#Mali : Cuniculteurs : Entre passion et défis

L’activité est d’autant plus contraignante que ces petits mammifères ont besoin de soins spécifiques au quotidien. Des jeunes en ont fait leur gagne-pain

Publié jeudi 29 février 2024 à 07:57
#Mali : Cuniculteurs : Entre passion et défis

Des lapins dans les clapiers grignotent leur nourriture

 

L’élevage des lapins ou la cuniculture est une activité qui a le vent en poupe dans notre pays. Cette activité exercée jadis en milieu rural pour des besoins alimentaires, s’intègre harmonieusement dans le tissu socio-économique de la capitale, apportant espoir et prospérité aux jeunes qui s’y consacrent avec dévouement. Au cœur de ce métier, une révolution se dessine, portée surtout par la passion. Aujourd’hui, la pratique représente un tableau vivant de progrès et d’innovation.

Au-delà de la passion qui motive les éleveurs, la cuniculture offre une réelle opportunité d’affaires. Dans cette aventure, nous découvrons des clapiers bien entretenus, où des lapins prospèrent grâce à des soins très attentifs. Des races locales de lapins coexistent avec des races importées d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs. Chaque race a des caractéristiques distinctes. Particulièrement, le lapin Hyplus, le Bélier et la Tête de lion de la race «nain» ont une croissance beaucoup plus rapide. Cette dernière se caractérise par une touffe de poils plus longs autour de la tête rappelant la crinière d’un lion.

Animés par la passion pour les lapins, des éleveurs installés dans les quartiers périphériques de la capitale adaptent leurs pratiques aux réalités urbaines pour fournir des lapins de qualité. Les conditions climatiques parfois difficiles et l’accès limité aux ressources posent des obstacles. Néanmoins, l’ingéniosité de ces éleveurs brille à travers des solutions créatives, telles que l’utilisation de matériaux locaux pour construire des abris résistants. Au cœur de l’élevage de lapins d’Abdoulaye Cissé, l’environnement évoque une scène paisible et laborieuse. Des cages soigneusement aménagées s’étendent sur un terrain bien étendu, témoignant le dévouement de ce jeune entrepreneur à fournir un espace sûr et confortable pour le bien-être de ces animaux. Ce jeune entrepreneur d’environ 25 ans, croit fermement à la cuniculture. Il s’en sort bien malgré les péripéties du métier.

À Kalaban-coro Adekène, le passionné de la cuniculture a installé des clapiers géants dans la cour familiale où il garde des lapins en toute sécurité. Sur cet espace, on aperçoit, dans un coin, un mélange subtil de foin frais et d’aliments spécialement préparés pour les lapins. Les petites cages offrent des coins ombragés, créant une atmosphère propice au repos des lapins. Le doux bruit des lapins audible dans les clapiers qui grignotent leur nourriture, est ponctué par le murmure apaisant de l’éleveur qui vaque à ses tâches d’entretien. Dans cette ambiance, Abdoulaye Cissé partage son parcours fascinant. Sans aucune formation formelle, le jeune entrepreneur, qui a acquis de l’expérience depuis son plus jeune âge dans l’élevage des lapins, nous plonge dans la découverte des différentes races.

Les lapins Géants, le Californien, le Papillon, le Hyplus et la Tête de lion se dressent comme des joyaux dans l’élevage de l’entrepreneur qui dévoile les arcanes d’un métier où la passion se mêle aux réalités économiques. L’élevage de ces races de lapins importés d’Europe, selon lui, diffère considérablement des races locales. Abdoulaye Cissé s’explique « Pour les races locales, il est possible de mettre les mâles et les femelles dans le même casier, ce qui est impossible avec les races Tête de lion, le Géant et le Hyplus. La proximité avec la race locale est cruciale, notamment en raison de leur fragilité aux conditions locales». Nombreux sont ceux qui s’intéressent à la race Lion, car leur élevage se révèle plus bénéfique, précise Abdoulaye Cissé. Il indique que les femelles de cette race se vendent généralement à 50.000 Fcfa et la paire à 100.000 Fcfa. Ayant réussi à rentabiliser son investissement initial, le jeune entrepreneur travaille désormais avec ses économies.

Les cuniculteurs disposent entre eux d’un réseau permettant d’écouler les lapins. Les propriétaires de restaurants et d’hôtels sont également des clients potentiels. Selon Abdoulaye Cissé, la reproduction des lapins est rapide avec une portée allant jusqu’à 6 à 14 petits, et les gains sont conséquents. Il explique que les lapins doivent être croisés à 5 mois, pendant la période de chaleur, et la grossesse dure un mois. Cependant, déplore-t-il, la chaleur et le manque d’entretien des cages peuvent mettre à mal la santé des lapins, nécessitant des investissements coûteux en médicaments. Abdoulaye Cissé se rappelle d’une expérience douloureuse qu’il a vécue l’année dernière. Le jeune entrepreneur a perdu trois femelles à cause d’une mauvaise administration de vaccin, soit une perte de 100.000 Fcfa.

 

Entretien des cages- Dans les clapiers de Cheik Oumar Sissoko, chaque race de lapin occupe sa propre case. Des lapins noirs et blancs aux yeux rouges se faufilent entre les cases, créant un tableau vivant de diversité. Les petits se débrouillent dans l’espace qui leur est dédié. Cet élevage de lapins (une dizaine de lapins) représente bien plus qu’une source de revenus. Le juriste de formation témoigne sa passion pour cette activité dont les réalités sont parfois difficiles à supporter.

Sur le toit de sa maison à Kalaban-coura, il a aménagé un coin sous forme de maisonnette en toile. Le matin, avant de partir au travail, il fait l’entretien de ses animaux en remplissant les abreuvoirs et en changeant la nourritures. Dans cette tâche, l’éleveur est souvent épaulé par son fils de 10 ans. «Chaque jour, je nettoie les cages au moins une fois avant de changer la nourriture des lapins. La survie des lapins dépend en grande partie de l’entretien des cages », révèle Cheick Oumar Sissoko qui peut dépenser jusqu’à 1.500 Fcfa par jour dans la nourriture. Ce passionné d’élevage se souvient avoir retrouvé récemment plus de 3 lapins morts dans ces cages.

Une autre réalité du métier se révèle avec Sory Makanguilé. Éleveur de lapin et restaurateur de son état, Sory loue une maison au quartier de Mamaribougou où il garde des lapins dans une cour commune. Il évoque volontiers les contraintes qui accompagnent le métier. «Le lapin peut rapporter ou faire perdre de l’argent en est clin d’œil. Les maladies du lapin ne finissent jamais. Chaque matin, on doit changer l’eau qu’il boit, et il faut toujours veiller à ce que la nourriture et les déchets ne soient pas mélangés. Il faut obligatoirement nettoyer les cages chaque matin pour éviter les infections et les démangeaisons », souligne-t-il.

Le trentainair dévoile que si les lapins sont élevés dans un environnement trop humide, cela peut entrainer des maladies ou la mort. «Ses oreilles sont très sensibles et contiennent de nombreuses veines lui permettant de s’adapter à son environnement», dit Sory Makanguilé. Sans oublier de mentionner que sa nourriture doit être variée. «La consommation des salades et des laitues peut parfois provoquer le rallongement de ses dents ou des maladies graves, contrairement aux aliments à croquer, comme la carotte, qui permettent de tailler ses dents et le maintenir une bonne santé», explique-t-il.

Dans une ruelle de «Banantoukoro» au Quartier du fleuve, des vendeurs d’oiseaux, de lapins et d’autres espèces sauvages, sont alignés en file indienne. Souleymane Coulibaly est un éleveur et revendeur de volailles et de petits ruminants, que nous avons rencontré sur ce lieu. Les races de lapins qu’il produit sont importées généralement du Sénégal avec lesquelles, il croise les races locales pour accroître la productivité. La plupart des lapins de races améliorées est importée des continents d’Amérique et d’Europe, notamment d’Allemagne, de Belgique, et  France vers le Sénégal qui ravitaille le marché malien. Selon le revendeur, le marché et la consommation de la viande de lapin deviennent de plus en plus importants. Il serait donc important, pour lui, de valoriser ce secteur afin de renforcer la sécurité alimentaire.

Dans la même ruelle, Yacouba Coulibaly est aussi revendeur d’oiseaux et de lapins. Depuis plus de 10 ans, il officie dans ce domaine. Il vend plus de lapins de races locales et métissées que ceux qui sont importées. Les lapins qu’il revend, proviennent généralement des Régions de Ségou, Koutiala et Dioïla, et sa clientèle est variée. «Certains clients viennent acheter des lapins pour l’élevage et d’autres pour la consommation. Les prix varient selon la façon dont nous les obtenons, car nous les achetons souvent à des prix abordables et parfois un peu plus élevés», explique-t-il. Parlant des difficultés, le revendeur se plaint de la fragilité des lapins qui occasionne des pertes importantes et ainsi amener certains éleveurs à renoncer à leur passion.


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Les vertus de la consommation de viande de lapin

 

Mammifères herbivores, les lapins et les lièvres appartiennent à la famille des léporidés. Ils se nourrissent principalement de végétaux tels que l’herbe, les feuilles, les légumes et les racines. Ces mammifères de petite taille ont une capacité de reproduction rapide. Les femelles peuvent avoir plusieurs portées par an et chaque portée peut comprendre plusieurs petits. Les lapins ont de grandes oreilles qui leur permettent de mieux capter les sons environnants, ce qui est important pour leur sécurité.

Ceux destinés à la consommation sont choisis pour leur capacité à atteindre rapidement leur poids de marché, ce qui les rend rentables pour les éleveurs. La viande de lapin est reconnue pour ses nombreuses vertus. Les spécialistes s’accordent à dire qu’elle constitue une source de protéines de haute qualité, essentielles pour la croissance musculaire, la régénération des tissus et le bon fonctionnement du corps humain.

Comparée à d’autres viandes, la viande de lapin est plus facile à digérer, ce qui en fait un mets de choix pour les personnes ayant des sensibilités alimentaires ou des problèmes digestifs. Elle est également riche en vitamines B, en particulier en vitamine B12, ainsi qu’en minéraux tels que le fer et le zinc, qui sont importants pour la santé globale. La consommation de cette viande diminue également le cholestérol et certains risques de pathologies comme le cancer du côlon, les thromboses, l’athérosclérose ou encore les maladies cardiovasculaires.

Makan SISSOKO

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