Amadou Niangaly : Un artisan bâtisseur

Il surmonte admirablement son handicap physique et arrive à apporter un coup de main aux autres.

Publié vendredi 17 avril 2026 à 08:23
Amadou Niangaly : Un artisan bâtisseur

Il nourrit une passion pour le bogolan et appelle à l’union ceux qui évoluent dans ce secteur

 

Amadou Niangaly est un homme serein qui incarne la résilience face aux difficultés. Il compense admirablement son handicap physique par une détermination à nulle autre pareille à être utile à la commaunauté et à promouvoir les traditions maliennes. Il affiche constamment un large sourire aux coins des lèvres et fait montre d’un calme olympien à désarmer tout éventuel moqueur. Son entourage s’accorde à admettre que cet homme affable  jouit d’une extraordinaire paix intérieure et développe une passion pour la culture, notamment le secteur du textile où il entend imprimer aussi sa marque au bogolan comme d’autres illustres prédécesseurs.

Qui est réellement cet artiste qui officie dans le domaine du bogolan depuis quatre décennies ? Il nous reçoit dans son atelier au Centre de jumelage de Banankabougou, en Commune VI du District de Bamako, le jeudi 09 arvil. L’horloge affiche 10h15, et un homme de teint noir drapé dans un boubou traditionnel dogon, un chapeau vissé sur la tête, vient à notre rencontre et brise tout de suite la glace .

Amadou Niangaly est né à Koro en 1967, dans la Région de Bandiagara où il vécu auprès des siens, notamment ses grand parents. Après le Certificat d’études primaires (CEP), il rejoint ses parents à Djenné pour poursuivre ses études. Malgré la pression de son  père, chef d’arrondissement d’alors, et de sa mère, sage-femme, Amadou Niangaly renoncera aux études parce que mû par une passion pour la confection de bogolan.

Le regard des autres ne pèse sur l’artiste. Il n’en a cure de son inaptitude physique qu’il a toujours surmontée dans la réalisation de ses projets. Il fit ses premiers dans la couture avec des amis. Mais dans son cœur d’adolscent, couvait toujours l’envie de  briller dans le domaine de la culture.

Ainsi, il embrasse une carrière d’artiste. «À Djenné, lors d’un tournage dirigé par Cheick Oumar Sissoko, il se rapproche du groupe pour exprimer son intérêt. Le réalisateur lui confie alors le poste d’assistant costumier. «Ensemble, nous habillions les acteurs avant le tournage», précise-t-il. Il fait ensuite ses valises pour regagner Bamako avec l’équipe du cinéaste Cheick Oumar Sissoko.

L’artiste jouera ensuite dans plusieurs films et pièces de théâtre. Mais puisqu’il a plus d’un tour dans son sac, il développe depuis plus de 20 ans une expertise dans la confection de tissus en bogolan. «Je nourrissais le rêve d’être artiste. Aujourd’hui, ce rêve est devenu une réalité. J’habille beaucoup d’acteurs et de personnalités de la culture. Ces derniers temps, toutes les tenues traditionnelles de Cheick Tidiane Seck et de certaines Organisations non gouvernementales portent mes griffes», informe-t-il avec fierté. Il est aujourd’hui  père de 8 enfants dont 5 filles.

éternel insatiable, son désir de toujours performer dans la fabrication du bogolan lui vaut de franchir les frontières nationales pour se perfectionner au Sénégal, puis au Burkina Faso. Également féru de musique, il a aussi coaché quelques artistes à leur tout début, notamment Fatim Diakité et Aliya Coulibaly. Ceux-ci sont devenus aujourd’hui des stars et représentent une fierté pour lui.

Il pense apporter ainsi sa modeste contribution à la promotion de l’art. Il n’en reste pas là puisqu’il est aussi promoteur du Festival international de «Koro Bourougoun Pluriel» qui existe depuis 14 années. Face aux défis actuels, ce festival se veut un catalyseur d’engagement citoyen et patriotique et vise à rappeler à la  jeunesse son rôle dans la construction d’un Mali uni et fier.

 «Mon handicap n’a jamais été un obstacle. C’est l’insuffisance de ressources financières qui reste un casse-tête», explique l’artiste. Et de dire que la sincérité et l’honnêteté doivent guider les artistes.

Il est temps que nous montrions au grand public ce que nous faisons.  C’est pourquoi, nos autorités ont décrété 2026 comme Année de l’éducation et de la culture. Il note qu’il a déjà commencé à coudre la commande de son Institut pour la fermeture des classes, avant d’inviter les artisans du bogolan à s’unir pour davantage valoriser ce textile.

   Mme Thiama Saran Doumbia, directrice du Centre de jumelage Angers-Bamako, affirme que Niangaly est plus qu’un collaborateur. «Il m’est très proche comme un membre de ma famille, toujours présent à mes côtés, et m’apporte son aide avec générosité. C’est un talent, un esprit créatif avec un sens profond de la responsabilité. Sa gentillesse et sa disponibilité font de lui un artiste incontournable dans notre secteur», témoigne Mme Thiama.

Diamoye Djittèye, qui a appris à faire le bogolan auprès d’Amadou Niangaly, soutien qu’il est ouvert et honnête avec les apprenants. «C'est une personne profondement humaine et ouverte d’esprit», conclut succinctement Diamoye Djittèye.

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