Pr Abdoul Sogodogo :
«Une mauvaise communication peut mener à la panique et à la confusion»
Pour
l’enseignant-chercheur, la communication est une arme redoutable de nos jours,
surtout en contexte de guerre asymétrique et de lutte idéologique et culturelle.
Il rappelle que la guerre de l’information implique l’utilisation stratégique
d’informations pour influencer, tromper ou nuire à un ennemi. «Elle englobe non
seulement la propagation de fausses informations, ou fake news, mais aussi le
contrôle et la manipulation des flux d’information pour atteindre des objectifs
spécifiques», souligne le Pr Abdoul Sogodogo, tout en dénonçant qu’à l’ère du
numérique, les réseaux sociaux sont devenus des outils puissants de l’info de
guerre.
Pour lui, cette guerre est menée par des États ou des acteurs non étatiques (y compris des groupes terroristes). Elle a pour finalité d’influencer l’opinion publique, d’affaiblir la détermination de l’ennemi, ou d’acquérir des avantages stratégiques sans avoir recours à la force militaire. Dans un contexte de crise politique (défiance envers les institutions, dialogue social fracturé) et sécuritaire (terrorisme, violences communautaires, déplacements de populations), selon le vice-doyen de l’ex-Fsap, la communication devient un outil vital pour les autorités politiques.
Pour lui, cette
communication doit concilier urgence, transparence et responsabilité, tout en
préservant l’unité nationale et la confiance des citoyens. «Dans un tel
contexte, un effort de transparence est nécessaire, car un discours maladroit
peut attiser des tensions ou nourrir les discours anti-institutionnels»,
prévient-il, tout en citant par exemple, les populations civiles touchées par
des attaques terroristes qui attendent une reconnaissance de leurs souffrances.
Et de signaler qu’un discours trop technocratique ou distant peut paraître
déconnecté.
S’agissant de la
Confédération des États du Sahel (AES), Pr Abdoul Sogodogo trouve qu’il est
important de communiquer avec stratégie et surtout dans les langues nationales
pour mettre les populations à l’abri de la manipulation. Pour lutter
efficacement contre la désinformation, il faut d’abord éviter d’utiliser une
seule arme, notamment la censure, suggère l’enseignant-chercheur. Ensuite pour
lui, il est essentiel de miser sur la formation des citoyens pour vérifier les
sources.
Selon lui, cela prend
beaucoup de temps et peut s’avérer coûteux. «Je suis conscient de ces
contraintes, mais les expériences de notre pays laissent croire qu’il s’agit de
la voie efficace et durable. À mon sens, le jeu en vaut la chandelle, car une
communication efficace pendant une crise est essentielle pour maintenir l’ordre
public et la sécurité», fait remarquer le vice-doyen de la Fsap.
D’après lui, la crise,
quelle qu’elle soit catastrophe naturelle, pandémie ou d'attaque terroriste,
nécessite des messages clairs, cohérents et fiables provenant des autorités. Le
chercheur soutient qu’une mauvaise communication peut mener à la panique, à la
confusion et à des décisions mal informées. Il recommande aux autorités
compétentes de fournir des mises à jour opportunes et des informations précises
au public pour contenir les rumeurs, qui peuvent se propager rapidement,
notamment sur les réseaux sociaux.
Maciré Diop, rédacteur en
chef à Journal du Mali : «En période de crise, la communication joue un rôle
crucial»
Pour notre confrère, la
guerre informationnelle est devenue une composante majeure des conflits
modernes. Selon lui, elle se caractérise par l’utilisation stratégique de
l’information pour influencer, manipuler ou déstabiliser un adversaire. «Cette
forme de guerre ne se limite pas aux opérations militaires, mais s’étend aux
sphères politique, économique et sociale», signale-t-il, tout en regrettant que
les avancées technologiques, notamment l’essor des réseaux sociaux et des
plateformes numériques, ont amplifié la portée et l’impact de ces opérations.
Maciré Diop affirme que
l’information est devenue une arme redoutable capable de fixer le sort des
conflits. Avant de souligner que dans certains pays, des campagnes de
désinformation ont été menées pour saper le moral des forces armées et
manipuler l’opinion publique.
En période de crise, selon
l’homme de médias, la communication joue un rôle crucial. «Elle doit être
rapide, transparente et précise pour informer le public, contrer les rumeurs et
maintenir la confiance», dira-t-il, tout en signalant qu’une communication
efficace permet de mobiliser les ressources, de coordonner les actions et de
renforcer la résilience de la population. Cependant, regrette notre confrère de
Journal du Mali, dans un contexte de guerre informationnelle, la diffusion de
fausses informations ou de propagande peut aggraver la crise, semer la
confusion et diviser la société. Pour lui, il est donc essentiel de mettre en
place des stratégies de communication robustes pour anticiper et contrer ces
menaces.
Pour renforcer la
communication en temps de crise, Maciré Diop suggère plusieurs mesures. Il
s’agit de la mise en place d’une veille informationnelle essentielle pour
surveiller en temps réel, les informations circulant sur diverses plateformes,
permettant ainsi de détecter et de contrer rapidement les fausses nouvelles.
Pour renforcer l’efficacité de cette démarche, selon l’homme de médias, il faut former les communicants aux techniques de gestion de crise et à la lutte contre la désinformation. «Parallèlement, une collaboration étroite avec les médias s’avère indispensable pour garantir la diffusion d’informations vérifiées et fiables», recommande Maciré Diop, tout en révélant que la sensibilisation du public joue également un rôle clé, en éduquant la population sur l’importance de la vérification des sources et de l’esprit critique face aux informations reçues.
Souleymane SIDIBE
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