Après plusieurs semaines de perturbations, en raison du manque de carburant, les gares routières et places dédiées aux véhicules de transport urbain retrouvent peu à peu leur ambiance habituelle. Depuis le week-end dernier, il est aisé de constater à travers la capitale que les transports urbains et interurbains reprennent leur rythme.
Un soulagement pour les usagers ainsi que les transporteurs et leurs clients qui saluent les efforts des autorités pour résorber cette crise de carburant.Hier, notre équipe de reportage a observé d’importants changements dans une capitale à nouveau animée, contrastant avec les dernières semaines où les citoyens vivaient un véritable calvaire. Il est 6 heures du matin au grand marché de Gouana. À cette heure, les commerçantes grossistes et détaillantes se dirigent déjà vers les quartiers environnants comme Garantibougou ou Sabalibougou.
Après des semaines de crise, les activités semblent reprendre leur cours. Dans un brouhaha habituel, des minibus Sotrama et tricycles (katakatani en bambara) s’alignent comme dans un véritable parking, recréant une concurrence visible pour la clientèle. Une situation bien différente de celle des semaines précédentes où l’on pouvait compter les véhicules du bout des doigts.Chaka, chauffeur de Sotrama, explique qu’il avait réduit ses trajets journaliers de 10 à 5 en raison de la pénurie. Depuis l’application des nouvelles mesures gouvernementales, il dit constater une nette amélioration. «Depuis hier, j’arrive à faire 7 tours entre Sabalibougou et Gouana. J’espère retrouver le rythme habituel d’ici la fin de la semaine», confie-t-il.
Salimata Traoré, commerçante, se réjouit de ce retour progressif des véhicules sur les tronçons. «Pendant la crise, si je ratais le premier Sotrama, je pouvais attendre près de 30 minutes pour avoir un autre. Cela perturbait mon commerce», se souvient-elle, tout comme d’une scène où une vingtaine de personnes ont dû s’entasser dans un seul Sotrama. D’autres s’étaient agrippées au véhicule. «Malgré cela, les prix n’avaient pas augmenté, mais le transport des marchandises était coûteux et compliqué», précise-t-elle.
Aïchata Sissoko, vendeuse de mini-talons et résidente de Kalaban-Kouloubléni, déboursait chaque jour 2.500 Fcfa pour se rendre à sa boutique au Grand marché. Alors qu’avant la crise, ce trajet ne lui coûtait que 1.500 Fcfa. Aujourd’hui, elle observe une amélioration et affirme qu’il lui est désormais plus facile de trouver un taxi à un prix abordable. Lassana Diarra, chauffeur de taxi, évoque, lui aussi, des jours difficiles avec amertume. «Certains chauffeurs ont même arrêté de travailler. Nous pouvions passer deux jours en file d’attente pour obtenir du carburant», témoigne-t-il. Et de saluer les nouvelles mesures, grâce auxquelles il peut désormais s’approvisionner au prix normal, sans être obligé de passer la nuit dans une station-service.
Air Zana est une compagnie dont les bus relient la capitale à plusieurs localités comme Dioïla et Massigui. Avec la crise, la compagnie a revu le nombre de cars en circulation, passant de 6 à 2 par jour (ceux de 9 h et 13 h 30). Mahamadou Camara, responsable de la compagnie, note une amélioration depuis le début de la semaine : «Nous arrivons à avoir du carburant, même si cela demande encore de la patience.» Il regrette toutefois le fait que certains transporteurs urbains maintiennent des prix inabordables, compliquant les déplacements pour les voyageurs. Et à Mari Hamadou Soumaré, responsable de Air Niono à N’Golonina, d’affirmer que l’activité reste réduite : «D’habitude, entre 6 h et 10 h, nous faisions sortir plus de 6 cars.
Actuellement, seuls deux cars circulent par jour.» Selon lui, cette mesure vise à économiser le carburant. Il assure cependant que l’accès au gasoil devient progressivement plus facile et espère une reprise complète dans les prochains jours.
Kassim Coulibaly, responsable d’une compagnie, ajoute que pour s’approvisionner à Koutiala, ils sont obligés d’acheter le gasoil à 1.750 voire 2.000 Fcfa le litre. Or, un bus consomme environ 300 litres pour un aller retour Koutiala-Bamako. «Mais puisqu’il est impossible d’augmenter les prix des billets, nous continuons donc de tourner à perte», se lamente le transporteur.
Ces derniers jours, le gouvernement a fourni d’énormes efforts pour que le carburant soit disponible dans les stations-services de la capitale. À ce propos, le gouvernement et les groupements des pétroliers avaient signé, vendredi dernier, un accord permettant de réduire de 72 heures à 24 heures le délai de passage des citernes d’hydrocarbures au niveau du Bureau des produits pétroliers des Douanes.
Faisant lundi le constat de l’application de cet accord au Bureau des produits pétroliers des Douanes et à l’Office malien des produits pétroliers (Omap), le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, avait déclaré ceci : «Depuis la signature de l’accord, sur 114 citernes rentrées au Bureau des produits pétroliers, 110 sont sorties en moins de 24 heures. Ce qui prouve que le protocole est opérationnel et produit des effets». La visite du ministre a coïncidé avec l’arrivée de 200 citernes supplémentaires à Bamako. Moussa Alassane Diallo a affirmé également qu’un stock global de 900 citernes se trouvaient aux frontières. Il a fait savoir que l’objectif est de mettre fin aux files d’attente dans les stations-services.
Mahawa DEMBÉLÉ
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