Parmi eux, il y a une qui s’est distinguée par sa voix captivante, puissante, ses textes profonds ancrés dans la tradition bambara, Tara Bouaré surnommée le rossignol du Kala.
Née vers 1935 à Molodo Bamana dans l’arrondissement central, Tara Bouaré est la fille de Zama et de Sorofe Tangara. épouse d’Ousmane Keita, elle a eu deux enfants, Abou et Djodjo. Le premier vit encore à Molodo Bamana.
Tara Bouaré est brutalement décédée, le 3 juin 1974, à la maternité de Niono lors d’un accouchement. Sa mort a laissé le Kala et tout le Mali dans le chagrin. En huit ans de carrière, elle est devenue une icône du folklore bambara et sa chanson «Sanu Negeni» reste toujours un hymne.
L’artiste Tara Bouaré a été découverte par hasard, le 19 mai 1966, par Boubacar Traoré, un technicien de son de la Radio Mali (actuel ORTM) alors qu’il était en mission pour collecter des chants traditionnels. Tara faisait partie des artistes selectionnés. Quand elle a chanté en solo, l’agent de la Radio nationale a été subjugué par sa voix et a dit à son chauffeur : «mission terminée», c’est à dire que le choix est déjà fait.
Tara Bouaré chantait en bambara avec une voix très grave et posée. Pas besoin d’effets. Juste sa voix plus le m’bolon et d’autres percussions, c’est du folklore pur. Elle a laissé derrière elle quelques titres qui ont été enregistrés à la Radio Mali entre 1966 et 1974. L'artiste doit sa célébrité à une chanson intitulée "Sanu Negeni" qui disait qu'un seul roi ne pouvait pas régner éternellement. Le morceau avait été interdit par le régime de Modibo Kéita. Après le coup d'État de 1968, il revint en crevant les antennes de la Radio nationale. Pour les Maliens, cette vérité pourtant banale, chantée par Tara Bouaré, se justifiait par la chute de Modibo Keïta. Et depuis, Tara Bouaré est devenue une vedette de référence.
Autres chansons s'inscrivant dans la même mouvance : «Kèlè cew bana» (il n'y a plus de braves), «Maasi kunko tan tè» (toute personne a des problèmes). Il y a également «Tossoni» (chanson traditionnelle sur la bravoure et la culture bambara), «Aye Deme» (chanson qui parle du monde et des difficultés de la vie) et «Saya Magni» qui parle de la mort qui n’épargne personne.
Aujourd’hui, beaucoup d’artistes Maliens comme Oumou Sangaré, Ami Koita et autres reprennent les chansons de Tara Bouaré en hommage à l’artiste talentueuse qui nous a quittés il y a 52 ans.
À Niono, un centre multifonctionnel porte le nom de Tara Bouaré. Il sert de jardin d’enfants, de centre de coupe et de couture, de teinture pour les femmes et de salle de spectacles.
Pour la présidente locale du Collectif des associations et organisation féminines (CAFO) Koura Bagaya, Tara Bouaré est une référence pour les jeunes artistes. De son côté Sékou Bouaré, chef de village de Molodo Bamana, se glorifie de sa défunte sœur. Grâce à elle, dit-il, le nom de son village est connu au-delà des frontières.
Tara Bouaré est une référence que les jeunes générations doivent s’inspirer pour le rayonnement de la culture malienne en Afrique et dans le monde entier.
Mahamadou SAMAKE / AMAP - Niono
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