Pr Franklin Nyamsi : «On en veut au Mali pour avoir délogé des troupes néocolonialistes occidentales et onusiennes»

Dans cet entretien, le président de l’Institut de l’Afrique des libertés apporte son éclairage sur les stratégies de guerre informationnelle et le «terro-journalisme». Pr Franklin Nyamsi évoque aussi les décisions courageuses prises par les autorités maliennes

Publié mardi 14 octobre 2025 à 08:14
Pr Franklin Nyamsi : «On en veut au Mali pour avoir délogé des troupes néocolonialistes occidentales et onusiennes»

L’Essor : la Confédération des États du Sahel fait face à une guerre informationnelle. Quel doit être l’approche des trois pays pour changer la donne ? 

Pr Franklin Nyamsi : Il y a trois stratégies communicationnelles en concurrence en Afrique contemporaine : la stratégie des puissances négrières, racistes, colonialistes, néocolonialistes et impérialistes occidentales ; la stratégie des despotes africains héritiers et valets des puissances étrangères anti-africaines et la stratégie communicationnelle du panafricanisme révolutionnaire.


Selon la première stratégie, la communication vise à maintenir les Africains dans le mépris, le complexe d’infériorité, la haine de soi, le fatalisme et le désespoir permanent. C’est dans cet esprit que l’ancien Président français Nicolas Sarkozy a prétendu un jour à Dakar que l’Afrique, premier continent terrestre de l’Humain, ne serait pas entrée dans l’Histoire. Une aberration qui combine ignorance, haine et ambition démesurées de piller les pays africains et de marginaliser les Africains sur toute la surface de la terre.

La deuxième stratégie est celle des tyrans néocolonisés. Communiquer, c’est distraire, divertir, tromper et ruser avec les peuples pour leur imposer des présidences à vie contre leur propre volonté, par le tripatouillage constitutionnel, la fraude électorale, la propagande des politiques et la mythologie des pères fondateurs.

Ces deux premières stratégies misent essentiellement sur la peur administrée de façon répétée aux Africains pour les maintenir dans l’absence absolue de confiance en eux-mêmes.

Enfin, nous opposons à ces deux stratégies nuisibles, la stratégie communicationnelle du panafricanisme révolutionnaire, qui se fonde sur les normes de vérité, de justice, de solidarité et d’action, afin de rendre l’Afrique aux Africains et de restituer notre humanité dans sa complète dignité de créature divine. 

L’Essor : Vous avez développé récemment à Ouagadougou le concept du terro-journalisme. Pouvez-vous nous en dire davantage ? 

Pr Franklin Nyamsi : J’ai créé ce concept pour décrire une abomination contemporaine déguisée en Å“uvre de presse. Le terro-journalisme, c’est le journalisme mis au service de la terreur, détourné de ses fonctions d’information et de formation éducative de l’opinion. Le journalisme prostitué au service du terrorisme. C’est la méthode des Wassim Nasr, Serge Daniel Gbogbohoundada, François Soudan, Anne-Fleur Lespiault, Marwane Ben Yahmed ou Olivier Dubois, entre autres éléments de garde du néocolonialisme français et de l’impérialisme occidental. Ils travaillent à saper le moral des peuples africains en lutte pour leur souveraineté en promouvant les figures diaboliques de l’impérial-terrorisme occidental et moyen-oriental.

L’Essor : Pensez-vous que nos États doivent développer ou renforcer les mécanismes endogènes pour contrer la menace terroriste ? 

Pr Franklin Nyamsi : C’est une question vitale pour les peuples et États africains. Si nous ne surmontons pas l’impérial-terrorisme, tous les Africains du monde deviendront des étrangers sur toute la surface de la terre. Ils seront condamnés à errer en Afrique et sur tous les autres continents. Pour éloigner ce spectre infernal de nos vies, les Africains éveillés doivent unir leurs forces et lutter intellectuellement, spirituellement, économiquement, militairement et culturellement contre les forces obscures de la domination matérialiste. L’AES doit inspirer la naissance d’une alliance comparable en Afrique centrale, afin d’imposer la détention du droit de veto de l’Afrique dans le conseil permanent de sécurité des Nations Unies, à moins qu’une organisation alternative à l’ONU soit créée. 

L’Essor : Pourquoi la géopolitique et la géostratégie s’infiltrent-elles dans la communication ?

Pr Franklin Nyamsi : Le contrôle de la terre passe par des stratégies de contrôle des idées. Celui qui a la main sur vos idées peut absolument déterminer votre comportement. La communication impérialiste vise le contrôle mental des masses exploitées du Sud global par les médias impérialistes. On ne domine jamais mieux un peuple qu’en lui imposant de penser comme ses maîtres ou par ses maîtres.  

L’Essor : Ces derniers temps, comment vous expliquez la multiplication des attaques terroristes au Mali ?

Pr Franklin Nyamsi : Le Mali est une cible privilégiée des attaques terroristes pour des raisons culturelles, économiques et politiques. Culturellement, le peuple malien est l’un des rares peuples africains à n’avoir pas été complètement déraciné de sa civilisation multimillénaire et de ses langues. Vaincre le Mali importe aux impérialistes car cela stopperait le mouvement de la renaissance africaine. Économiquement, le Mali est un pays potentiellement et humainement riche. Le maintenir sous pillage est une condition essentielle pour la suprématie de l’Occident et du Moyen-Orient. Politiquement, le Mali est une nation de pionniers de la souveraineté africaine. Je songe aux grandes heures du RDA racontées par le puissant poème d’Agostino Neto, je songe aussi à l’engagement massif du héros national Modibo Kéita et de ses compagnons de lutte pour la souveraineté de son pays et de l’Afrique dans les années 40, 50 et 60. On en veut gravement au Mali d’avoir refusé de donner un siège au commandement militaire américain et otanien en Afrique. On en veut au Mali d’avoir initié le délogement des troupes néocolonialistes occidentales et onusiennes du sol africain en ce 21è siècle.

L’Essor : Au Mali, 2025 a été décrété par le Président de la Transition, comme Année de la culture.  En quoi, cette valorisation aura un impact positif sur l’édification du Mali kura ? 

Pr Franklin Nyamsi : Le Président Goïta et ses compagnons ont compris qu’aucune révolution politique ne peut réussir sans le succès concomitant d’une révolution culturelle puisant dans la sève des sagesses profondes du terroir, les forces modernes de l’avenir. Le Mali Kura est un réenracinement dans l’histoire longue des peuples africains, qui les rend indociles aux nombreux chantages démocratiques, des droits-de-l’hommistes, ultralibéraux et transhumanistes que les puissances occidentales en déclin moral cinglant infligent aux peuples souverains de la terre. Ainsi, tout s’explique. Le Mali réenraciné est et sera indomptable.

Interview réalisée par Namory KOUYATÉ

Namory KOUYATE

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