Interdiction des scènes françaises aux artistes du Mali, Burkina et Niger: Rokia Traoré monte au créneau

 Il est impossible de changer le passé, mais nous voulons que notre futur en Afrique soit radicalement différent, qu'il s'écarte définitivement de ce que nous avons connu. nous voulons un monde dans lequel il est perceptible que l’Afrique aussi est debout avec un cœur qui bat.

Publié mardi 19 septembre 2023 à 07:24
Interdiction des scènes françaises aux artistes du Mali, Burkina et Niger: Rokia Traoré monte au créneau

Chers confrères et consœurs du secteur artistique et culturel en Afrique, chers dirigeants africains, chers partenaires engagés du secteur culturel en Europe et dans le monde Nous sommes nombreux, au Mali, au Burkina Faso et au Niger à avoir été choqués par la nouvelle des consignes du ministère de la culture français, à savoir, l’arrêt de la programmation et des soutiens aux artistes de ces trois pays du Sahel, plus haut mentionnés.

La démarche sur le plan diplomatique est inintelligible, elle est injuste sur les plans culturel, social et humain à l’égard des artistes, des festivals et des organisations culturelles qui vont en subir l’impact en France et dans ces pays du Sahel. Les raisons qui transparaissent de cette décision me semblent extrêmement mesquines. En tant qu’artiste africaine, malienne, je ne peux qu’être triste pour mes confrères et compatriotes qui ont, malheureusement, besoin de ces ressources de la France.

Cependant, peut être est-ce là l’occasion de faire le bilan afin de pouvoir estimer ce que toutes ces années d’assistanat de la France dans le secteur culturel en Afrique ont réellement apporté en terme de structuration et d’organisation locale de l’industrie culturelle dans ces pays et en termes d’échange et de développement de coopérations culturelles entre ces pays?

Peut-être est-ce là, l’occasion d’attirer l’attention de nos dirigeants actuels, sur les dommages importants dans notre patrimoine immatériel dont pratiquement plus personne n’a réellement pris soin depuis les premières années des indépendances ? Est ce que nos propres dirigeants nous voient comme des peuples sans civilisation?

L'Afrique pour nous-mêmes africains n'aurait de valeur que pour toutes ces resources minières: or, lithium, pétrole, uranium…? Est ce que pour nos propres dirigeants en Afrique il n'y aurait aucune valeur à accorder à toute la philosophie, les principes et les habitudes qui ont permis à des grands rois et grands empereurs sur le continent africain d'accomplir des exploits dans le passé?

Si toutes ces valeurs civilisationnelles comptent, comment les transcrire et les transmettre? Peut être est-ce là, l’occasion de commencer à organiser le chantier important que nous devons entreprendre afin que les arts et la culture d’Afrique puissent exister pour les africains sur le continent ?

Pendant longtemps j’ai pensé que l’existence d’un environnement d’échanges culturels entre la France et ses ex-colonies permettait cet espace où nous construisions, inversement à nos rapports de l’époque coloniale, les bases d’une relation de respect mutuel, et un sentiment partagé d’égalité.

Au fil des années j’ai commencé à douter de mes convictions. Et, en 2019, suite à une expérience personnelle dans laquelle l’État malien a été impliqué en tentant de défendre mes droits et faire appliquer les règles de droit là où un pays européen les a totalement ignorées, j’ai compris que la notion de respect mutuel et d’égalité qui m’avait motivée le long de ma carrière n’était qu’un mirage, un décor, un leurre.

J’étais totalement perdue, face à la réalité d’une procédure judiciaire dans laquelle, peu importe le fait que le droit soit de mon côté, peu importe le niveau de compétence élevé de mes avocats, j’avais juste tort, surtout, d’être africaine, même avec toute la confiance et le soutien de l’État malien que j’avais.  À l’époque, pendant que la démarche du Mali, totalement normale et dans les règles, était décrédibilisée, c’est bien le système de justice du pays européen en question qui violait les règles.…

Ici, il ne s’agit pas de ma personne, mais ce petit résumé a pour but de répondre en avance, à ceux qui vont encore voir en ma position une connivence avec la Russie, ou un soutien intéressé aux militaires qui ont pris le pouvoir dans ces pays du Sahel.

Ce petit résumé de mon histoire personnelle est un rappel et un témoignage, certes succinct, mais suffisamment clair pour expliquer que tout ce que, nous espérons dans ces pays du Sahel est de retrouver le sentiment d’être respectés dans la souveraineté de nos pays,

- pour tout ce que nous donnons aussi ; - pour tous nos efforts pendant des décennies d’indépendance pour être conformes aux demandes et règles de la France, que la France elle-même est la seule à pouvoir changer à sa guise et sans règles

- pour tous nos enfants qui périssent dans la Méditerranée nous voulons le changement afin que leurs morts tragiques ne s’avèrent inutiles; - pour ceux qui parviennent à traverser pour aller supplier, demander de l’aide à genoux en acceptant toutes sortes d’humiliations, nous voulons plus de dignité et d’estime de soi,

- pour nos populations majoritairement jeunes nous voulons pouvoir commencer à avoir nos projets, pensés par nous, nous voulons nos perspectives.

Logiquement, en raison d’avantages sur les plans géographique, géopolitique, sociologique et social, nous aurions pu élaborer tous ces changements avec la France; d’autant que, pendant des siècles nous n’avons eu d’autre choix.

Si aujourd’hui, les peuples dans le Sahel expriment leur volonté d’avancer sans la France en soutenant des coups d’État, ce n’est pas en prenant maladroitement en otage de maigres intérêts d’artistes africains, qu’il serait possible de mener le secteur artistique dans ces pays à se mobiliser contre les pouvoir militaires qui viennent redonner un espoir à des millions de gens désespérés, exaspérés par des méthodes sous le contrôle de la France. Des millions d’êtres humains pour lesquels, face aux difficultés du quotidien, malheureusement, les arts et la culture apparaissent comme un luxe, une pure fantaisie.

Il est vrai que nous souffrons déjà dans les secteurs du tourisme et des arts et de la culture dans nos pays du Sahel du fait que nos pays tiennent les rangs de « zone orange » et « zone rouge» depuis une quinzaine d’années. Il est vrai que, sans pour autant nous permettre de correctement restructurer les secteurs artistique et culturel dans nos pays et trouver des solutions qui contribuent également à l’éducation et la cohésion sociale, la programmation de nos artistes en France, les subventions pour les créations de projets avec des lieux culturels en France, la facilité de procédure de visa Schengen pour la facilitation de la circulation dans d’autres pays d’Europe sont autant d’avantages qui ont permis à une minorité d’artistes du Sahel de travailler depuis plus de dix ans. Mais tout est relatif.

La colère des peuples du Sahel face à un fonctionnement avec la France qui ne leur a pas permis de vivre correctement avec dignité dans leurs pays est réelle. Personnellement, j’espère que les pouvoirs actuels dans nos pays feront bon usage des pensées justes et constructives, pour les arts et la culture, de figures importantes dans l’Histoire d’Afrique telles que nos bien-aimés Thomas SANKARA et Nelson MANDELA, pour ne citer que ces deux leaders respectés du continent, parmi d'autres, qui ont accordé une grande valeur au rôle des arts et de la culture pour l'Afrique. Rokia Traoré, artiste chanteuse, auteure-compositrice-interprète et guitariste malienne

Rédaction Lessor

Lire aussi : Dr Khalifa Sy Diop : Une intelligence au service de l’investissement au Mali

La diaspora malienne prêche par l’exemple sa volonté d’investir au bercail. Le cas de Dr Khalifa Sy Diop est plus parlant. C’est à l’occasion du 70è anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains et du lancement de l’année des écha.

Lire aussi : Candidats à l’émigration : Entre vide familial et espoir d’un futur meilleur

Au Mali, des milliers de foyers vivent au rythme d’une absence choisie : celle d’un fils, d’un mari, d’un frère parti affronter l’inconnu afin d’offrir de meilleures conditions de vie aux siens. Ces migrations injectent de l’espoir sous forme d’argent transféré, de maisons en dur,.

Lire aussi : Bafoulabé : Les autorités visitent le bac submergé




Depuis mardi dernier, le bac servant à la traversée du fleuve à Bafoulabé (Kayes) est submergé..

Lire aussi : Forum du Collectif des investisseurs de l’Afrique de l’Ouest : Fatoumata Niane dite Batouly primée à Dakar

Le Collectif des investisseurs de l’Afrique de l’Ouest (CIAO), a organisé du 13 au 14 février dernier, à Dakar (Sénégal), le «Forum sur les investissements.» Cette organisation regroupe des investisseurs, chefs d’entreprises, banquiers, financiers, cadres d’entreprise, commerçants et.

Lire aussi : Refondation de l'État : Le CINSERE-FNR dresse un bilan d'étape encourageant au Chef du gouvernement

Le Comité indépendant de suivi-évaluation de la mise en œuvre des recommandations des forums nationaux de la refondation (Cinsere-FNR) a présenté mardi dernier à la Primature, son rapport 2024 au Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga et aux membres du gouvernement..

Lire aussi : Projet «Opération Mali nièdakura» : Le CDM reçoit de matériels pour sa mise en œuvre

Dans le cadre de son projet «Opération Mali nièdakura (nouveau visage)», le Collectif pour la défense des militaires (CDM) a reçu des dons de matériels de la part de la promotrice de Koty service, Mme Korotoumou Traoré et de l’opérateur économique El Hadj Fassalouma Keïta dit M’Bemba .

Les articles de l'auteur

Familles fondatrices de Bamako : Le petit-fils le plus âgé de «jamanatigi» s’appelle Samba Niaré

Dans l’article intitulé «Familles fondatrices de Bamako : Titi Niaré intronisé 11è Jamanatigi», une erreur nous a fait dire que le contrôleur général de police à la retraite Mamadou Niaré dit Gari est le petit-fils le plus âgé de Titi Niaré qui a été intronisé, le samedi 7 février à Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 février 2026 à 08:50

Communiqué du conseil des ministres du 07 janvier 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 7 janvier 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOÏTA, Président de la Transition, Chef de l’État..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 08 janvier 2026 à 08:53

ESPGMP : la 7ᵉ promotion sur le marché de l’emploi

L’École supérieure de passation et de gestion des marchés publics (ESPGMP) a procédé ce mardi, à la remise des diplômes de Master aux auditeurs de sa 7è promotion. La promotion a été parrainée par le président de l'Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public, Alassane Ba.

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 07 janvier 2026 à 08:10

«Tourbillon dans un canari» : le nouvel ouvrage de Taki Kanté ElKalil

«Le nouvel ouvrage de l’écrivaine Taki Kanté Elkhalil intitulé: «Tourbillon dans un canari» vient renforcer le patrimoine littéraire. Le livre a été lancé, le samedi 27 décembre 2025, dans la bibliothèque de la Fondation Amadou Toumani Touré pour l’enfance sise à Hamdallaye ACI en Commune IV du District de Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 07 janvier 2026 à 08:09

L’ISFMI : La promotion Harouna Niang versée sur le marché de l’emploi

L’Institut Simon finance et management international (ISFMI) a organisé, jeudi dernier dans un hôtel de la place, une cérémonie de remise de diplômes aux 211 étudiants en Licence et Master de la promotion baptisée Harouna Niang, économiste et ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 29 décembre 2025 à 09:04

Vaccination des enfants indigents : L’Anam s’engage à améliorer le taux national

L’Agence nationale d’assistance médicale (Anam), en collaboration avec le Centre national d’immunisation (CNI), a mis en place un programme d’identification et d’immunisation des enfants dits «zéro dose»..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 29 décembre 2025 à 09:03

Rémunération liée à la performance dans l’administration publique : Le commissariat au développement institutionnel engage la réflexion

Le secrétaire général du ministère de la Refondation de l’État, Ibrahim Simpara, a présidé, la semaine dernière dans un hôtel de la place, la cérémonie d’ouverture de l’atelier sur la rémunération liée à la performance dans l’administration publique..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 29 décembre 2025 à 09:02

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner