Analyses et examens médicaux : Un business lucratif

Il y a des praticiens de santé qui envoient systématiquement les patients vers des structures privées même lorsque les analyses peuvent être effectuées dans les établissements publics. Ils cèdent à l’esprit mercantiliste et foulent au pied le serment d’Hippocrate

Publié mardi 04 octobre 2022 à 10:38
Analyses et examens médicaux : Un business lucratif

                                           Des patients en attente de consultation médicale

Ils sont éminemment utiles à la communauté, notamment dans la prise en charge des maladies. Ils ont pris l’engagement (serment d’Hippocrate) d’être fidèles à l’éthique et la déontologie dans l’exercice de leur profession qui, soit dit en passant, est un sacerdoce. Ils se sont les médecins. Malheureusement, certains d’entre eux ont des comportements qui jurent avec cet engagement.


Ceux-ci, habités par le démon du gain, semblent se faire une spécialité d’envoyer les malades et autres usagers des établissements publics de soins (hôpitaux et centres de santé de référence) vers les structures privées pour des analyses biomédicales ou de radiographie. La formule consacrée est : «Les résultats des analyses ou des radios de telle structure sont plus fiables que ceux des établissements publics». Qu’est-ce qui explique ce phénomène ? Pourquoi ces pratiques cupides continuent-elles de perdurer ?

Abdoul Karim Sangaré, chauffeur de son état, a du mal à comprendre les raisons qui poussent des médecins à orienter systématiquement les patients vers les structures privées qui utilisent très souvent les mêmes compétences que les établissements publics. Il explique avoir vécu au moins deux fois cette situation au Csref de Kalabancoro. Et d’ajouter que cette pratique incongrue n’a aucune explication claire dans la prise en charge d’une pathologie. Elle impose des surcoûts aux malades et leurs familles. Or, il est admis par tous que pour faire face au coût du traitement de certaines maladies dans notre pays, le Malien moyen est contraint très souvent de battre le rappel de la parentèle.

 

PROPENSION- Comme Abdoul Karim Sangaré, d’autres aussi s’interrogent et veulent comprendre pourquoi pour même un simple examen d’échographie dans un Centre de santé de référence (Csref), certains praticiens ont la propension d’envoyer les patients dans les structures privées. L’esprit mercantiliste n’est pas loin. Un comportement inadmissible car les médecins sont des professionnels qui travaillent sur une matière extrêmement sensible : l’humain.

Un doctorant sous le couvert de l’anonymat explique que la pratique jure avec l’éthique et la déontologie de la médecine. Bien sûr il condamne la pratique, mais tente d’y trouve une explication. Pour lui, c’est généralement une pratique du personnel qui n’est pas recruté, autrement des bénévoles qui officient dans les structures de soins.

Beaucoup de malades et usagers des établissements publics ne sont pas d’accord avec ce point de vue et estiment c’est bien «une problématique réelle et généralisée». Pour eux, le médecin qui s’adonne à cette pratique le fait simplement à cause de l’appât du gain. Les usagers des établissements de santé en appellent à la réaction vigoureuse des autorités compétentes et de tous ceux qui ont un pouvoir de décision au niveau des Centres hospitalo-universitaires (CHU) et autres établissements hospitaliers.

Aujourd’hui, les malades se bousculent aux portillons de certaines structures privées sur recommandation des médecins, habités par l’appât du gain. Ces médecins trompent les malades et autres usagers sur la qualité de l’arsenal de diagnostic des établissements publics. Malheureusement les pannes récurrentes de certains équipements de pointe comme le scanner ou l’imagerie par résonance magnétique (IRM), y contribuent aussi. 

Notre doctorant reconnaît que dans certains cas, le médecin requiert un examen comparatif entre les résultats de deux structures pour s’orienter dans son protocole thérapeutique. à l’en croire, certains examens médicaux ne sont pas faisables dans les services publics. Il parle aussi de l’insuffisance de compétences dans certains domaines.

 

Les ristournes- Un spécialiste en cardiologie qui consulte dans une clinique privée à Kalabancoro explique clairement que son établissement accorde des ristournes aux médecins qui lui envoient des malades pour faire leurs examens. Il pousse l’analyse plus loin et parle même de collaborateurs. Et de dire que ceux-ci bénéficient parfois d’autres avantages en nature à l’occasion des fêtes par exemple. Il soutient que les médecins des structures publiques méritent plus en matière de rémunération. Pour gagner plus, certains s’engagent dans la collaboration avec les établissements privés.

Vêtu d’une veste bleue, la barbe touffue, le médecin chef du district sanitaire de la Commune IV de Bamako, Dr Abdoul Razak Dicko, ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer la pratique. Il reconnait que le secteur de la santé compte des brebis galeuses à extirper des rangs par tous les moyens. Il fustige le phénomène qui nuit gravement à notre système de santé. Il rappelle que le système de santé a été conçu pour rendre plus accessibles les services de soins aux populations.

Ce spécialiste en santé publique estime que la pratique engendre une baisse de recettes au niveau des structures publiques et crée des difficultés de fonctionnement. Elle contribue aussi à la paupérisation des usagers. Le patron du district sanitaire de la Commune IV nourrit la conviction que les agents de santé qui orientent les patients vers les établissements privés reçoivent des ristournes au prorata des malades envoyés. Il explique avoir eu à sanctionner un agent qui s’était rendu coupable d’une telle pratique au détriment de l’intérêt de sa structure. Selon lui, ce business permet aux structures privées de faire des recettes.

Notre interlocuteur explique clairement que les médecins peuvent demander aux patients d’aller faire les analyses ou les examens dans le privé lorsqu’un appareil connaît une panne technique ou si la structure n’est pas en mesure de réaliser le travail, faute d’équipement ou de compétences. Dr Dicko invite le personnel de santé au respect du serment d’Hippocrate, en intégrant la notion de sacerdoce de la médecine. Il conseille aux malades et autres usagers de dénoncer ces actes.

Pour sa part, le médecin chef du district sanitaire du Cercle de Kati, Dr Issa Guindo, explique que ces pratiques peu orthodoxes se passent à l’insu des gestionnaires des établissements publics. Il assure que chaque fois qu’il a été informé d’une pareille situation, il a sévi par des sanctions disciplinaires. Il assure que dans son établissement l’échographie est faisable 24/24 par une équipe professionnelle et des appareils de dernière génération.

Ceux qui s’adonnent à cette pratique ne pensent pas aux malades mais plutôt à l’argent, déplore le médecin. Il faut mettre le holà à ces pratiques au regard des efforts accomplis par les autorités de la Transition pour rendre plus performants les hôpitaux et autres structures publiques de soins de santé, plaide-t-il.

Notre interlocuteur souligne que le 8 septembre dernier, les responsables des administrations hospitalières ont signé avec le ministère de la Santé et du Développement social des contrats de performance. Ces contrats ont été initiés pour améliorer le fonctionnement des hôpitaux publics de 2è et 3è références et renforcer la qualité des soins de santé au bénéfice des populations.

Mohamed DIAWARA

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