Poisson «tineni» : Le défi de la transformation

Pêché principalement pendant la saison froide, ce poisson est transformé par les femmes souvent organisées en coopérative. La production nationale par campagne varie entre 600 et 1.800 tonnes

Publié jeudi 05 janvier 2023 à 06:38
Poisson «tineni» : Le défi de la transformation

Le kilogramme du «tineni» varie de 600 à 750 Fcfa sur le marché

 

En cette saison froide, le petit poisson «tineni en bambara», de son nom scientifique «brycinus leuciscus», inonde les marchés du pays. Pêchés dans les eaux du fleuve Niger à Markala, Mopti, Manantali et Sélingué où ils frétillent non loin du lit, ces menus fretins se retrouvent au marché de Médina Coura d’où ils seront distribués dans la capitale et ses environs. Ils sont exposés sur les étals au niveau des différents points de vente de poissons, dans les assiettes des vendeuses de beignets au coin des rues.

Revendeurs, grossistes et semi-grossistes se ravitaillent en «tineni» au marché de Médina Coura appelé Soukouni-Coura, en Commune II du District de Bamako. Ici, Bakoroba Coulibaly est fournisseur en poissons de tout genre. Le grossiste évolue dans ce commerce depuis plus d’une trentaine d’années.

Nous l’avons rencontré devant son magasin en train de laver dans une baignoire remplie d’eau des «tineni» qu’il vient de réceptionner. Il les repêche pour les mettre dans un grand panier contenant des blocs de glace réduits en glaçons afin de mieux les conserver par le froid. À peine a-t-il fini que des clients se pointent et semblent même pressés d’être servis.

Commence aussitôt un marchandage qui dure des minutes. Comme c’est souvent la règle dans nos marchés, en tout cas pour les initiés. « Le prix de ce petit poisson est fluctuant, c’est-à-dire peut fléchir ou grimper à tout moment», explique le commerçant d’un ton peu courtois. Selon lui, la variation de prix dépend de l’offre et de la demande. Ces poissons sont très abondants au clair de lune et se font rares lorsque la lune s’éclipse, enchaîne Bakoroba Coulibaly comme pour tenter de convaincre ses interlocuteurs.

Il faut dire que le commerce du «tineni» à la cote présentement. «Les clients qui viennent s’approvisionner ici, peuvent acheter chacun 30 à 100 kg par jour. Généralement, ils les font frire avant de les revendre», développe le quadragénaire qui emploie plus d’une dizaine de personnes. Quand ce poisson est bien frit, ajoute le négociant, il peut être conservé pendant dix jours sans risque de décomposition.

 

UNE VARIÉTÉ DE RECETTES- L’huile du «tineni» est également un délice. Pour l’extraire, on laisse le poisson pourrir dans un récipient contenant de l’eau. Au bout de quelques jours, les éléments gras flottent sur l’eau et la chair reste au fond du récipient. Celle-ci est séchée au soleil pendant des jours pour la conservation.

Revendeuse de poisson, Machata Dembélé fait partie des clients de Bakoroba Coulibaly.

Munie d’un sac de couleur noire, elle vient d’acheter 8 kg de tinèni qu’elle va frire pour ensuite les revendre. Elle mène cette activité depuis 4 ans.  Comme Machata Dembélé, nombreuses sont les femmes qui se font des revenus grâce à ce petit commerce. «Aujourd’hui, j’ai acheté le kg à 600 Fcfa. Je ne connais pas d’autres recettes pour préparer le tinèni à part le frire», lance-t-elle, sourire aux levrès.

Pourtant, il existe diverses recettes pour le «tineni» aussi délicieuse les unes que les autres. Mme Diana Kaba Diaby, passionnée de cuisine, présente des recettes sur le très populaire réseau social Tik Tok via lequel elle est suivie par plus de 360.000 abonnés. À 16h ce jour-là, Mme Diaby revient du marché avec le brycinus leuciscus.

Un de mes abonnés a souhaité découvrir d’autres recettes sur le «tineni», dit-elle pour justifier les raisons du choix des recettes du jour. «Aujourd’hui, je vous propose quelques recettes», lance la Tiktokeuse sur sa page. D’entrée de jeu, elle explique qu’il est possible de faire du sandwich au tinèni. «Il suffit juste, révèle-t-elle, d’enlever la tête et les petits intestins. Puis, tu découpes un morceau de gingembre avant de mettre tous les ingrédients entrant dans la préparation d’un sandwich et le râper ensuite».

On peut en faire des boulettes, de la sauce bolognaise pour le mettre sur les spaghettis, des nems et le faire griller. Ce poisson peut être également utilisé dans la sauce à base d’oignon et dans la sauce de couscous, ajoute celle qui dit avoir enregistré plus de «45.000 j’aimes» sur sa page à travers la vidéo et reçu plus de 800 commentaires de remerciements et d’encouragements. Des recettes diverses et variées grâce auxquelles certaines abonnées disent avoir aimé davantage ce poisson, selon elle. 

 

SANS CHOLESTÉROL-Le principal défi reste la conservation, la transformation et surtout sa production durant toute l’année. Le «tineni» commence à apparaître pendant les premières pêches de décrues. «Quand le niveau de l’eau baisse, c’est le premier poisson qui arrive en vague», explique le directeur national adjoint de la pêche. Pour Alhousséyni Sarro, il est pêché par les pêcheurs pour subvenir à leurs premiers besoins de campagne. «Et c’est pêché par des filets spécifiques appelés «tinèni djô», des filets à maille très réduite», souligne-t-il.

Quand c’est en grande quantité, selon le spécialiste, on en extrait l’huile pour la conserver pendant longtemps. Pour lui, son huile est très appréciée par les consommateurs parce que c’est sans cholestérol. Le technicien déplore le fait qu’il n’existe pas spécifiquement d’usine de transformation. Les femmes des grandes zones de production telles que Markala, Macina, Djenné et Mopti produisent de l’huile de «tineni» en grande quantité à l’aide de moyens rudimentaires.

Organisées en coopératives, elles font le broyage du poisson, la cuisson et l’extraction de l’huile qu’elles conditionnent dans des bidons de 20 à 30 litres. Elles sèchent le «tineni» en l’exposant au soleil. Séché, il est utilisé comme «bouillon» dans la sauce, révèle le directeur national adjoint de la pêche. Sa production qui ne dure que quelques semaines, varie entre 600 et 1.800 tonnes par campagne sur l’ensemble du territoire national, selon Alhousséyni Sarro.

Fatoumata M. SIDIBÉ

Rédaction Lessor

Lire aussi : Financement de l’économie : Les ressorts d’une nouvelle dynamique

Du crédit bancaire au marché financier régional, la BCEAO diversifie les mécanismes de mobilisation des ressources. Pour le Mali, l’enjeu est de transformer ces possibilités en investissements productifs, en entreprises plus solides et en emplois durables.

Lire aussi : Agriculture : Lancement des opérations d’égrenage et de commercialisation du coton-graine à fana et Dioïla

La délégation de la CMDT a saisi l’occasion pour échanger avec les acteurs locaux sur les difficultés de production et les perspectives de la filière. La tournée se poursuivra à Bla et à Koutiala.

Lire aussi : Baisse des prix de la viande : Un ouf de soulagement pour les ménages

Selon le nouveau barème communiqué par l’Association des bouchers du Mali, le kilogramme de viande de mouton passe de 5.000 à 4.500 Fcfa, soit une diminution de 500 Fcfa. Celui du bœuf sans os est vendu à 3.750 Fcfa contre 4.000 Fcfa auparavant. La viande de bœuf avec os passe de 3.500 à 3..

Lire aussi : Journée du géologue et du minier : Focus sur la souveraineté minérale du Mali

La 7ᵉ édition de la Journée du Géologue et du Minier, célébrée le 17 octobre 2026 au Mémorial Modibo-Keïta, a mis en lumière le rôle des compétences nationales dans la maîtrise des ressources minérales et le développement économique du Mali.

Lire aussi : Consommer local : Un levier de souveraineté économique et d’intégration régionale

La présente édition sera marquée par des expositions-ventes de produits locaux, des formations à la préparation de mets locaux, des séances de dégustation, des visites d’unités de transformation et des rencontres thématiques.

Lire aussi : Femmes rurales : Les Nyéléni d’hier et d’aujourd’hui

De Dialakoroba à Sikasso, en passant par Mopti, les femmes rurales produisent, transforment et commercialisent, contribuant ainsi à l’économie familiale et au développement du pays.

Les articles de l'auteur

Ténenkou : Une conférence sur le leadership et les violences basées sur le genre

Le Service local du développement social et de l’économie solidaire (SLDSES), en partenariat avec l’ONG IRC, a organisé, dimanche 18 octobre 2026, une conférence-débat sur la vie associative, le leadership et les Violences basées sur le genre (VBG) touchant les personnes vivant avec un handicap..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 21 octobre 2026 à 08:58

Promotion de la santé : L’APPSM démarre ses activités

L’Association pour la prévention et la promotion de la santé au Mali (APPSM) a officiellement lancé ses activités hier au Palais des sports Salamatou Maïga. La cérémonie d’ouverture des travaux était présidée par le représentant du ministère de la Santé et du Développement social, Modibo Diaguina Soumaré en présence de la directrice exécutive de l’APPSM, Aminata Mohamed Maïga et plusieurs invités..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 21 octobre 2026 à 08:40

Journalisme économique : Le RJEM renforce les capacités de 20 journalistes

Réseau des journalistes économiques du Mali (RJEM) a organisé ce mardi 20 octobre 2026 une formation spécialisée destinée à renforcer les capacités de 20 journalistes maliens dans la couverture des questions économiques..

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 20 octobre 2026 à 13:33

Dioïla : Dix morts dans l’effondrement d’un bâtiment en construction

Le procureur de la République près le Tribunal de Dioïla, Sarafily Coulibaly, a ouvert une enquête judiciaire, afin de déterminer les causes de ce drame. Le gouverneur Kéba Sangaré s’est, lui, rendu au chevet des blessés et a présenté les condoléances des plus hautes autorités aux familles endeuillées.

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 20 octobre 2026 à 11:27

Opération Mali Nièdakoura : Le CDM dresse un bilan à mi-chemin

Samedi dernier, le Collectif pour la défense des Militaires (CDM) a tenu une rencontre à la Place CAN pour faire le bilan des trois mois écoulés depuis le lancement de l’Opération Mali Nièdakoura.

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 20 octobre 2026 à 11:25

Droits de l’Homme : LA DNDH, un nouvel outil pour faire entendre la voix du Mali

Depuis sa création en 2023, la Direction nationale des droits de l’Homme (DNDH) s’affirme comme un instrument technique de l’État dans la promotion et la protection des droits humains. Elle contribue également à documenter la situation nationale et à apporter la lecture des autorités face aux rapports controversés et autres sollicitations des mécanismes internationaux des droits de l’Homme.

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 20 octobre 2026 à 11:22

Sénégal : Les ministres rencontrent les communautés de l’AES

En marge de la première session de la réunion ministérielle consacrée au dialogue sur la coopération entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et la Confédération des États du Sahel (AES), tenue à Dakar, le ministre des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher a pris part le dimanche 18 octobre 2026, à une rencontre d’échanges avec les communautés burkinabè, malienne et nigérienne résidant au Sénégal..

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 20 octobre 2026 à 11:05

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner