Ouvert le 22 décembre 2025, le procès dit «Paramount-Embraer» en lien avec l’acquisition des équipements et matériels militaires devant la chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière du Pôle national économique et financier a connu son épilogue, vendredi dernier.
Le tribunal a déclaré les accusés Boubou Cissé (ancien Premier ministre), Tièman Hubert Coulibaly (ancien ministre de la Défense), Mamadou dit Igor Diarra (ancien ministre des Finances) , Babaly Bah (ancien DG de la BMS-SA) et Mamadou Lamine Diakité reconnus coupables des faits «de faux, usage de faux, d’atteinte au denier public». En conséquence, ils ont été condamnés par contumace à 20 ans de réclusion criminelle. De ce fait, le mandat d'arrêt décerné contre eux en octobre 2022 conserve sa force exécutoire, a précisé le tribunal.
Quant aux accusés Tièna Coulibaly (ancien ministre des Finances), Bemba Moussa Keïta, Souleymane Bamba, Moustapha Drabo (tous officiers généraux), Abdoul Wahab Touré et Abou Berthé, ils ont été condamnés à 7 ans de prison. Les autres mis en cause, à savoir Mamadou Nampala Traoré, Nouhoum Dabitao, Bougadaly Bah, Mamourou Togo, Mahamane Touré, Aminata Doho et Mahamadou Koné, ont été déclarés non coupables. Par conséquent, ils ont été acquittés des accusations de complicité de « faux, usage de faux, d’atteinte aux deniers publics et de blanchiment de capitaux».
Par ailleurs, les accusés Boubou Cissé, Tièman Hubert Coulibaly, Mamadou dit Igor Diarra, Tièna Coulibaly, Babaly Bah, Mamadou Lamine Diakité, Bemba Moussa Keïta, Souleymane Bamba, Abdoul Wahab Touré, Moustapha Drabo, Abou Berthé ont été condamnés solidairement à payer la somme de 3,747 milliards de Fcfa (indiqués comme le montant non justifié sur les 11 milliards incriminés) et 2 milliards Fcfa de dommages et intérêts.
À l'annonce du verdict, ce sont des sentiments mitigés qui prédominaient dans le box des accusés. Acquitté des faits qui lui étaient reprochés, Mamourou Togo était heureux de voir son « honneur sauvé» dans une affaire qui aura longuement défrayé la chronique. «C'est naturellement un sentiment de grand honneur.
Après environ 4 ans de procédure, si on est blanchi de tout ce qui nous était reproché, ça ne peut donner qu'un sentiment de satisfaction très profonde », a déclaré celui qui était chef de division approvisionnement et marchés publics à la direction des finances et du matériel du ministère de la Défense au moment des faits. De leur côté, les avocats des condamnés ne décoléraient pas. «Cette décision est un véritable scandale» a fustigé Me Ladji Traoré, avocat d’Abdoul Wahab Touré. Pour Me Djaguina Tounkara, le verdict est incompréhensible. «Durant tout le procès, on a démontré que le dossier est vide et aujourd'hui on se retrouve avec ces condamnations. On n'arrive pas à cerner la rationalité de ces condamnations qui ne reposent sur rien. Le dossier est vide», a-t-il souligné.
Quant à Me Mamadou Bobo Diallo, qui défend Moustapha Drabo, il soutient que lors du procès, personne n'a été convaincu d'un quelconque détournement et que la partie civile a admis que Paramount détient les 3 milliards (manquants) tandis que 8 milliards ont été justifiés par la livraison des équipements sur les 11 milliards incriminés. Pour lui, si ces condamnations ont été prononcées malgré tous ces arguments, il est « inutile » de parler encore de procès. C'est ainsi qu'il lâcha, dans une forme d'impuissance que «le bon Dieu nous regarde».
Après le verdict, les avocats des condamnés ont décidé de faire appel et le dossier pourrait remonter jusqu’au niveau de la Cour suprême en cas de pourvoi en cassation.
Faut-il le rappeler, ce procès, ouvert le 22 décembre 2025, concernait 18 personnalités militaires et civiles. Les charges retenues contre elles portaient, entre autres, sur des faits de faux, usage de faux, atteintes aux biens publics, blanchiment et infractions assimilées. Pour le ministère public, ces infractions avaient été commises dans l'élaboration et l'exécution de deux marchés d'équipements militaires conclus en 2015 entre l'État du Mali et une société sud-africaine (Paramount) et une autre brésilienne (Embraer). Le montant incriminé s’élevait à 11 milliards de Fcfa sur lesquels, 8 milliards de Fcfa ont été justifiés tandis que, a estimé le parquet, 3 milliards de Fcfa ont été «carottés».
Alassane CISSOUMA
Binta KEÏTA
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