Les vendeurs évoquent notamment les tracasseries sur les routes, qui alourdissent
les coûts d’acheminement, mais aussi la qualité de la marchandise
Ce matin, au marché « Bougouni Place », l’animation est à son comble. Dès les premières heures, vendeuses, revendeurs et consommateurs se croisent dans un ballet incessant. Les sacs d’arachides s’alignent, les tas se forment et les discussions s’animent autour des prix. Ici, une seule question revient dans les conversations : « À combien tu cèdes ton sac ? »
Pourtant, l’arachide ne manque pas. Le marché est même mieux approvisionné que la semaine dernière. Mais paradoxalement, cette disponibilité ne s’accompagne pas encore d’une baisse des prix. Bien au contraire. Le marché s’est véritablement « enflammé ».
Le sac de 100 kg, qui se vendait auparavant à un peu plus de 20.000 Fcfa, est désormais cédé entre 27.000 et 28.000 Fcfa. Pour le sac de 50 kg, il faut débourser entre 13.500 et 14.000 Fcfa. Au détail, les prix commencent à 100 Fcfa, selon la quantité et le choix du client.
Dans les allées du marché, le marchandage est serré. « 28.000 Fcfa! », annonce une vendeuse. Face à elle, une cliente tente de faire baisser le prix. Les deux femmes discutent longuement. La vendeuse défend la qualité de sa marchandise et les dépenses engagées pour l’acheminer jusqu’à Bamako. La cliente, elle, rappelle les prix de la semaine précédente. Chacune campe sur sa position avant de tenter de trouver un terrain d’entente.
À quelques pas, plusieurs femmes ont adopté une autre stratégie. Elles se sont regroupées pour acheter ensemble un sac de 100 kg. L’une compte les billets, une autre discute avec la vendeuse, tandis qu’une troisième vérifie la qualité des arachides. Une fois l’achat conclu, la marchandise sera répartie entre les membres du groupe.
D’autres acheteurs, plus importants, repartent avec deux ou trois sacs. Ils constituent leurs stocks ou viennent ravitailler d’autres marchés de Bamako. Le marché accueille également des clients étrangers venus s’approvisionner en arachide. Cette diversité d’acheteurs contribue à maintenir une demande soutenue.
LA ROUTE ET LA QUALITÉ-Pourquoi une telle hausse alors que l’offre semble plus importante ? Les vendeurs mettent en avant plusieurs explications. Ils évoquent notamment les tracasseries sur les routes, qui alourdissent les coûts d’acheminement, mais aussi la qualité de la marchandise. Sur ce dernier point, les clients semblent cette fois plutôt satisfaits. Le stock disponible est jugé plus mûr, plus propre et de meilleure qualité que celui de la semaine dernière.
Une cliente en fait l’éloge. Son achat précédent lui avait réservé une mauvaise surprise. « La semaine dernière, j’ai beaucoup trié. J’ai retiré environ une tasse pleine de mauvaises arachides », raconte-t-elle. Cette semaine, le constat est tout autre : « Nous n’avons pas besoin de trier. La qualité est bonne et surtout l’arachide est douce », se réjouit-elle.
Cette amélioration de la qualité constitue donc un point positif, même si elle ne suffit pas à faire fléchir les prix. Entre vendeurs et acheteurs, les discussions restent vives. Pour quelques centaines de francs, chacun est prêt à négocier pied à pied.
Sur les mêmes étals, le maïs frais tente de se faire une place. Mais il est encore loin de l’abondance observée pour l’arachide. Les épis disponibles sont très demandés et se vendent entre 150 et 250 Fcfa, selon leur taille et la qualité. Pour cette céréale, le gros sac évalué selon le volume et non le poids est cédé à 20.000 Fcfa, et le moyen est vendu à 17.500 Fcfa. Là aussi, le client doit parfois patienter et discuter avant de repartir avec son panier. « C’est encore cher », entend-on régulièrement dans les rangées du marché. Malgré cette situation, un certain optimisme domine.
Vendeurs et acheteurs partagent presque le même pronostic : les prix devraient baisser la semaine prochaine avec l’arrivée progressive de nouvelles quantités. Au « Bougouni Place », l’espoir est donc désormais suspendu aux prochaines récoltes et aux prochains arrivages. Si l’offre continue de progresser, la loi du marché devrait finir par s’imposer. L’arachide, aujourd’hui abondante mais chère, pourrait alors connaître un retournement de situation.
La semaine prochaine dira si l’abondance aura enfin raison de la cherté. Pour l’heure, vendeurs et clients regardent les sacs se remplir et espèrent que les prix, eux, commenceront à se vider de leur envolée. Souhaitons-le !
Mariam A. TRAORÉ
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