Léger report de la présidentielle de 2024 : Réaction contrastée des acteurs politiques et de la société civile

Dans les lignes qui suivent des acteurs de la classe politique et de la société civile se prononcent sur le léger report de l’élection présidentielle de février 2024 annoncé par le gouvernement de la Transition. Ils proposent aussi leurs recettes pour un retour à l’ordre constitutionnel normal

Publié mardi 03 octobre 2023 à 05:48
Léger report de la présidentielle de 2024 : Réaction contrastée des acteurs politiques et de la société civile

De gauche à droite:  Dr Fousseyni Ouattara, président du Corema, Gouagnon Coulibaly, président de l’URD, Amadou  Koïta, président du PS Yeelen kura, Dr Ibrahima Sangho, chef de mission de Modele Mali




Dr Fousseyni Ouattara, président du Corema : «Le gouvernement a bien fait d’annoncer le report des élections»


Ce report va dans le sens des propositions que le Collectif pour la refondation du Mali (Corema) avait soumises au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Il s’agit du report des élections. L’Aige a été instituée et doit s’occuper de l’organisation des élections. De nos jours, elle n’est pas totalement installée dans les nouvelles régions et les nouveaux cercles. Le second aspect, c’est le fichier électoral qui doit être revu.


Il y a beaucoup de difficultés dans l’obtention de la carte nationale d’identité biométrique. En tenant compte de tout cela, il fallait revoir le calendrier.  Nous avons des populations déplacées. Il faut tout faire pour que ces populations regagnent leurs lieux d’habitation en vue de leur permettre de jouir de leurs droits. Nous avons besoin de temps. Le gouvernement a bien fait d’annoncer le report des élections.

Chacun doit s’impliquer à apporter un surplus pour que notre pays puisse avancer. Il faut  que l’État soit stabilisé d’abord. Ce que nous pouvons faire dans les plus brefs délais, c’est l’élection présidentielle. Pour les élections législatives, il faut connaître au préalable le nombre d’élus.

Cela ne peut se faire dans la précipitation. Ce qui est important, c’est la stabilité et le développement du pays. C’est à nous de poser les bases du développement en quittant les politiques économiques conjoncturelles au profit des politiques structurelles. Je souhaite que les Maliens se donnent la main pour bâtir un meilleur avenir




Gouagnon Coulibaly, président de l’URD : «Il est important que le chef de l’État s’entretienne avec les présidents  des partis politiques… »

 

Les raisons qui ont été avancées par le gouvernement montrent que le pays n’est pas prêt à aller tout de suite à une élection. Nous pensons que l’élection présidentielle doit se faire avec la carte biométrique conformément à la loi électorale. Et nous savons que la majeure partie des Maliens n’ont pas encore reçu leurs cartes biométriques. Si l’on se hasarde à faire l’élection présidentielle avec les autres cartes comme ce fut le cas lors du référendum, cela peut nous conduire à des crises post-électorales. Cela n’est pas souhaitable. Le mieux est d’attendre que tout soit prêt. Nous avons tous vécu l’élection présidentielle de 2018 qui a été un véritable désordre. Aussi, les élections législatives de 2020 ont été contestées. Ce sont ces deux scrutins qui ont conduit notre pays à la Transition.

Je ne souhaite plus que le Mali retombe dans une transition. Ceux qui ont la main à la pâte disent que ce n’est pas prêt, mieux vaut leur donner un peu de temps pour bien faire. Cette fois-ci, le gouvernement doit donner une date tenable. Il faut chercher à créer l’inclusivité et que toutes les forces vives de la nation s’expriment sur le sujet.


C’est un travail d’ensemble et de cohésion qui engage tous les acteurs. Il serait bon que les autorités rassemblent les Maliens pour qu’ils se dressent comme un seul homme et voir l’avenir du pays. Le report n’est pas mauvais. Il est bon parce que ce n’est pas prêt. Maintenant, il faut travailler pour qu’il soit bon et donner une date le plus rapidement possible. L’appel au gouvernement, c’est de rassembler, de créer l’unité et la cohésion autour du Mali pour que notre pays s’en sorte.

Aujourd’hui si le chef de l’état, le colonel Assimi Goïta invite  les présidents des partis politiques  pour s’entretenir avec eux,  tout le monde sera là.  Je suis sûr que les gens mettront leur égo de côté pour défendre le pays. Le président de la Transition lui-même doit s’impliquer à créer cette union sacrée autour du Mali afin que les élections soient une fête plutôt qu’un déchirement.  Nous sommes à l’œuvre pour rassembler le maximum de Maliens et de partis politiques pour accompagner les autorités de la Transition.

 

Amadou  Koïta, président du PS Yeelen kura : «Les raisons évoquées pour annoncer ce report ne tiennent pas du tout»

 

Au parti socialiste PS Yeelen kura, nous avons appris avec étonnement et inquiétude ce report décidé par le gouvernement de la Transition. Je voudrais rappeler que la réussite du processus électoral devant aboutir au retour à l’ordre constitutionnel nécessite une démarche inclusive et consensuelle de l’ensemble des acteurs concernés.


Cette décision a été prise de manière unilatérale par le gouvernement. Nous déplorons et regrettons cet acte. Les raisons évoquées  pour annoncer ce report ne tiennent pas du tout, car il y a deux mois que le gouvernement et l’Aige ont organisé le référendum sur l’ensemble du territoire. L’État a évoqué un certain  nombre de manquements quant au processus de passation du marché. Mais, c’est maintenant que l’État révèle ces failles. Les pouvoirs publics disent avoir transmis le dossier à la justice. Nous suivrons l’évolution tout en espérant que cette situation n’entravera en rien le retour à l’ordre constitutionnel dans un délai raisonnable.

La seule élection qui mettra fin à cette Transition qui n’a que trop duré est la tenue de l’élection présidentielle. L’option de tenir l’élection présidentielle nous rassure pour le retour à l’ordre constitutionnel tant souhaité. Le gouvernement aurait dû se concerter avec l’ensemble de la classe politique et la société civile avant toute décision sur le processus électoral. Le ministère de l’Administration territorial et de la Décentralisation et l’Aige doivent convoquer le Cadre de concertation pour échanger avec la classe politique et les acteurs concernés pour convenir d’une décision consensuelle. Si les Maliens se mettent ensemble, ils relèveront tous les défis auxquels le pays est confronté, y compris le retour à l’ordre constitutionnel.

 

Dr Ibrahima Sangho, chef de mission de Modele Mali : «L’élection présidentielle est primordiale et le Mali peut le faire»

 

Le report ne se justifie pas. Les raisons qui ont été évoquées peuvent être résolues avant février  2024. Le gouvernement a parlé de la non-conformité de la loi électorale avec la Constitution. La  session d’octobre du Conseil national de Transition (CNT) doit permettre de la relire en ce qui concerne les dispositions qui ont trait à l’élection présidentielle. Il s’agit de revoir l’entre deux tours de la présidentielle. Avant, c’était deux semaines, maintenant le 2è tour aura lieu quand la Cour constitutionnelle proclamera les résultats définitifs du 1er tour.


Trois semaines après; il y aura le 2è tour. Ce sont des réformes majeures qu’on peut introduire dans la loi électorale afin de  l’adapter à l’élection présidentielle. En novembre, le gouvernement peut convoquer le collège électoral puisque le délai est de trois mois. Et alors se positionner pour février 2024 pour la tenue de l’élection présidentielle. Le fichier électoral est pris en otage. Nonobstant cela, le scrutin référendaire a pu se tenir en juin dernier avec l’extraction du fichier électoral du fichier d’État civil qui existait. Le problème de l’État civil au Mali date de 2009.

En 2013, la classe politique a accepté d’aller aux élections avec le fichier issu du Recensement administratif à vocation d’État civil (Ravec) et non celui du Recensement à caractère électoral (Race). C’était un consensus politique, malgré toutes les erreurs. En 2018, le gouvernement a voulu corriger le Ravec, mais le même problème demeure. La preuve est qu’en 2023 avant le scrutin référendaire, les autorités avaient fait une campagne d’information pour changer certaines données du Ravec. Au finish, quand les cartes nationales d’identité biométriques ont été confectionnées, nous avons constaté que les mêmes anomalies figurent sur les nouvelles cartes. Déjà, il y a un fichier électoral qui a servi pour le scrutin référendaire. Ce même fichier peut servir  pour l’élection présidentielle.   

Au Mali, les commissions administratives mises en place pour la révision des listes électorales ne fonctionnent pas parce qu’elles sont composées seulement des représentants de l’État et des partis politiques. Durant des années, nous avons toujours dénoncé cette situation. L’introduction  des nouveaux majeurs et l’extraction des personnes décédées ne se font pas à hauteur de souhait à cause de la non-adaptation de ces commissions.

L’élection présidentielle seulement suffit pour nous ramener dans l’ordre constitutionnel.


C’est un nouveau Ravec qu’il faut faire avec une société qui pourra nous donner les clés de cette base de données. L’élection présidentielle est primordiale et le Mali peut le faire. Nous devons respecter notre parole donnée pour sortir de la Transition. L’objectif, c’est de rechercher le consensus. C’est l’Aige qui doit rassembler les partis politiques, la société civile, les partenaires et le gouvernement. Selon la loi électorale, c’est l’Aige qui est en charge des élections. C’est elle qui doit être au devant de la scène et le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation viendra en appui. Si tel n’est pas le cas, cela crée un problème de confiance et de stabilité du processus  électoral.

Propos recueillis par

Namory KOUYATE

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