Situation sécuritaire et avenir de la Minusma : Regards croisés de deux universitaires

Situation sécuritaire, annonces de retrait de plusieurs pays contributeurs de troupes au sein de la Minusma, renforcement de la coopération militaire entre le Burkina Faso et le Mali… Autant de sujets sur lesquels Dr Bouréma Kansaye, recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako et Dr Seydou Loua, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation livrent leurs analyses

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Publié mardi 22 novembre 2022 à 07:57
Situation sécuritaire et avenir de la Minusma : Regards croisés de deux universitaires


De gauche à droite : Dr Bouréma Kansaye et Dr Seydou Loua


Dr Bouréma Kansaye : « Les retraits des contingents de la Minusma sont une forme de communication politique pour isoler le Mali »

Se prononçant sur la situation sécuritaire dans notre pays, Dr Bouréma Kansaye estime que celle-ci est complexe. Selon lui, dans les Régions de Ségou et Mopti, les Forces armées maliennes (FAMa) ont porté un coup sévère aux capacités des terroristes, notamment en s’attaquant à leurs bases et logistiques. Elles ont également désorganisé les groupes de terroristes et les ont dispersés, note-t-il. Cependant, d’après l’universitaire, ces derniers restent dangereux par les attaques répétées contre les civils, mais aussi par leur nouvelle stratégie consistant à détruire de manière concertée les récoltes.

Par ailleurs, regrette le chercheur, dans les zones du Nord du pays, les affrontements entre groupes terroristes constituent un défi majeur, qui met à l’épreuve, les capacités des Forces de défense et de sécurité à s’imposer dans une vaste zone. Laquelle était, auparavant, sous la supervision des forces étrangères qui ont dû quitter le Mali.

Dr Bouréma Kansaye rappelle aussi que depuis la rectification de la Transition, notre pays a posé des principes dans ses relations avec les autres, notamment ceux du respect de sa souveraineté, de ses choix stratégiques et la défense des intérêts de son peuple dans les prises de décisions. « Apparemment, ces principes ne sont pas du goût de certains pays. Et la situation s’est compliquée davantage avec l’arrivée non désirée des militaires ivoiriens au Mali qui ont été interpellés et détenus », pense l’universitaire.

Depuis, poursuit le recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako, il y a des tentatives multiples et vaines d’obtenir la libération sans condition de ces militaires qualifiés de mercenaires par les autorités maliennes. Parlant du retrait annoncé de certains pays de la Minusma, l’universitaire soutient que cette situation peut être interprétée comme une volonté d’isoler le Mali, en montrant que du point de vue des relations internationales, il n’est pas un pays fiable.

Il rappelle que dans l’affaire qui oppose la Côte d’Ivoire et le Mali, l’Allemagne avait été citée. «En ce qui concerne le cas de l’Allemagne, il se peut qu’il y ait eu une concertation avec la Côte d’Ivoire pour réaliser ce retrait en question», indique le spécialiste des questions de sécurité. Notre interlocuteur souligne qu’il ne faut pas aussi oublier qu’en Europe, il y a des bruits de bottes, ajoutant que tous les pays européens, aujourd’hui, traversent une crise économique importante.

Selon lui, ces retraits peuvent aussi s’expliquer par cette situation. «De toutes les manières, ces retraits affaiblissent très sérieusement la Minusma», dit Bouréma Kansaye.

Avant de rappeler que déjà au renouvellement de son mandat, le Mali avait eu des réserves par rapport aux missions qu’elle s’est assignées. Donc, ces retraits en cascade sont de nature à affaiblir la Minusma, qui est contestée déjà à l’intérieur du Mali et manque de popularité au niveau de la population à Bamako. «Ces deux facteurs sont de nature à l’affaiblir davantage et à hypothéquer son avenir au Mali», analyse l’universitaire. En outre, il souligne que ces retraits sont aussi une forme de communication politique : isoler le Mali et affaiblir les autorités de la Transition.

Notre spécialiste rappelle aussi la coïncidence de ces retraits avec l’annonce de la suspension de l’aide au développement de la France avec laquelle, les autorités de la Transition ont des relations assez compliquées. «Dans ce contexte, le Mali doit renforcer le dialogue avec les groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation et envisager aussi une stratégie nationale de dialogue avec les terroristes maliens», propose Dr Kansaye.

S’agissant du renforcement de la coopération militaire avec les pays voisins, notre interlocuteur estime qu’il convient de travailler plus dans ce sens avec des États comme le Burkina Faso, le Niger et la Mauritanie pour parvenir à coordonner certaines actions militaires, voire mutualiser les ressources dans certaines situations.


Dr Seydou Loua : « L’avenir de la Minusma est sombre…. »


L’enseignant-chercheur à la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation, Dr Seydou Loua trouve que la situation sécuritaire, de façon générale, est fragile dans notre pays depuis des années. D’après lui, malgré des efforts consentis par nos militaires, l’insécurité règne un peu partout au Mali. Notre interlocuteur a estimé qu’il y a un semblant de sécurité seulement dans notre capitale. « Dès qu’on quitte Bamako, on est en zone d’insécurité. Il y a des attaques qui se passent un peu partout », renchérit Dr Seydou Loua. Le chercheur dira que les zones les plus dangereuses au Mali sont les Régions de Gao et Mopti. «Même actuellement aux alentours de Gao, à Ansongo et Ménaka il y a plusieurs groupes armés qui se livrent à une bataille depuis plus d’un mois», rappelle-t-il.

Parlant des retraits des éléments de la Côte d’Ivoire, du Royaume-Uni et certains pays européens de la Minusma, Dr Seydou Loua pense qu’ils n’auront pas de répercussions sur la situation sécuritaire. Étayant ses propos, il signale que malgré leur présence, la situation sécuritaire reste la même dans notre pays. Selon notre interlocuteur, la Minusma, en réalité, ne combat pas. Et elle n’a pas eu vraiment de valeur ajoutée sur le plan sécuritaire. D’après l’universitaire, le seul point positif de la Minusma est la création d’emplois pour les jeunes Maliens. 

Parlant du retrait de l’Allemagne de la mission onusienne dans notre pays, le spécialiste estime que cette situation s’explique par le fait que les casques bleus allemands ne sont pas sécurisés. «Ils disent qu’ils sont venus pour sécuriser des gens, mais ils veulent qu’on assure leur sécurité», ironise Dr Seydou Loua. Pour lui, le retrait de la Côte d’Ivoire de la Minusma est lié à la situation des 46 militaires ivoiriens encore en détention dans notre pays. «Donc, les Ivoiriens ne sont pas contents et ils veulent se retirer», croit-il savoir. Selon lui, l’avenir de la mission onusienne est un peu sombre dans notre pays.

Seydou Loua rappelle que lors du dernier renouvellement de son mandat, des voix s’étaient élevées pour dire non à cela, notamment certains membres de la société civile et des partis politiques. Malgré cette situation, le mandat a été renouvelé pour une année. Mais, avec ces retraits, on peut dire que la Minusma n’en a plus pour longtemps au Mali, juge l’enseignant-chercheur. «La mission onusienne, par exemple, a duré en République démocratique du Congo (RDC) mais on voit comment ça se termine. Donc, je pense que l’avenir de la Minusma est sombre avec les mécontentements et ses propres problèmes», analyse notre interlocuteur. 

Sur le renforcement de la coopération militaire entre le Mali et le Burkina Faso, Dr Seydou Loua trouve que cela est une très bonne chose dans la lutte contre le terrorisme. Selon lui, les alliances entre les pays dans cette lutte sont indispensables. Il rappelle à ce propos que notre pays a été critiqué à un moment et qualifié de laxiste face aux terroristes, notamment par les Nigériens et les Tchadiens. Les terroristes traversent la frontière burkinabè pour venir faire des attaques au Mali et vice-versa.

Donc, si ces deux pays arrivent à coopérer, en faisant en sorte que les militaires burkinabè puissent pénétrer sur le territoire malien à la poursuite des terroristes et que les militaires maliens puissent faire autant sur le territoire burkinabè, cela est une très bonne chose, souligne le chercheur qui pense que cette coopération pourra permettre aux deux pays d’obtenir rapidement des résultats dans la lutte contre les groupes armés terroristes.

Propos recueillis par
Bembablin DOUMBIA

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