Modibo Mao Makalou : «Le code minier de 2024 fait bondir les recettes minières de l’État de 547 à 835 milliards de Fcfa»

Le secteur minier malien connait d’importantes réformes à travers un nouveau code qui prévoit un contenu local afin que l’or puisse briller pour tous les Maliens. Le secteur stratégique des mines contribue déjà fortement au budget national. Dans ce décryptage, l’économiste Modibo Mao Makalou aborde les questions relatives à la souveraineté minière, au nouveau code minier, ainsi que les recettes d’exportation et fiscales générées par le secteur minier

Publié mercredi 25 février 2026 à 08:49
Modibo Mao Makalou : «Le code minier de 2024 fait bondir les recettes minières de l’État de 547 à 835 milliards de Fcfa»

L’Essor : Quelle est votre perception de la souveraineté minière ?

Modibo Mao Makalou : La souveraineté minière désigne le principe selon lequel un État possède le contrôle total sur ses ressources minières et peut concéder le droit à un opérateur minier national ou étranger d’exploiter cette ressource minière. La souveraineté sur les ressources minières consiste à assurer une gestion du secteur minier dans l’intérêt supérieur de la nation, notamment par une augmentation de la participation de l’État au capital des sociétés minières. Et cette souveraineté minière s’est illustrée par un audit du secteur minier par l’État, puis l’élaboration de la loi N°2023-040 du 29 aout 2023 sur le Code minier et la loi N°2023-041 du 29 aout 2023 relative au Contenu local dans le secteur minier.

L’Essor : En quoi la souveraineté minière doit-elle être une priorité stratégique pour le Mali ?

Modibo Mao Macalou : Le secteur minier constitue l’un des secteurs stratégiques de notre économie. Il constitue 80% des recettes d’exportation, 25% des recettes fiscales, et environ 10% du Produit intérieur brut (PIB) et contribue significativement au développement du secteur privé et à l’attractivité des investissements directs étrangers.

En effet, à la suite de l’adoption du code minier de 2023, les revenus miniers se composent de dividendes à hauteur de 30% pour les participations, d’une redevance minière sur la valeur de la production se situant entre 5% et 9,5% et des taxes et impôts. Selon les chiffres officiels du ministère des Mines, l’adoption du code minier de 2024 avec sa rétroactivité a déjà fait bondir les recettes minières de l’État de 52,5 % en 2024 qui sont passées de 547 à 835 milliards de Fcfa.

L’Essor : Quelles actions concrètes l’État devrait-il mener pour renforcer la souveraineté minière ?

Modibo Mao Makalou: La loi n°2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier en République du Mali a permis de renforcer les participations de l’État et du secteur privé local à un seuil de 35%. Elle a prévu également la création d’une société de patrimoine en vue de prendre des participations pour son compte, de faire le portage pour les nationaux et de gérer les participations de l’État dans les différentes sociétés minières.

Les projets de texte, adoptés en Conseil des ministres, le vendredi 6 février 2026, ont créé une société anonyme dénommée Société de patrimoine minier du Mali (SOPAMIM). La loi sur le contenu local est également renforcée par le décret n° 2024-0397 du 9 juillet 2024. Ce texte oblige les opérateurs à réserver entre 35 % et 51 % des contrats de sous-traitance à des entreprises maliennes.

Le rachat par l’État à travers la Société de recherche et d’exploitation minière (SOREM-SA) des mines antérieurement exploitées par les multinationales (Yatela et Morila), doit se renforcer. De même que la prise de participation majoritaire dans la Société industrielle (FARATCHI-CO-SA), spécialisée dans la production d’explosifs à usage civil pour les mines d’or, les mines de lithium et les carrières pour limiter les achats d’explosifs à l’étranger sont également à encourager.

L’Essor : Comment voyez-vous l’avenir du secteur minier au Mali dans les cinq prochaines années, voire plus ?

Modibo Mao Makalou: Au Mali, il existe trois types de mines : les mines industrielles, les mines semi-industrielles et les mines artisanales. Les mines industrielles, au nombre d’environ quinze, sont exploitées par de grandes compagnies internationales en collaboration avec l’État. Les mines semi-industrielles sont mécanisées et majoritairement exploitées par des sociétés privées étrangères.


Quant aux mines artisanales, elles sont exploitées par des nationaux qui utilisent des équipements rudimentaires et travailleurs informels. Il y a lieu de renforcer le lien entre l’économie malienne et le secteur minier. Cela, en augmentant la participation des Maliens dans l’exploitation des mines semi-industrielles, en encadrant rigoureusement l’exploitation des mines artisanales et en encourageant l’établissement des comptoirs d’achat de l’or artisanal pour mieux comptabiliser et valoriser l’or artisanal.

Babba COULIBALY

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