Toguéré Coumbé : Une ville martyre aux confins du cercle de Ténenkou

Les amalgames et les stigmatisations ont contribué à opposer les communautés

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Publié mardi 05 octobre 2021 à 12:10, mis à jour mardi 25 janvier 2022 à 10:01
Des navires de l’US Navy, de la marine chilienne, péruvienne, française et canadienne, lors d’un exercice dans l’océan Pacifique, en 2018.

Toguéré Coumbé, commune rurale, située à 70 km au nord-est de Ténenkou, composée de 33 villages avec une population estimée à plus de 30.000 habitants et qui, dans le nouveau découpage territorial, doit être érigé en cercle est l’une des communes les plus touchées et impactées par la crise sécuritaire qui frappe le Cercle de Ténenkou depuis 2012. Dans la ville de Toguéré Coumbé, chef-lieu de la commune, vivent majoritairement deux communautés qui cohabitaient en parfaite symbiose depuis belles lurette. Il s’agit des Peules éleveurs et des Bozos pêcheurs. Symbole de cette intégration réussie selon un sage de cette localité qui a préféré garder l’anonymat : bon nombre de Bozos de Toguéré Coumbé parlent couramment la langue peule. Mais la crise sécuritaire, à travers les amalgames et les stigmatisations, a contribué à opposer ces deux communautés. Le point culminant de cette crise à Toguéré Coumbé a été le blocus imposé à la ville par les groupes armés après de présumées exactions contre des civils peuls dans la ville de Toguéré en 2018. La majorité des peuls, par peur de représailles, ont quitté la localité avant le blocus qui a duré plus d’une année. Le blocus a fortement affecté cette plaque tournante de l’économie locale puisque Toguéré est une zone agropastorale par excellence, très riche en poissons et en bourgou. Les communautés qui étaient restées dans la ville, en très grande majorité des Bozos, étaient privées de foires, de champs, de pêches pendant une longue période. Cette situation a poussé de milliers d’habitants à fuir la ville à pied surtout nuitamment pour échapper à la vigilance des groupes armés. La ville s’était peu à peu vidée de ses habitants, devenant une ville fantôme. Seules les personnes âgées et les femmes étaient restées, nous a confié un habitant de Toguéré Coumbé. La ville ne tenait que grâce à l’aide humanitaire de l’État qui était assurée en son temps par les forces spéciales et les soldats présents sur place pendant cette période, le tout dans des conditions dantesques. Ce supplice, qui a duré plus d’une année, a connu son épilogue en août 2019 après la visite de l’ex-Premier ministre, Dr Boubou Cissé à Ténenkou. La levée du blocus qui avait été confirmée par les forains de retour de Toguéré le 6 août 2019, avait suscité au sein des populations énormément d’espoirs. Des espoirs entretenus par le retour presque à la normale avec la reprise des activités économiques, culturelles et sportives. Mais des espoirs vite douchés par le retrait de l’Armée malienne de ses positions à Toguéré Coumbé le 13 février 2020, laissant sur place la population complètement désemparée. Prises de panique, bon nombre de personnes, par peur des représailles pour collaboration avec l’armée, étaient montées à bord des véhicules militaires pour se réfugier à Diondiori, localité située à 25 km de Ténenkou. D’autres par leurs propres moyens ont quitté la ville. Ce départ de l’armée a laissé le champ libre aux groupes armés qui sont depuis lors les maîtres des lieux, imposant ainsi leurs règles aux populations. À Toguéré Coumbé, de nos jours, les services sociaux de base sont absents. Le sous-préfet de la localité est basé à Ténenkou. Toutes les écoles sont fermées depuis plusieurs années. Rares sont les ONG qui osent s’aventurer dans cette zone. Les groupes armés réglementent la vie quotidienne. Les évènements sociaux tels que les mariages, les baptêmes sont strictement encadrés. Interdiction pour les femmes de sortir dehors sans la tenue noire qu’on appelle ici Boumbassi. Cette tenue est devenue un passeport pour se rendre en ville. Toute transgression est sanctionnée par des coups de fouet. Plus de musique dans la rue pour les jeunes, ni de football. Les litiges sont tranchés par les groupes armés qui imposent leur diktat aux populations traumatisées. Symbole de la peur suscitée par les groupes armés, en 2020 lors des élections législatives du 29 mars et 19 avril, les populations ont refusé de voter par crainte de représailles des maîtres des lieux. Malgré quelques médiations entamées en mai 2020 par le comité de veille pour la paix à Ténenkou, sous l’égide du chef de village de Ténenkou et non moins chef de tous les villages du Massina, beaucoup de citoyens de Toguéré Coumbé réfugiés à Diondiori et un peu partout dans le cercle hésitent à rentrer. Aujourd’hui, la ville de Toguéré Coumbé est entièrement coupée du reste du monde puisque les installations téléphoniques ont été sabotées, les plaques solaires emportées, selon plusieurs témoignages. Le seul moyen pour communiquer avec les gens de Toguéré, c’est à l’ancienne, c’est-à-dire soit écrire une lettre ou envoyer un message verbal par l’intermédiaire des forains. Le coût de la vie a pris l’ascenseur dans la ville. Les populations de Toguéré Coumbé attendent impatiemment une action de l’État pour les délivrer du joug des groupes armés qui sont en train de faire précipiter la localité dans les ténèbres de l’obscurantisme.

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