#Mali : Bamako : Difficile gestion des déchets plastiques

S’il est vrai que les autorités municipales sont pointées du doigt, la population a aussi sa part de responsabilité. Car beaucoup d’entre nous n’hésitent pas à jeter leurs déchets plastiques sur les voies publiques, dans les caniveaux ou tout simplement dans les rues

Publié mercredi 14 août 2024 à 17:15
#Mali : Bamako : Difficile gestion des déchets plastiques

 Dans les lieux publics, difficile de tourner le regard sans tomber sur un sachet abandonné

 

La gestion des déchets plastiques est l’un des défis majeurs auxquels sont confrontées beaucoup de villes dans les pays en voie de développement comme Bamako. En effet, la croissance démographique et la diversité des activités socio-économiques ont conduit à cette situation dans notre capitale qui compte présentement plus de 4 millions d’habitants.

Ceux-ci produisent quotidiennement 4.050 m3 de déchets solides, soit 2.025 tonnes, selon le bilan de 100 jours présenté le 27 avril dernier par la Délégation spéciale de la mairie du District de Bamako. La même source signale que la direction des services de voirie et d’assainissement (Dsuva) enlève par jour une moyenne de 588 m3 de déchets solides. Ces abandons constituent une part significative de plastique.

La loi n°2012-003 du 23 janvier 2012 interdit la production, l’importation et la commercialisation des sachets plastiques non biodégradables et de granulés non biodégradables destinés à la fabrication desdits sachets en République du Mali. Malgré l’existence de cette disposition, des matériaux indestructibles continuent de circuler à travers le pays. Ils sont utilisés à des fins multiples.

 Une grande majorité des ménagères se rendent aujourd’hui au marché les mains vides et retournent à la maison avec la presque totalité des condiments du jour conditionnés dans du plastique ou dans un morceau malléable. Dans les lieux publics (services, ménages et marchés), difficile de tourner le regard sans tomber sur un sachet abandonné après son utilisation. Ils sont parfois jetés sur les voies publiques.

«Mon ami, tu n’as pas honte de jeter le sachet d’eau sur la voie publique ? Les poubelles servent à quoi à ton avis ? S’il te plaît, va me ramasser ça vite», s’adresse Aba Touré, un commerçant sis au Quartier du fleuve, à l’un des passants. Il déplore le comportement inapproprié de certains citoyens. Modibo Sidibé est un réparateur de téléphone de profession, non loin de la Brigade des mœurs.

Ce dépanneur regrette le fait que les personnes, après avoir utilisé des sachets, les jettent où elles veulent. Pour lui, ce n’est pas la faute à la mairie si l’éducation des gens ne leur permet pas de faire des efforts pour rendre propre notre environnement. Modibo Sidibé montre l’exemple en installant devant sa boutique des poubelles pour faciliter la collecte des déchets produits par lui-même ou laissés par les passants.


Au même endroit, nous rencontrons Mamady Diarra, conducteur de moto tricycle. Il était de passage pour récupérer les dépotoirs du jeune réparateur Sidibé. Son engin à trois roues, encadré de «tôle», est transformé pour la collecte des ordures. Sous un soleil de plomb, chapeau noir vissé sur la tête, gants de protection à la main, le conducteur de tricycle précise qu’il ne collabore avec aucune mairie de la place. Mamady Diarra avoue traiter directement avec les clients qui le payent par jour et cela, en fonction du volume de leurs déchets.

 

Triste constat- Un mercredi du mois de juillet. Nous sommes à Hamdallaye-ACI, dans la rue qui passe devant la Bibliothèque nationale. Des petits commerçants inondent l’endroit. Certains sont installés à côté des canaux d’évacuation des eaux usées, qui sont laissés à ciel ouvert, remplis de déchets plastiques. Vers la grande porte de l’Agence nationale de l’aviation civile, des mottes de boue, bouteilles, sachets et autres détritus sont extraits et déversés aux abords des voies. Ces déblais ne passent pas inaperçus. La même situation gênante est visible au niveau de la place de l’Indépendance, précisément sur le pont faisant face au parking de la Banque Ecobank.

Les vendeurs ambulants contribuent également à la détérioration de ce coin. Quasiment, tous les caniveaux à ciel ouvert se trouvant à Bamako et environs sont envahis par des plastiques fous. À Lafiabougou, sur la route appelée «Dioncounda goudroni», des ménages déversent des déchets à même sur les dalles à béton des caniveaux. La situation devient plus compliquée en cette période de pluie où les eaux emportent les déchets indestructibles dans les rivières, puis dans le fleuve, souillant ainsi la source principale des eaux de consommation de la capitale. Mais aussi contribuent-ils aux multiples inondations occasionnant des pertes en vies humaines et de dégâts matériels importants.

Les plastiques échappés sont souvent brûlés à l’air libre. Cette pratique est devenue courante à Taliko en Commune IV. Dans ce même quartier, aux abords du marigot vers «Baba ka fanfan», les gens font du déversement sauvage des déchets ménagers. Le long de la bordure de ce marigot est colonisé par des plastiques de toutes couleurs. Cela, malgré l’avertissement d’au moins trois plaques sur le lieu indiquant «l’interdiction de déposer des ordures ». Les habitants autour de ce dépôt anarchique sont aussi obligés parfois de brûler ces abandons pour échapper aux odeurs puantes.

Contacté, Tidiane Hassimi Soumbounou, un militant écologique, retient que les dégâts des déchets plastiques causés sur notre environnement sont importants. Cet amoureux protecteur de l’environnement fait comprendre que la décomposition du plastique enfoui dans le sol se fait au bout de plusieurs centaines d’années. Ainsi, les animaux (surtout les bœufs) ne trouvant pas d’herbes fraîches en période de saison sèche, s’en nourrissent allègrement sur les tas d’ordures. Et nos braves paysans dans les zones rurales voient leurs terres de culture s’appauvrir à cause des plastiques qui sont aujourd’hui utilisés même dans les hameaux les plus reculés.

Le spécialiste en environnement regrette que neuf ans après son adoption, la loi n°2012-003 du 23 janvier 2012 soit toujours dans le tiroir des bonnes intentions. Pour lui, le défi sécuritaire qui focalise toute l’attention des gouvernants depuis quelques années et la réticence des importateurs et des promoteurs d’unités de production de sachets plastiques par rapport à l’application de cette loi, expliqueraient probablement cette situation. Pourtant, prévient le militant écologique, il urge d’agir.

 

Tri des ordures À la source- En 2023, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) a établi un rapport sur la pollution plastique. Dans le document, il ressort que plus de 400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, dont la moitié est conçue pour n’être utilisée qu’une seule fois. Selon le document, moins de 10% de ce plastique est recyclé. Mais, de l’avis de Tidiane Hassimi Soumbounou, les solutions de recyclage ont montré leurs limites.

Le volume du plastique ramassé et recyclé est, en effet, très insignifiant par rapport à l’important flux ininterrompu dont nous nous débarrassons quotidiennement. «Nous ne disposons ni de la ressource humaine compétente, ni du matériel adéquat, ni des moyens financiers qu’il faut», fait savoir le militant écologique. Contactée, la mairie du District de Bamako indique que le curage des caniveaux à l’intérieur des quartiers est assuré par les collectivités. S’agissant de la gestion des déchets, la municipalité nous renvoie vers la direction nationale de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances (DNACPN) où nos multiples sollicitations sont restées sans suite.

La gestion des déchets plastiques nécessite la mise en place d’un système durable devant contribuer à la création d’emplois, tout en améliorant le cadre de vie des populations. Pour ce faire, il faut une réelle volonté politique des autorités urbaines et un engagement constant de tous les acteurs pour que les déchets plastiques soient collectés, conditionnés et traités par valorisation.

Approché, le chef du service de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances de la mairie de la Commune IV, Oumar N’Faly Camara, indique qu’un schéma doit être mis en place pour revoir toute la chaîne, depuis la production au transport jusqu’à la décharge finale. Pour lui, il faut privilégier le tri des ordures à la source. «La place des ordures, c’est dans la poubelle. Mais pas n’importe quelle poubelle. Et ces poubelles doivent être à l’intérieur des concessions et non au dehors», précise-t-il, invitant les citoyens à participer activement à l’amélioration du cadre de vie.

Pour rappel, la mairie a délégué la gestion des déchets aux Groupements d’intérêt économique (GIE) il y a plus de 20 ans. Il se trouve qu’aujourd’hui, que ces GIE rencontrent d’énormes difficultés à cause de l’insuffisance de dépôts de transit. Aux dires d’Oumar N’Faly Camara, le seul dépôt officiel dans la Commune IV était celui situé près du cimetière de Lafiabougou. Ce dépôt est, malheureusement, fermé depuis avril 2023. Conséquence : les GIE qui transportaient les ordures vers ce dépôt ont tous mis la clé sous le paillasson, parce qu’ils ne savent pas où aller déverser les ordures.

Pendant ce temps où vont les ordures ?, s’interroge Oumar N’Faly Camara, avant d’évoquer l’apparition de nouveaux promoteurs de GIE qui évacuent les ordures de certaines familles. Cependant, dit-il, ces gens n’ont pas un endroit légal pour déposer les ordures. «Les ordures sont soit déversées dans les caniveaux ou déposées, tard dans la nuit et à l’insu des gens, sur les espaces publics», dénonce le chef du service assainissement et contrôle des pollutions et des nuisances de la mairie de la Commune IV. C’est la quadrature du Cercle

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