#Mali : Des interrogations sur les sources logistiques des groupes terroristes

Avec l’évolution constante de la technologie et de l’amélioration des moyens de déplacement, les terroristes et leurs sponsors ont choisi la moto comme principale logistique de déplacement, qui est plus adaptée à ces zones difficiles d’accès et leur livraison se fait sur un plateau d’or, par les canaux classiques comme si elle ne représente pas le même danger au même titre les armes de guerre.

Publié lundi 11 novembre 2024 à 22:16
#Mali : Des interrogations sur les sources logistiques des groupes terroristes


La logistique, pierre angulaire de toute stratégie militaire, joue un rôle déterminant dans le rapport des forces des conflits. Elle est essentielle pour soutenir les opérations sur le terrain, la gestion des ressources, le transport, la fourniture de matériels et la maintenance des équipements. Le cas du Mali illustre bien ce constat avec le simulacre de l’opération Serval qui, avec un seul avion, a permis de stopper l’avancée des djihadistes.

À se référer aux différentes rébellions au Mali depuis les années 1962 jusqu’aux récentes rebellions, dans le rapport de force évolutive, la logistique a été le facteur qui a beaucoup contribué soit à contenir, soit à encourager la résistance et l’organisation des groupes armés.

La maîtrise de la logistique s’impose comme un facteur de résistance qui distingue les rébellions les plus résilientes de celles qui ne disposent plus de l’autonomie nécessaire pour s’engager dans une guerre contre un État.

Historiquement, il n’y a pas de rébellion sans logistique et nullement pas de résistance. Les pays du Sahel continuent d’être le théâtre de ce conflit actuel importé et sponsorisé. De ce fait, posons-nous cette question : où est-ce les terroristes trouvent leur logistique de guerre ? Au début de leurs activités, les groupes extrémistes ont fait passer toute la contrebande (armes et logistique) par la Libye et d’autres sources vers le Sahel. Chose qui a intensifié et implanté la violence.

Cela a beaucoup contribué à explorer les motos comme principal moyen de déplacement, car elles sont moins chères, moins énergivores, faciles d’entretien et localement disponibles sur le marché.  En somme, pour espérer en découdre avec ces terroristes, il faut régler cette équation combien difficile mais facile. 

Ce sont ces motos de grosses cylindrées pullulant partout, à savoir le cœur de leur logistique, qui doivent forcément être interdites d’importation, de vente et de circulation au même titre que les armes sur l’ensemble des pays du Sahel. Ces motos rendent complexes cette guerre contre le terrorisme, surtout qu’elles sont difficiles de repérage et de destruction de par leur système de camouflage comparé à une BJ. 

Il faut rappeler qu’avant l’avènement des motos, la BJ était la seule logistique, des rébellions précédentes, très chère et très onéreuse, difficile de réparation et d’entretien, difficile de dissimulation, ayant précédé celle de la logistique du terrorisme qui symbolise tout le contraire des BJ. Et même le prix d’une BJ permet de couvrir plus d’une cinquantaine de motos de grosses cylindrées pour autant de terroristes. Connaissant le Sahel, parce qu’ayant été un haut cadre des organisations internationales, je tiens à dire que les terroristes ne tiendront pas dans cette guerre face à nos armées sans moyens logistiques et de surcroît sans cette catégorie de motos.

Le vrai paradoxe dans le cas des pays du Sahel, est que cette logistique est indirectement soutenue, à leur corps défendant,  par nos opérateurs qui importent, dédouanent, vendent et livrent ces motos sur le marché à la portée de tous. Ces motos deviennent visiblement la principale logistique des terroristes qui se les approprient par des réseaux criminels qui passent entre les mailles des filtres de contrôle. Ces motos qui absorbent le chômage dans les pays fabricants et exportées vers les pays du Sahel pour tuer sont devenues de véritables armes de destruction massive pour nos pays et renforcent la logistique des groupes terroristes.

 

309.221 MOTOS IMPORTÉES- Pour déterminer l’ampleur de ce commerce criminel et les itinéraires qu’elles empruntent pour arriver jusqu’au Sahel, les données de réexportation sont plus révélatrices (Selon.Global initiative). En 2021, dernière année pour laquelle les données existent, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont déclaré avoir importé 309.221 motos. Le nombre réel d’importations est certainement beaucoup plus élevé si l’on tient compte des données non déclarées et de l’ampleur probable du commerce illicite et de la porosité des frontières.

Les motos transportées par conteneurs passent toujours par les circuits officiels. Le problème est que toutes les marchandises ne sont pas déclarées. Par exemple, sur 100 motos destinées, seulement 60% environ sont déclarées et impliquent donc des droits de douane. Les motos à destination des pays du Sahel passent généralement par certains pays de la CEDEAO, dans le golfe de Guinée, sans s’être acquittées des droits de douane.

À partir de ces ports, des réseaux de contrebande sont bien mis en place.  Ces réseaux peuvent être classés en deux grandes catégories.  Les trafiquants font généralement passer clandestinement les frontières à plusieurs dizaines de motos à la fois, entrent dans la première catégorie. Les individus ou petits groupes d'individus qui opèrent à plus petite échelle en franchissant les frontières à moto pour exploiter la différence de prix ou la valeur plus élevée des motos due à leur pénurie entrent dans la deuxième catégorie. Quel qu’en soit le circuit, l'affaire des terroristes est claire. 

En plus, il y a plusieurs possibilités de détournement depuis les chaînes d'approvisionnement licites. On assiste à des dynamiques similaires, avec la dissimulation notamment de grandes quantités de motos dans des camions, telles qu’observées au Sahel, pour quelle fin ? Bien que signalé depuis 2018 dans un de mes articles, la décision toute récente d'un pays voisin d'interdire l'importation et de limiter les ventes par personne est salutaire mais insuffisante, en matière de sécurité.

Il n’y a pas de demi-mesure, il faut souvent des décisions extrêmes, la paix et la stabilité en valent un prix après plus d'une décennie de souffrance. La première évaluation des risques au vu du degré de criticité, l’action urgente que les autorités doivent prendre, c'est d'interdire l'importation, la vente et la circulation de ces motos de grosses cylindrées et  passer à leur destruction avec des mesures d'accompagnement. Cette mesure d'interdiction d'importer, de vente et de circulation au Mali et dans les pays du Sahel minimisera ou éliminera sans nul doute les pertes économiques, logistiques et  humaines de nos forces de défense et de nos populations. Sans logistique au Sahel aucun terroriste ne survivra longtemps. 

 

Abdourahamane AK MAÏGA

Ancien Security officer des Nations-Unies

Rédaction Lessor

Lire aussi : Forum de la Diaspora nigérienne 2026 : Le mali partage sa vision d’une diaspora au coeur de la transformation économique

À l’occasion du Forum de la diaspora nigérienne 2026, le ministre des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher, est intervenu au panel de haut niveau consacré au thème : «La diaspora comme acteur clé du développement économique et social des pay.

Lire aussi : Visite de l’ambassadeur de Chine à l’Amap : Pour un partenariat stratégique au service du développement

Li Xiang en immersion a apprécié le rôle que joue l’Agence malienne de presse et de publicité dans le développement des relations entre la Chine et le Mali.

Lire aussi : Santé et sécurité au travail : Les acteurs des filières mangue et maraîchage outillés

L’Organisation internationale du travail (OIT), en collaboration avec le projet An Ka baara, a organisé, hier dans un hôtel de la place, un atelier de sensibilisation et de formation sur la santé et la sécurité au travail dans les filières mangue et maraîchage..

Lire aussi : Agriculture : «Sènè Kunafoni», le numérique au chevet des producteurs

Cette application entend rapprocher les conseils agricoles, les informations climatiques et les données sur les marchés des agriculteurs et des éleveurs, y compris dans les zones à faible connectivité.

Lire aussi : Tribunal Commune VI: Des affaires de viol, assassinat et pédophilie au rôle de la chambre criminelle

Dans le cadre de la mise en œuvre des réformes engagées au sein de la justice malienne, le tribunal de grande instance (TGI) de la Commune VI du District de Bamako a procédé à l'ouverture de la première session ordinaire de sa chambre criminelle. La cérémonie solennelle s'est tenue ce mer.

Lire aussi : Justice : Près d’une centaine de nouveaux magistrats prêtent serment

Selon le représentant du ministère de la justice, c’est le symbole d'une justice rajeunie et dynamique.

Les articles de l'auteur

Forum de la Diaspora nigérienne 2026 : Le mali partage sa vision d’une diaspora au coeur de la transformation économique

À l’occasion du Forum de la diaspora nigérienne 2026, le ministre des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher, est intervenu au panel de haut niveau consacré au thème : «La diaspora comme acteur clé du développement économique et social des pays d’origine »..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 10:18

Visite de l’ambassadeur de Chine à l’Amap : Pour un partenariat stratégique au service du développement

Li Xiang en immersion a apprécié le rôle que joue l’Agence malienne de presse et de publicité dans le développement des relations entre la Chine et le Mali.

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 10:05

Communiqué du conseil des ministres

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 29 juillet 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 08:51

Dr Abdoulaye Konipo, cofondateur de BIOMED Mali S.A : «L’afrique doit construire son propre modèle d’industrialisation pharmaceutique»

À l’issue du Regional Health Investment Forum Mauritania 2026, Dr Abdoulaye Konipo, pharmacien industriel, entrepreneur malien et cofondateur de BIOMED Mali S.A, revient sur les enseignements de cette rencontre consacrée à l’investissement et au commerce pharmaceutique au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI)..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 10:49

Football : Une délégation de la fifa en mission au mali

C’est une étape clé pour la gouvernance du football malien. Une délégation de la Fédération internationale de football association (FIFA) est arrivée à Bamako, le lundi 27 juillet, pour une mission d’induction de cinq jours auprès du nouveau comité exécutif de la Fédération malienne de football (Femafoot)..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 10:38

Stade malien : Sghir Hammadi, nouvel entraîneur

Le Stade Malien de Bamako a un nouvel entraîneur. Il s’appelle Sghir Hammadi qui succède au Camerounais Mauril Mesack Njoya qui n’aura passé qu’une petite saison à Sotuba..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 10:31

Bruxelles : Célébration de la 3è édition de la journée culturelle de l’afrique de l’ouest

La troisième édition de la Journée culturelle de l’Afrique de l’Ouest à Bruxelles organisée par le Groupe des ambassadeurs, débutée, le vendredi 24 juillet 2026 au Centre sportif d’Ixelles par un match de football, s’est poursuivie le samedi 25 juillet dans le Jardin de la Chancellerie de la République de Gambie..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 09:13

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner