Lutte contre le Sida : La crise ralentit la prise en charge

Les préoccupations des acteurs sont liées à une insuffisance de sensibilisation, la faible adhésion à la prévention de la transmission mère-enfant (PTME), la persistante de la stigmatisation des personnes infectées par le virus de la pandémie

Publié lundi 02 décembre 2024 à 07:14
Lutte contre le Sida : La crise ralentit la prise en charge

À l’instar de la communauté internationale, notre pays a célébré, hier, la Journée mondiale du Sida sous le thème : «Suivons le chemin des droits». Du fait de la crise multidimensionnelle qui sévit dans notre pays, on ne ressent plus la grande mobilisation autour de la pandémie du Sida. Une situation qui inquiète les personnes atteintes de la maladie.

C’est le cas de François Xavier Bengaly qui a découvert sa maladie en 2002. Secrétaire administratif de l’Alliance régionale de l’association PVVIH dans la Région de Sikasso, nous l’avons rencontré mercredi dernier à l’Agence des technologies de l’information et de la communication (Agetic) lors d’un atelier national destiné aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Cet homme qui ne laisse transparaître aucun symptôme quelconque explique que les PVVIH sont stigmatisées, notamment dans les établissements de soins.


Il explique enregistre de nombreuses plaintes de stigmatisation des PVVIH dans les établissements sanitaires, selon lesquelles, les autres malades n’acceptent pas de s’asseoir sur le banc qu’un patient infecté au VIH. Il cite l’exemple anecdotique d’une PVVIH, abandonnée par les siens, alors qu’elle est hospitalisée. Son Alliance s’est vue dans l’obligation de recourir à des volontaires pour s’occuper de ses entretiens, mais surtout assurer certaines dépenses, explique François Xavier Bengaly.

Le conseiller psycho-social de profession égrène des difficultés, notamment l’insuffisance de tests de dépistage, souvent des antirétroviraux (ARV) et parfois des ruptures de préservatifs. Il exprime à qui veut l’entendre son amertume de constater une réelle baisse de sensibilisation sur la maladie et la diminution des financements.  Comme lui, beaucoup d’autres acteurs et personnes infectées au VIH s’accommodent mal du grand silence qui entoure la pandémie.

La coordinatrice régionale du Réseau malien des associations de PVVIH (RMAP+) à Koulikoro est infectée au VIH depuis 2005 aussi. Elle garde encore à l’esprit un épisode malheureux des circonstances malheureuses de cette découverte pour laquelle elle croyait que son heure était arrivée et qu’elle n’avait plus longtemps à vivre. Mais, il a fallu s’impliquer dans des activités associatives pour comprendre que le Sida aussi est une maladie comme les autres, mais surtout que personne n’était à l’abri de ce phénomène, Mme Sidibé Ténin Kané. Cette mère d’une fille appelle à l’intensification de la lutte contre le fléau.

Le chef de projet de RMAP+, également une PVVIH, déplore la perception des personnes infectées par le virus du Sida par la société. Celle-ci pose un regard qui pèse sur les PVVIH. «Il y a une semaine, nous avons accueilli une patiente abandonnée par ses parents», déplore Amadou Ibrahim Sangho, avant d’ajouter que son Réseau s’est chargé à plusieurs reprises de l’inhumation de victimes du Sida. Pour lui, les choses ne semblent ne plus évoluer favorablement puisque certaines personnes infectées au VIH, aujourd’hui sous ARV continuent de se cacher. Cela pour éviter d’être stigmatisées au quotidien.

Amadou Ibrahim Sangho rappelle que le VIH est une maladie qui se transmet essentiellement par la voie sexuelle. Ce qui explique en partie la discrimination et la stigmatisation des personnes infectées au VIH. Par rapport au thème de la Journée mondiale du Sida, il pousse l’analyse plus loin et évoque la situation des veuves séropositives, le plus souvent dépossédées des biens hérités de leurs défunts époux. Elles refusent de se battre même sur un terrain juridique par peur d’étaler au grand jour leur statut sérologique. Il parle aussi des difficultés d’approvisionnement en médicaments des patients vivant dans les zones de crise. «On est obligé de leur fournir six mois de traitement au lieu de trois», souligne-t-il.

sÉroprÉvalence- Face à ces défis, le chef de projet de RMAP+ propose la révision et la promulgation de la Loi n° 06-028 / du 29 juin 2006 fixant les règles relatives à la prévention, à la prise en charge et au contrôle du VIH/Sida. Il souhaite l’organisation régulière des activités de sensibilisation pour porter plus d’attention sur les PVVIH. Il invite les autorités compétentes à s’inscrire dans une logique d’augmentation du montant alloué à la santé sur budget national (BNS) qui se chiffre à 4,05% en 2025.

On est loin du compte si l’on s’en réfère à la déclaration d’Abuja qui fixe le montant à accorder à la santé à 15% du BNS. Il plaide aussi pour le renouvellement urgent des stocks de médicaments contre le VIH au niveau de la Pharmacie populaire du Mali (PPM) dont les magasins avaient été inondés par les dernières pluies. Selon lui, si l’on ne prend garde, il pourrait y avoir une augmentation de la prévalence de la maladie et de la stigmatisation des personnes. Il faut donc une prise en charge rapide et efficace des PVVIH dans laquelle, on enregistre des avancées.

Le chef de projet de RMAP+ mentionne l’accès gratuit aux antirétroviraux, grâce à l’accompagnement de certains partenaires internationaux. L’argent étant le nerf de la guerre, il faut donc une augmentation du financement de l’État pour le Réseau. «C’est un traitement à vie. Aujourd’hui avec une charge virale indétectable, la PVVIH ne peut pas transmettre le VIH à son conjoint ou à son enfant. Il faut qu’on continue dans cette lancée en vue d’atteindre l’élimination de cette infection», lance-t-il avant d’en appeler à un engagement personnel du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta.

La responsable de programme au niveau de l’Association pour la résilience des communautés pour l’accès au développement et à la santé (Arcad Santé plus) ou ex-Arcad Sida, Dr Néné Diallo, indique que le VIH a toujours été un problème majeur de santé publique. Pour elle, le thème de cette année plaide pour la prise en compte des droits des PVVIH tels que l’accès à la santé. À ce sujet, assure-t-elle, notre pays, enregistre des acquis importants à travers l’accessibilité des soins au niveau des Centres de santé communautaire (Cscom), les Centres de santé de référence (Csref) et les hôpitaux. S’y ajoute l’accessibilité du bilan biologique visant à suivre l’évolution du traitement d’une personne.

 Toutefois, l’agent d’Arcad Santé  pointe du doigt une  faible adhésion à la prévention de la transmission mère-enfant (PTME). «Ces dernières années, on observe au Mali une baisse de la séroprévalence du VIH dans la population», se réjouit-elle avant de préciser que selon une analyse (Spectrum), ce taux est estimé à 0,8% en 2023, soit 119.000 PVVIH dont 75.000 femmes. En 2017, il s’élevait à 1,1%. Pour connaître, les raisons des difficultés liées à la lutte contre le Sida, toutes nos tentatives auprès du secrétariat exécutif du Haut conseil national de lutte contre le Sida (HCNLS) ont  été vaines. Nos contacts semblaient même nous signifier leur peu de gout pour la communication.

Rappelons que les cibles 3.3 des Objectifs de développement durable (ODD) visent à mettre fin à l’épidémie du VIH d’ici 2030. Est-ce que notre pays sera au rendez-vous ? C’est la question qui taraude les acteurs de la lutte contre cette infection.

Mohamed DIAWARA

Lire aussi : Fête de Tabaski : La 18ème édition de l’opération de ventes promotionnelles des ovins se tiendra du 20 au 27 mai prochain

L’annonce a été faite par le ministre de l’Elevage et de la Pêche, Youba Ba ce mercredi 13 mai 2026 au cours du Conseil des Ministres..

Lire aussi : Bandiagara : Deux ministres au chevet des populations endeuillées

-.

Lire aussi : Médias maliens : Le DG de l’AMAP appelle à l’unité et à l’accélération de la transformation digitale

Le Directeur général de l’Agence malienne de Presse et de Publicité (AMAP), Alassane Souleymane a appelé ce lundi à une mobilisation renforcée des médias maliens face aux défis sécuritaires et informationnels auxquels le pays est confronté..

Lire aussi : Point de presse : Le ministre Alhamdou AG Ilyène réaffirme l’engagement constant du Mali en faveur de sa souveraineté

-.

Lire aussi : Bamako : Au stade Mamadou Konaté, le peuple et les FAMa scellent un pacte sacré pour l’unité et la vérité

​Il est aux environs de 15 heures ce samedi, et le stade Mamadou Konaté a troqué ses crampons pour une communion sacrée. Entre boubous brodés, slogans percutants et ferveur patriotique, l'unité nationale s'affiche en grand format dès l'entrée, où un immense calicot jaune barrant la pelouse.

Lire aussi : Manifestation patriotique : Forte mobilisation des Forces vives de Kayes

À l'instar de Bamako et des autres localités du pays, les Forces vives de la Région de Kayes se sont fortement mobilisées, ce samedi 09 mai dans la salle de conférences de la Chambre de commerce et d'industrie (CCIM) de la Cité des Rails, afin d’apporter leur soutien aux FAMA ainsi qu’aux .

Les articles de l'auteur

Performance des hôpitaux : L’IOTA en tête de peloton

De nombreux malades et autres usagers tressent des couronnes de lauriers à cet établissement hospitalier spécialisé dans la prise en charge des pathologies oculaires. Ce, en raison des compétences qui y officient, mais aussi de la qualité du plateau technique et des soins.

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 13 mai 2026 à 08:09

Santé: L'IOTA, l'hôpital le plus performant du Mali

Depuis ce lundi 11 mai, les hôpitaux les plus performants du Mali sont connus. L'Institut d'ophtalmologie tropicale d'Afrique (Iota) remporte la première la place avec un score de 148 sur 165 points..

Par Mohamed DIAWARA


Publié lundi 11 mai 2026 à 19:30

Concours de la Fonction publique au titre de 2025 : Le doyen a 43 ans et la benjamine 18 ans

Lassine Sanogo et Kadia Dembélé figurent parmi les admis au concours d’entrée à la Fonction publique de l’État au titre de 2025. Ils ont surtout la particularité d’être aux deux extrêmes. Le premier, âgé de 43 ans, jouit du statut de doyen des candidats admis. C’était sa dernière cartouche puisqu’il avait atteint l’âge limite de postuler à ces concours pour la catégorie A..

Par Mohamed DIAWARA


Publié vendredi 08 mai 2026 à 10:24

Page noire : Le prêcheur Madou Doumbia s’éteint à 76 ans

Le célèbre prêcheur Cheick Mamadou Doumbia communément appelé Madou Doumbia est décédé ce mercredi 6 mai dans l'après-midi des suites d'une longue maladie. Il avait 76 ans. L'information a été rendue publique par le ministère des Affaires Religieuses, du Culte et des Coutumes..

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 06 mai 2026 à 19:12

Fête du travail : L’UNTM honore la mémoire des victimes des attaques terroristes

Le secrétaire général de la centrale syndicale a expliqué que l’annulation des activités du 1er mai est une contribution de son syndicat à la quête de paix et de sécurité dans le pays. Il a appelé les travailleurs à faire davantage montre de cohésion.

Par Mohamed DIAWARA


Publié mardi 05 mai 2026 à 07:59

École de la Citoyenneté : LA 5È COHORTE BAPTISÉE FEU LE GÉNÉRAL D’ARMÉE SADIO CAMARA

Le programme «À l’École de la Citoyenneté» renforce sa communauté. Pour la 5è cohorte, ils sont au nombre de 200 jeunes venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger. Parmi eux, des jeunes issus des camps de déplacés et de réfugiés..

Par Mohamed DIAWARA


Publié dimanche 03 mai 2026 à 06:06

Gourma Rharous: Une cachette d'armes détruite et des terroristes neutralisés

Les vecteurs aériens des Forces Armées Maliennes (FAMa) ont effectué avec succès, ce samedi 2 mai, des frappes ciblées contre une importante cachette d'armes et de munitions appartenant à des groupes armés terroristes, au sud-est de la localité de Gourma Rharous..

Par Mohamed DIAWARA


Publié samedi 02 mai 2026 à 22:35

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner