Spécial 22 septembre, Ségou : La comatex repart de plus belle

L’État a consenti d’importants moyens financiers pour remettre sur pied ce fleuron de l’industrie textile de notre pays. De quoi donner le sourire à ses 1.256 travailleurs

Publié mercredi 20 septembre 2023 à 18:26
Spécial 22 septembre, Ségou :  La comatex repart de plus belle

Des ouvriers en train de travailler dans les ateliers de la Comatex


Après trois années d'attente et d'incertitude, la Compagnie malienne des textiles (Comatex) a finalement rouvert ses portes. En relançant les activités de l’usine le mardi 13 juin 2023, le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta a concrétisé le rêve des habitants de la Cité des Balanzans et des travailleurs de l’entreprise.

La relance de nos industries est un enjeu crucial pour assurer la prospérité et la souveraineté de notre pays. Le chef de l'État a compris cette problématique en prenant des mesures concrètes. Son action a non seulement permis de sauvegarder des emplois, mais aussi de redynamiser tout un tissu économique local qui en avait bien besoin.


Pour prendre le pool de l’ambiance qui y règne depuis la reprise des activités, notre équipe de reportage s’est rendue dans la matinée du mercredi 22 août à la Compagnie malienne des textiles. Après de nombreuses années de silence, la première chose qui frappe est la vitalité de l’usine. Les ouvriers ont regagné leurs lieux de travail et les sourires sur leurs visages en disent long sur leur satisfaction de retrouver un emploi et de participer à la relance industrielle.



Les ateliers de filature, de tissage et d'ennoblissement ont retrouvé leur éclat d'antan. L’ambiance y est désormais électrique. Le vrombissement des machines et le brouhaha des conversations ont remplacé le silence pesant qui régnait jadis. Une autre caractéristique de cette atmosphère est le mouvement synchronisé des ouvriers (hommes et femmes), occupés à leurs tâches respectives et contribuant à la production de textiles de qualité.


Polygame et père de 7 enfants, Modibo Bouaré, le crâne dégarni travaille au sein de la section bobinage du service filature  depuis 1994. «La fermeture de la Comatex pendant 3 ans a été un coup dur pour tous les travailleurs de l’entreprise qui se sont retrouvés sans revenus. Avec la relance des activités, nous parvenons à subvenir à nos besoins par nous-mêmes», a-t-il dit avec le sourire. Modibo Bouaré  a exprimé sa gratitude et sa reconnaissance au président de la Transition, le colonel Assimi Goïta qui a redonné de l’espoir et des perspectives à de nombreuses familles qui dépendent de cette usine.

Awa Koné, à l’instar de nombreuses femmes, participe à la préparation du tissage. Selon elle, le nom de l'usine est indissociable de l'identité de la ville. «Quand on parle de Ségou, on voit la Comatex. Et lorsque cette usine textile fonctionne, c’est toute la ville qui en tire profit. Nous nous réjouissons de la reprise des activités», a-t-elle témoigné. Le souhait d’Awa Koné est que l’entreprise continue de prospérer, afin qu'elle ne soit, plus jamais, contrainte de mettre la clé sous le paillasson.


PROMOUVOIR LE CONSOMMER LOCAL- Samou Théra du service filature et Modibo Coulibaly mécanicien dans l’usine sont également heureux et soulagés de pouvoir travailler à nouveau dans cette usine et gagner leur pitance à la sueur de leur front.  «Reprendre les activités dans cette usine constitue une véritable bouffée d'oxygène. Nous espérons que les autorités de la Transition continueront à apporter leur soutien précieux à notre usine pour qu’elle aille toujours de l'avant», a déclaré Samou Théra.


Pour l’ingénieur textile et responsable du sous-département d'ennoblissement (blanchissement), Amadou Cissé, des mesures importantes sont à prendre pour assurer le développement durable de l’entreprise. Il s’agit de la promotion du consommer local, de l’augmentation du taux de transformation de notre matière première le coton qui est seulement de 2 %, de la disponibilité des intrants sur place et de la lutte contre la concurrence déloyale. Quant au chef de l’atelier de tissage, Djidji Diarra, il a mis un accent particulier sur la révision des accords d'établissements et des grilles de salaires.


Dans l’ensemble, le directeur général de la Comatex affiche sa satisfaction, sa joie et sa fierté suite à la reprise des activités. Issa Sangaré reconnaît les efforts et les réalisations des autorités et des personnes de bonne volonté qui ont contribué à ce succès.

Les activités, a-t-il précisé, ont bien repris à tous les niveaux de l'usine et les ouvriers des ateliers de filature, de tissage et d'ennoblissement répartis en deux équipes se relaient jour et nuit (de minuit à 8h 30 et de 8h30 à 17h). «Au total, 94 % des travailleurs ont repris le chemin de l’usine sur les 1.256. Nous déplorons des cas de décès, des partants à la retraite et des démissionnaires. C’est ce qui explique la réduction de l’effectif», a-t-il déclaré.


S’exprimant sur la production de l’entreprise, Issa Sangaré dira qu’elle tourne actuellement autour des tissus évènementiels et fils à tisser qui sont fortement demandés par les artisans du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso. On note aussi de la compresse et du coton hydrophile. La production moyenne au niveau de la filature est de 5 tonnes par jour et 20.000 mètres par jour au niveau du tissage. S’agissant du tissu imprimé, elle est encore timide en raison du manque de demandes, a-t-il détaillé.

Pour le directeur général de la Comatex, la reprise de l'usine constitue une avancée importante, mais assurer la pérennité de l'activité représente un défi de taille. Parmi les défis majeurs auxquels l'usine textile a dû faire face lors de sa reprise figure la remise en état des machines. Certaines d’entre elles avaient perdu les programmes informatiques qui leur permettaient de fonctionner. Grâce aux ressources humaines du Centre de recherche et de formation pour les industries légères et textiles (Cerfiltex) le problème a été résolu.


 Ce n’est pas tout, l’encre d’impression qui permet de graver les images sur les cadres rotatifs était périmée à cause du temps d’arrêt prolongé ainsi que les 40 tonnes d’amidon de maïs servant à renforcer la résistance du fil au niveau du tissage. Ces intrants provenaient uniquement de Chine depuis la création de l’usine. Une solution a été trouvée à proximité, permettant à la  Comatex de produire, lors de sa relance, ses premiers tissus avec l’effigie du président Assimi Goïta. Comme perspectives, le patron de la Comatex a évoqué la nécessité de moderniser les équipements de l’usine pour faire face aux pièces de rechange qui sont difficiles à trouver.


Issa Sangaré estime que la production des tissus événementiels peut être saisonnière et limitée à certaines périodes de l'année. Elle ne peut pas faire vivre l’ensemble des travailleurs de l’usine textile, car les charges sont élevées. Il est primordial selon lui d'explorer de nouvelles opportunités de diversification de produits notamment la production de tissus kaki scolaire ou militaire pour assurer la viabilité de l'entreprise et le bien-être des travailleurs. Cela nécessite de l’investissement de l’État. Le directeur général de la Comatex a encouragé les travailleurs à collaborer étroitement pour garantir le succès des activités, mériter la confiance placée en eux et faire prospérer l'entreprise.

Amap-Ségou

Mamadou SY

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