L’Essor : Le Mali défie le Sénégal en quart de finale. Comment voyez-vous ce choc ?
Brahim Thiam : C'est une rencontre équilibrée au coup d’envoi où chaque équipe possède virtuellement son point de qualification. Si l'on analyse le parcours du Mali, l'état d'esprit est rassurant, ce qui est essentiel pour exister à ce niveau. En revanche, l'animation offensive et l'efficacité devant le but restent préoccupantes. Côté Sénégal, c'est l'inverse : les certitudes dans le jeu et la qualité de finition sont réelles, portées par un banc très profond. Toutefois, le huitième de finale des Sénégalais face au Soudan a montré des signes de fragilité. Ce sera un match très ouvert où l'état d'esprit, la combativité et les détails défensifs feront la différence.
L’Essor : Pensez-vous que la bataille va se jouer principalement au milieu de terrain ?
Brahim Thiam : Le milieu de terrain est le pont entre les deux rives; pour atteindre ses fins, il faut impérativement maîtriser cette zone. Que ce soit le bloc malien ou l'excellent entrejeu sénégalais, nous allons assister à une bataille totale : technique, physique, tactique et psychologique. L’équipe qui affichera la meilleure complémentarité dans ce secteur central prendra une option sérieuse sur la qualification.
L’Essor : Vous étiez présent lors du derby à la CAN 2004. Quel souvenir gardez-vous de cette intensité ?
Brahim Thiam : Un souvenir de tension extrême. Avant le match, lors de la reconnaissance de la pelouse, El Hadji Diouf faisait son show en provoquant ouvertement les Maliens. J’avais dit à Sammy Traoré qu’il fallait répondre par un impact physique majeur sur le terrain. Finalement, nous avions fait match nul après un combat très équilibré, et l’histoire s’était terminée de façon très fair-play puisque El Hadji Diouf nous a payé un verre le soir même.
L’Essor : Selon vous, quelle est la force principale des Aigles, cuvée 2025 ?
Brahim Thiam : Paradoxalement, leur statut d'outsiders. Personne ne les donne favoris face aux géants du continent. Leur marge de progression offensive est immense, mais cela dépendra des choix tactiques du sélectionneur pour proposer une composition plus équilibrée que lors des premiers matches. Attention toutefois : si le Mali reste aussi friable et se crée aussi peu d'occasions face à un "grand" Sénégal, les ennuis seront terribles.
L’Essor : Les Aigles sont-ils suffisamment armés pour aller chercher le titre le 18 janvier ?
Brahim Thiam : Sur le papier, les sept autres quarts-de-finalistes semblent mieux armés que le Mali, d’autant qu’ils ont tous déjà remporté la CAN au moins une fois. Cependant, tant que l'on est en course, l'espoir est permis. Il faudra batailler dur et s'inspirer de la résilience ivoirienne de l'édition précédente.
L’Essor : Quel regard portez-vous sur les autres affiches de ces quarts ?
Brahim Thiam : Le plateau est exceptionnel, regroupant l'élite du pot 1. Égypte-Côte d'Ivoire est un choc entre le recordman de titres et le champion sortant. Algérie-Nigéria et Maroc-Cameroun sont également des affiches de très haute facture. Sur les huit équipes, il y a six équipes du pot 1 et deux équipes du pot 2. On ne pouvait pas espérer mieux en termes de qualité.
L’Essor : Quelles équipes vous ont le plus impressionné jusqu'ici ?
Brahim Thiam : Le Nigeria impressionne par sa régularité avec quatre victoires en quatre matches. Le Maroc, bien qu'archi-favori, a montré qu'avoir de bons joueurs ne suffit pas si la complémentarité fait défaut, comme on l'a vu contre la Tanzanie. Mon message pour le Mali est simple : il ne faut pas se contenter d'être forts "dos au mur". La résilience c'est bien, mais l'anticipation et la maîtrise collective sont les seules clés pour enfin gagner un trophée.
Interview réalisée par
Ladji M DIABY
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