleur symbole était justement l’érection de ce Mémorial pour sa mémoire. « Nous sommes sous la forme d’un centre de recherche qui doit travailler à collecter toute la matière par rapport au combat de ces pères des indépendances africaines. Et mettre cela à la disposition des chercheurs éventuels », poursuit le directeur général Moussa Traoré. Il dira que le Mémorial entretient une exposition permanente qui résume à suffisance le parcours du premier Président du Mali par un certain nombre de photographies qui vont de sa vie politique à l’intérieur, à l’international et dans le pays profond. Il s’agit aussi de ses rapports avec la jeunesse et l’armée ainsi que quelques actions phares de développement qu’il a posées pendant ses huit ans à la tête de notre pays.

Le directeur général du Mémorial reste convaincu que Modibo Keïta a forcément insufflé une certaine dynamique de gouvernance dans son pays. « On peut aimer ou ne pas aimer l’homme pour ses choix politiques, mais c’est vraiment lui qui a lancé les bases de la gouvernance d’un Mali moderne qui s’émancipe un peu du colonisateur de l’époque», reconnaît Moussa Traoré. Ce faisant, il dira que Modibo Keïta est une figure clé de l’indépendance. Moussa Traoré retient qu’il a été excellent dans tout ce qu’il fait. « Sa période n’a pas coïncidé avec les universités comme nous les connaissons aujourd’hui. L’école normale William Pointy à l’Ile de Gorée au Sénégal était la référence en Afrique de l’Ouest », relève-t-il. 



D’après lui, c’était le plus haut niveau d’instruction à offrir aux indigènes. D’après lui, Modibo Keïta était le premier de la sélection au Soudan. Arrivé à l’Ile de Gorée, l’effectif dépassait la capacité de la classe qui les attendait. On a organisé un autre test à Gorée cette fois-ci avec d’autres Africains qui ne sont pas des Soudanais. Il était encore le premier de ce test, explique le premier responsable du Mémorial qui porte son nom. Il affirme que le père de l’indépendance est rentré en formation en 1933 et a terminé en 1936 encore premier de sa promotion sur 33 élèves. Il avait choisi la carrière d’enseignant, fait remarquer Moussa Traoré, rappelant la célèbre réforme de l’enseignement de 1962 qui recommandait une éducation de masse et de qualité.

À la question de savoir comment cette personnalité historique s’est retrouvée dans la politique, il explique qu’il a commencé d’abord sur le plan syndical et les Français qui étaient de l’ancienne métropole ont vu « le garçon venir».  C’est la raison pour laquelle, Moussa Traoré a évoqué la signature de l’inspecteur colonial sur son bulletin à sa sortie : « élève brillant, brillant instituteur, mais foncièrement anti-français à surveiller de près ». Une fois au Soudan (Mali actuel), il a été balloté tantôt à Sikasso, tantôt à Kabara, près de Tombouctou.

Entre temps, on a dû se résoudre de le ramener à Bamako. C’est ainsi qu’il a côtoyé feu Mamadou Konaté, directeur de l’école, lui enseignant aux côtés de son aîné. De l’avis du directeur général du Mémorial Modibo Keïta, ce sont eux les artisans de la création du Rassemblement démocratique africain (RDA), dont la branche soudanaise s’appelait l’Union soudanaise RDA.

En termes de lutte de libération, il cite l’implication de Modibo Keïta auprès des combattants de l’Afrique australe notamment l’ANC de Nelson Mandela. «Au plus fort de son combat, Modibo Keïta a reçu Nelson Mandela ici. Il a instruit au service financier de son pays de mettre à disposition 100 millions de devises pour aider l’ANC dans son combat pour l’indépendance », a rappelé Moussa Traoré. Selon lui, il est l’un des artisans du groupe de Casablanca et du mouvement des non-alignés.

D’après lui, l’homme au destin hors pair a créé l’union Ghana-Guinée-Mali avec ses voisins du Ghana et de la Guinée. Et il est aussi l’un des artisans majeurs de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963. « Aujourd’hui, cette volonté de rassemblement des pays du Sahel est dans la continuité du combat du père de l’indépendance », soutient le directeur général du Mémorial Modibo Keïta.

Namory KOUYATE

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