Ravitaillement en eau potable : Qui a dit que le pousse-pousse s’arrête au mur

Dans certains quartiers de Bamako, l’eau potable est livrée en pousse-pousse par des revendeurs. Ce travail pénible rythme le quotidien de certains jeunes venus de la campagne. Nous nous sommes intéressés à certains d’entre eux, à Lafiabougou, un quartier populaire de la Commune IV du District de Bamako

Publié mercredi 10 septembre 2025 à 13:14
Ravitaillement en eau potable : Qui a dit que le pousse-pousse s’arrête au mur

Ces jeunes parcourent des kilomètres par jour pour vendre un bidon d’eau entre 50 et 100 Fcfa

 

Ces travailleurs, des jeunes, sillonnent les rues avec des bidons d’eau potable empilés sur des petites charrettes métalliques appelées «pousse-pousse» tirées à la main pour livrer de l’eau potable aux familles qui n’ont pas accès à un robinet ou à un forage. Ce travail pénible exercé souvent sous le soleil brûlant, cache une réalité sociale dure et un rôle vital dans l’accès à l’eau dans notre société.

Père de plusieurs enfants, âgé d’une quarantaine d’années, Ali Tamboura nourrit sa famille par ce travail. Il transporte l’eau qu’il vend à des familles à Lafiabougou « frou-frou carré » non loin de l’église catholique. «J’ai commencé ce travail, il y a plusieurs années. Je vendais l’eau avec des palanches ou bâtons de portage appelés «Ngogoni» en bamanakan. À cette époque, on n’avait pas de pousse-pousse», se souvient-il, ajoutant que de nos jours, grâce à l’évolution, il y a maintenant des charrettes métalliques qui facilitent le transport des bidons d’eau.

Ces vendeurs d’eau parcourent plusieurs kilomètres par jour pour vendre un bidon d’eau de robinet ou de forage entre 50 et 100 Fcfa, selon la distance entre le point où ils achètent l’eau et le quartier où ils la revendent dans les familles près de l’église catholique de Lafiabougou.  Selon Ali Tamboura, certaines familles payent aussi le chargement de son pousse-pousse qu’il cède entre 500 et 1.000 Fcfa. Il précise à ce niveau aussi que c’est la distance qui augmente le prix du bidon et du chargement.

«Gloire à Dieu ! Depuis que j’ai quitté mon village, c’est ce travail que je fais à Bamako. Je nourris ma famille et j’envoie de l’argent au village. J’ai pu acheter des moutons et des chèvres pour les élever au village », témoigne Ali Tamboura. Comme dans tout travail, il a cité quelques difficultés qu’il rencontre. Selon lui, souvent, il n’y a pas assez de clients surtout pendant la saison des pluies. Car, nombreux sont ceux qui récupèrent l’eau de pluie pour leurs travaux domestiques.

 

SERVICE VITAL- Dans les quartiers où l’eau potable est difficilement accessible comme Lafiabougou Taliko, Konibabougou, Kognanbougou, ces vendeurs d’eau deviennent indispensables. Ils fournissent de l’eau à de nombreuses familles, à des boutiques ou à des chantiers, parfois au prix d’un long trajet. Ils livrent de porte à porte, souvent à crédit et deviennent des acteurs incontournables de la gestion communautaire de l’eau.

Hawa Camara, une mère de quatre enfants habitant à Lafiabougou non loin de l’école B achète l’eau en pousse-pousse chaque jour, pour les travaux domestiques de sa famille. «Je n’ai pas de robinet chez moi et mes enfants ne sont pas assez grands pour aller chercher de l’eau à des kilomètres.


C’est pour cela que j’achète l’eau avec ceux qui en livrent en pousse-pousse. Ils viennent me livrer jusqu’à mon domicile et je les paye», explique Hawa
Camara. Elle dira que tous les jours, elle achète dix bidons d’eau à 500 Fcfa. D’après elle, depuis près d’un an, elle achète l’eau en pousse-pousse. Le seul problème qu’elle rencontre est que ceux qui mènent cette activité prennent souvent du retard alors que sa famille a besoin d’eau potable.


Hamed Yattara, un jeune homme d’une vingtaine d’années est aussi vendeur d’eau en pousse-pousse, dans le quartier de Lafiabougou-Bougoudani. « J’ai quitté le village pour venir travailler à Bamako. Pour le moment, c’est ce travail que j’ai trouvé, avant d’avoir un autre plus rentable. Ce travail me permet de subvenir à mes besoins », a fait savoir Hamed, qui précise qu’il gagne entre 2.000 et 3.000 Fcfa par jour grâce à cette activité. Tout comme son collègue Ali Tamboura, Hamed Yattara a évoqué quelques difficultés comme le mauvais état des routes, surtout dans les rues où ils ont du mal à faire leur travail. Car, il faut souvent utiliser beaucoup de force pour pouvoir traverser certaines rues avec son pousse-pousse. Des fois, ce sont des passants qui les aident à sortir de certains trous.

«Certaines clientes prennent l’eau avec nous à crédit sous prétexte qu’elles n’ont pas de monnaie. Et dans plusieurs cas, on a des difficultés à avoir notre argent avec elles», explique Hamed, qui soutient que dans la plupart des cas, elles attendent d’abord qu’ils déversent l’eau dans leurs seaux ou baignoires avant de leur dire qu’elles n’ont pas de monnaie. Pendant ce temps, eux ils achètent l’eau avec les propriétaires de robinets qui sont souvent très stricts pour le payement de leur argent par bidon.  «Moi, j’achète deux bidons d’eau à 25 Fcfa au robinet pour les revendre à 50 Fcfa l’unité. Si les clients ne donnent pas l’argent à temps, j’aurai des problèmes avec le propriétaire du robinet», ajoute Hamed Yattara.

Diakaridia Keïta, la trentaine vit dans la maison familiale à Lafiabougou où il s’occupe du robinet de son père pour vendre l’eau devant leur porte. Pour le jeune homme, il n’y a plus assez de clients comme avant, car la plupart des vendeurs d’eau en pousse-pousse sont rentrés au village pour l’hivernage. «En ce moment, je ne gagne pas beaucoup car c’est la saison des pluies. Pendant la saison chaude, je peux gagner 5.000 Fcfa par jour ou même plus, mais actuellement je ne gagne que 2.000 Fcfa ou même moins par jour car beaucoup de vendeurs d’eau en pousse-pousse sont rentrés au village», explique Diakaridia Keïta. Il dira que lui il vend l’eau en fonction du bidon. Le bidon de 20 litres est vendu à 15 Fcfa et celui de 25 litres 20 Fcfa.

 

ROUTES DÉGRADÉES- Ali Yattara, un jeune homme d’une vingtaine d’années a quitté le Nord à cause de l’insécurité pour venir chercher du travail à Bamako. Sa zone de prédilection est Lafiabougou Terminus où il livre l’eau à plusieurs familles depuis près de six mois. «Ce qui m’a poussé à faire ce travail, c’est la galère, car j’ai quitté le Nord à cause de l’insécurité. Et comme je n’ai pas été à l’école, en arrivant dans la capitale, c’est ce travail que j’ai trouvé et qui me permet aujourd’hui de subvenir à mes besoins », a fait savoir Ali Yattara.

Pour lui, en cette période d’hivernage, ils ont des difficultés à vendre l’eau car dans les rues, toutes les routes sont dégradées. Aussi, beaucoup de leurs clients récupèrent l’eau de pluie pour certains travaux domestiques comme laver le linge. Ce qui fait que souvent, il peut faire des jours sans clients, l’obligeant à recourir à ses économies alors qu’en temps normal, il peut gagner entre 4.000 et 5.000 Fcfa par jour.

Une propriétaire de robinet qui vend de l’eau au bord du goudron de Lafiabougou Koda a témoigné sous le sceau de l’anonymat qu’elle vend l’eau à 15 Fcfa pour un bidon de 20 litres et le chargement du pousse-pousse à 80 Fcfa (8 bidons de 20 litres). «J’ai commencé à vendre l’eau, il y a à peu près 30 ans. Ce sont les vendeurs en pousse-pousse qui sont mes fidèles clients depuis des années, car chaque jour, ils viennent acheter l’eau avec moi.

Certaines mères de famille aussi viennent avec leurs bidons ou seaux pour acheter de l’eau.
Mais je gagne beaucoup plus avec les vendeurs d’eau en pousse-pousse», a-t-elle souligné. Avant d’indiquer que les propriétaires de robinets rencontrent des difficultés actuellement. Car à un moment, la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep) était en promotion pour le raccordement du robinet dans les maisons. Avec cette situation, les acheteurs d’eau ont diminué, surtout les vendeurs d’eau en pousse-pousse. Et les propriétaires de robinets n’arrivent plus à avoir de clients comme c’était le cas avant cette promotion de la Somagep.

Notre interlocutrice a défendu les vendeurs d’eau en pousse-pousse en disant qu’ils ont quitté leurs villages pour venir travailler à Bamako. D’après elle, ils ne gagnent même pas assez alors que leur travail n’est pas facile, car ils emploient la force pour aller livrer l’eau dans les familles. «C’est pour cela que si certaines personnes me demandent le prix du chargement de pousse-pousse, je leur dis d’aller les demander eux-mêmes», a fait savoir notre interlocutrice.

Une autre cliente dit s’approvisionner en eau avec les vendeurs d’eau en pousse-pousse, lors des évènements dans sa famille comme les mariages, baptêmes, etc. «Durant les évènements, j’achète de l’eau avec les vendeurs en pousse-pousse, pour remplir les barriques, car c’est rapide et moins cher. Avec 500 Fcfa, on remplit un baril. Je n’ai pas besoin de me déplacer puisque je les appelle seulement et ils viennent avec l’eau»,  indique notre interlocutrice. 

Il s’agit là d’un travail très fatigant qui demande beaucoup d’effort physique, car il s’agit de tirer un pousse-pousse transportant 200 à 300 litres d’eau plusieurs fois par jour sous la chaleur, sans assurance. La plupart de ces vendeurs d’eau vivent du seul revenu qu’ils tirent de cette activité dans une totale précarité. Malgré leur rôle crucial dans la société et au niveau des communautés qu’ils ravitaillent en eau potable, ces travailleurs sont des oubliés de la société. Aucun cadre légal ne régule leur activité. Et ils sont exposés aux accidents.

Ibrahim THIAM

Rédaction Lessor

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