Offensive diplomatique du Mali : Regards croisés d’un diplomate et d’un universitaire

Notre pays se remet progressivement d’une longue crise multidimensionnelle et s’emploie à raffermir ses relations avec d’autres nations, mais sur la base des trois principes qui guident son action publique, à savoir le respect de la souveraineté de l’État, de ses choix souverains de partenaires et la défense des intérêts du peuple dans les prises de décision

Publié mardi 26 août 2025 à 09:58
Offensive diplomatique du Mali : Regards croisés  d’un diplomate et d’un universitaire

 Dr Abdoul Sogodogo                      L’ambassadeur Sékouba Cissé 


Ces derniers temps, les autorités maliennes multiplient les initiatives pour renforcer leurs liens à l’international. Cette vaste offensive diplomatique menée par le gouvernement consiste également à porter haut la voix du Mali sur la scène internationale. Dans les lignes qui suivent, le secrétaire aux relations extérieures de l’Amicale des anciens ambassadeurs et consuls généraux du Mali, Sékouba Cissé, et le vice-doyen de la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap), non moins enseignant-chercheur à l’Université Kurukanfuga de Bamako, Dr Abdoul Sogodogo, livrent leurs analyses sur la politique extérieure de notre pays.  


 À travers le monde, les pays tissent des relations de coopération pour répondre ensemble à des enjeux globaux qui dépassent les capacités d’un seul pays, tels que la pauvreté, le changement climatique, la santé, la sécurité, etc. La coopération permet de construire des liens de solidarité, d’accéder à de nouvelles opportunités économiques, de renforcer la sécurité et de trouver des solutions communes en mutualisant les forces et les ressources. 


Dans ce sens, entre eux, les États tissent des liens politiques et de coopération dans le cadre des bonnes relations amicales prônées par la Charte des Nations unies. Le Mali qui se remet progressivement d’une longue crise multidimensionnelle a entrepris de nouer des relations avec les autres sur la base des trois principes qui guident son action publique à savoir le respect de la souveraineté de l’État, de ses choix souverains de partenaires et la défense des intérêts du peuple dans les prises de décisions. 


Le secrétaire aux relations extérieures de l’Amicale des anciens ambassadeurs et consuls généraux du Mali a expliqué que les autorités ont souligné à maintes reprises que le Mali est disposé à nouer et entretenir des liens de coopération fructueuse avec tout pays respectant ces trois principes. «C’est ainsi qu’en plus des pays ayant des relations stratégiques avec le nôtre comme la Fédération de Russie, la République populaire de Chine, la République de Turquie, d’autres tels que les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, la République Fédérale d’Allemagne, etc. développent des rapports de coopération basés sur ces principes», affirme Sékouba Cissé. Pour lui, il s’agit de développer, avec cette deuxième catégorie de pays, des liens gagnant-gagnant dans le domaine économique et concernant la lutte contre le terrorisme. C’est dire qu’aucun pays ne peut vivre sans s’ouvrir aux autres. Le diplomate pense que le gouvernement a tout à fait raison de poursuivre l’ouverture du pays à la communauté internationale sur la base de ces principes.

 

Trois principes de l’action publique-Dans la même dynamique, l’enseignant-chercheur à l’Université Kurukanfuga de Bamako rappelle que l’offensive diplomatique menée par les autorités maliennes s’inscrit dans la stratégie de réaffirmation de la souveraineté du Mali dont les principes sont fixés dans la Constitution du 22 juillet 2023. Pour Dr Abdoul Sogodogo, le pouvoir de transition est en train de redéfinir ses rapports avec différents acteurs et, par la même occasion, il dessine une nouvelle carte diplomatique. L’universitaire assure que la stratégie diplomatique actuelle du Mali est empreinte de néoréalisme, en ce sens qu’elle privilégie les actions concrètes et immédiates en matière de sécurité.


Selon son analyse, à certains égards, on peut dire qu’elle rappelle le «multivectorisme» sous le 1er Président de la République Modibo Keïta, caractérisé par la collaboration intense à la fois avec des puissances communistes, capitalistes et non-alignées. Pour le vice-doyen de la Fsap, il semble que les autorités se nourrissent de cette doctrine diplomatique, symbole de flexibilité et d’une volonté de diversification des options de coopération. Cela, dans le but de protéger et préserver les intérêts du pays face à l’interprétation des populations du monde et de l’interdépendance des sociétés. Il prévient que si cette ouverture diplomatique trouve une forte résonance dans le milieu intellectuel, son efficacité dépend en grande partie de la stabilité politique, de la gouvernance de la crise sécuritaire, mais aussi des fluctuations géopolitiques du Sahel.


La position des Nations unies à l’égard du gouvernement malien a aussi évolué. Depuis quelque temps, l’Administration Trump essaye de tendre la main aux autorités maliennes. À ce propos, le secrétaire aux relations extérieures de l’Amicale des anciens ambassadeurs du Mali dira que les signaux envoyés en direction de notre pays vont dans le sens de leur amélioration dans plusieurs domaines. «Tout d’abord, en matière de mouvement migratoire entre le Mali et les États-Unis, notre pays bénéficie de l’obtention de visas pour l’entrée aux États-Unis contrairement à d’autres pays africains et non dont la délivrance de visas a été purement et simplement supprimée», fait remarquer Sékouba Cissé. Une délégation du Congrès américain, qui vient de séjourner au Mali, a déclaré vouloir promouvoir la coopération économique et sécuritaire entre les États-Unis et le Mali. Ladite délégation n’a pas manqué de souligner son respect pour les principes qui fondent l’action publique du Mali.

                                                                       

 De son côté, l’enseignant-chercheur rappelle que le Mali a toujours eu des relations privilégiées avec les États-Unis, à ne pas confondre avec la diplomatie multilatérale au sein de l’Onu. Pour Dr Abdoul Sogodogo, la politique extérieure américaine ne dépend pas seulement de la nature du pouvoir en face (Syrie, Afghanistan, Égypte, etc.), mais elle intègre les enjeux hautement stratégiques, sécuritaires, économiques, voire la stabilité du monde. Donc, il n’y a rien d’étonnant de voir Trump vouloir coopérer avec le Mali et les autres États de l’Alliance des États du Sahel (AES). D’après l’universitaire, les pays de l’AES, qui se battent seuls avec peu de moyens pour une cause mondiale, rappellent curieusement l’épopée des 300 Spartiates lors de la bataille des Thermopyles. «Les soldats de l’AES se dressent contre les groupes terroristes au Sahel, ils résistent seuls avec peu de soutien du reste du monde», soutient-il. Pour lui, les États-Unis et l’AES ont plus à gagner d’une coopération sincère et équitable pour contenir le terrorisme au Sahel central. L’enseignant-chercheur estime que les États-Unis ont tiré les leçons du passé récent (Afghanistan, Libye, Somalie). «Nous ne croyons pas qu’ils veuillent rester en marge de ce combat déterminant pour le Sahel», assure le vice-doyen de la Fsap.

 

Reconnaissance internationale- Notre pays et la Confédération des États du Sahel sont de plus en plus invités aux rencontres internationales pour partager leurs expériences dans certains domaines notamment la présence d’une mission onusienne, la lutte contre le terrorisme, etc. À ce sujet, le diplomate Cissé reconnait que de plus en plus, la Confédération AES manifeste sa présence sur la scène internationale avec sa devise «un peuple, un espace, un destin». Pour lui, la Confédération AES s’est imposée par sa persévérance et son sérieux. Tout d’abord vis-à-vis de la Cedeao qui préférait parler des trois pays qui la composent plutôt que de l’AES, mais aussi sur le plan international où elle était invitée à donner son avis sur certaines questions.


«Ce fut le cas sur les missions onusiennes où le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop a, à plusieurs reprises, parlé de l’inadéquation des règles d’engagement des missions des Nations unies par rapport aux menaces terroristes», rappelle Sékouba Cissé. Il signale que les règles de maintien de la paix ont été élaborées dans la perspective de conflits entre Etats en termes d’interposition alors que la lutte contre le terrorisme demande un engagement direct et efficace contre les terroristes. En tout état de cause, selon le responsable de l’Amicale des anciens ambassadeurs, ces différentes manifestations de la Confédération constituent sans nul doute une reconnaissance internationale de l’entité.


Pour l’enseignant-chercheur, les alliances comme l’AES s’imposent de fait et il n’y a pas lieu d’adresser une demande de reconnaissance à une entité politique. Dr Abdoul Sogodogo soutient que les alliances sont créées au cours des conflits (OTAN, Pacte de Varsovie, etc.). Leur efficacité et leur prééminence obligent les autres acteurs à composer avec eux dans leur champ de compétence. «Aucune lutte régionale sérieuse contre le terrorisme n’est présentement envisageable sans l’AES. Elle est déjà totalement engagée dans ce combat. Elle a une expérience utile pour la construction et la mise en œuvre d’une stratégie mondiale de stabilisation au Sahel», souligne Dr Abdoul Sogodogo, tout en affirmant que les invitations aux foras internationaux relèvent de l’approche fonctionnaliste : capitaliser l’expérience sahélo-saharienne face à des défis transnationaux. L’universitaire constate une instrumentalisation réciproque : les États de l’AES cherchent une légitimité internationale, tandis que la Communauté internationale sollicite des acteurs de terrain.


Le Mali, le Burkina Faso et le Niger parlent désormais d’une même voix sur la scène internationale. De l’avis du secrétaire aux relations extérieures de l’Amicale des anciens ambassadeurs, en matière de diplomatie comme dans d’autres, on dit que l’union fait la force. C’est ainsi que les trois pays de la Confédération ont choisi de s’exprimer sur la scène internationale d’une même et seule voix. 


Cela a également pour avantage d’éviter des voix discordantes entre ces pays. Il rappelle que le Chef de l’État du Mali a eu à s’exprimer en sa qualité de Président de la Confédération lors des rencontres internationales sur des sujets d’intérêts communs pour l’AES comme ce fut le cas en Fédération de Russie. Il en fut de même lorsque l’Algérie a abattu un drone malien au-dessus du territoire malien. Ce qui a donné lieu non seulement à une réprobation commune des pays de la Confédération mais aussi à un rappel des ambassadeurs de ces pays d’Alger. Ce qui constitue en diplomatie un soutien fort de la part de ces pays. Ces mêmes soutiens sont apportés lors des rencontres internationales en stigmatisant le comportement des autorités algériennes et leur condamnation éventuelle.


Dr Abdoul Sogodogo pense que la synchronisation diplomatique Mali-Burkina-Niger génère des bénéfices immédiats. Sur le plan sécuritaire, elle permet une mutualisation des efforts militaires dans la région, réduisant les failles exploitables par les terroristes. Économiquement, elle renforce le pouvoir de négociation sur les ressources stratégiques. Politiquement, elle construit un contre-récit souverainiste face aux pressions internationales.   

Souleymane SIDIBE

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