Des ouvriers en train de travailler dans les ateliers de la
Comatex
Après trois années d'attente et d'incertitude, la Compagnie
malienne des textiles (Comatex) a finalement rouvert ses portes. En relançant
les activités de l’usine le mardi 13 juin 2023, le président de la Transition,
le colonel Assimi Goïta a concrétisé le rêve des habitants de la Cité des
Balanzans et des travailleurs de l’entreprise.
La relance de nos industries est
un enjeu crucial pour assurer la prospérité et la souveraineté de notre pays.
Le chef de l'État a compris cette problématique en prenant des mesures concrètes.
Son action a non seulement permis de sauvegarder des emplois, mais aussi de
redynamiser tout un tissu économique local qui en avait bien besoin.
Pour prendre le pool de l’ambiance qui y règne depuis la
reprise des activités, notre équipe de reportage s’est rendue dans la matinée
du mercredi 22 août à la Compagnie malienne des textiles. Après de nombreuses
années de silence, la première chose qui frappe est la vitalité de l’usine. Les
ouvriers ont regagné leurs lieux de travail et les sourires sur leurs visages
en disent long sur leur satisfaction de retrouver un emploi et de participer à
la relance industrielle.
Les ateliers de filature, de tissage et
d'ennoblissement ont retrouvé leur éclat d'antan. L’ambiance y est désormais électrique.
Le vrombissement des machines et le brouhaha des conversations ont remplacé le
silence pesant qui régnait jadis. Une autre caractéristique de cette atmosphère
est le mouvement synchronisé des ouvriers (hommes et femmes), occupés à leurs tâches
respectives et contribuant à la production de textiles de qualité.
Polygame et père de 7 enfants, Modibo Bouaré, le crâne dégarni
travaille au sein de la section bobinage du service filature depuis 1994. «La fermeture de la Comatex
pendant 3 ans a été un coup dur pour tous les travailleurs de l’entreprise qui
se sont retrouvés sans revenus. Avec la relance des activités, nous parvenons à
subvenir à nos besoins par nous-mêmes», a-t-il dit avec le sourire. Modibo
Bouaré a exprimé sa gratitude et sa
reconnaissance au président de la Transition, le colonel Assimi Goïta qui a
redonné de l’espoir et des perspectives à de nombreuses familles qui dépendent
de cette usine.
Awa Koné, à l’instar de nombreuses femmes, participe à la préparation
du tissage. Selon elle, le nom de l'usine est indissociable de l'identité de la
ville. «Quand on parle de Ségou, on voit la Comatex. Et lorsque cette usine
textile fonctionne, c’est toute la ville qui en tire profit. Nous nous réjouissons
de la reprise des activités», a-t-elle témoigné. Le souhait d’Awa Koné est que
l’entreprise continue de prospérer, afin qu'elle ne soit, plus jamais,
contrainte de mettre la clé sous le paillasson.
PROMOUVOIR LE CONSOMMER LOCAL- Samou Théra du service
filature et Modibo Coulibaly mécanicien dans l’usine sont également heureux et
soulagés de pouvoir travailler à nouveau dans cette usine et gagner leur
pitance à la sueur de leur front. «Reprendre
les activités dans cette usine constitue une véritable bouffée d'oxygène. Nous
espérons que les autorités de la Transition continueront à apporter leur
soutien précieux à notre usine pour qu’elle aille toujours de l'avant», a déclaré
Samou Théra.
Pour l’ingénieur textile et responsable du sous-département
d'ennoblissement (blanchissement), Amadou Cissé, des mesures importantes sont à
prendre pour assurer le développement durable de l’entreprise. Il s’agit de la
promotion du consommer local, de l’augmentation du taux de transformation de
notre matière première le coton qui est seulement de 2 %, de la disponibilité
des intrants sur place et de la lutte contre la concurrence déloyale. Quant au
chef de l’atelier de tissage, Djidji Diarra, il a mis un accent particulier sur
la révision des accords d'établissements et des grilles de salaires.
Dans l’ensemble, le directeur général de la Comatex affiche
sa satisfaction, sa joie et sa fierté suite à la reprise des activités. Issa
Sangaré reconnaît les efforts et les réalisations des autorités et des
personnes de bonne volonté qui ont contribué à ce succès.
Les activités, a-t-il
précisé, ont bien repris à tous les niveaux de l'usine et les ouvriers des
ateliers de filature, de tissage et d'ennoblissement répartis en deux équipes
se relaient jour et nuit (de minuit à 8h 30 et de 8h30 à 17h). «Au total, 94 %
des travailleurs ont repris le chemin de l’usine sur les 1.256. Nous déplorons
des cas de décès, des partants à la retraite et des démissionnaires. C’est ce
qui explique la réduction de l’effectif», a-t-il déclaré.
S’exprimant sur la production de l’entreprise, Issa Sangaré
dira qu’elle tourne actuellement autour des tissus évènementiels et fils à
tisser qui sont fortement demandés par les artisans du Mali, de la Guinée et du
Burkina Faso. On note aussi de la compresse et du coton hydrophile. La
production moyenne au niveau de la filature est de 5 tonnes par jour et 20.000
mètres par jour au niveau du tissage. S’agissant du tissu imprimé, elle est
encore timide en raison du manque de demandes, a-t-il détaillé.
Pour le directeur général de la Comatex, la reprise de l'usine constitue une avancée importante, mais assurer la pérennité de l'activité représente un défi de taille. Parmi les défis majeurs auxquels l'usine textile a dû faire face lors de sa reprise figure la remise en état des machines. Certaines d’entre elles avaient perdu les programmes informatiques qui leur permettaient de fonctionner. Grâce aux ressources humaines du Centre de recherche et de formation pour les industries légères et textiles (Cerfiltex) le problème a été résolu.
Ce n’est pas tout, l’encre d’impression
qui permet de graver les images sur les cadres rotatifs était périmée à cause
du temps d’arrêt prolongé ainsi que les 40 tonnes d’amidon de maïs servant à
renforcer la résistance du fil au niveau du tissage. Ces intrants provenaient
uniquement de Chine depuis la création de l’usine. Une solution a été trouvée à
proximité, permettant à la Comatex de
produire, lors de sa relance, ses premiers tissus avec l’effigie du président
Assimi Goïta. Comme perspectives, le patron de la Comatex a évoqué la nécessité
de moderniser les équipements de l’usine pour faire face aux pièces de rechange
qui sont difficiles à trouver.
Issa Sangaré estime que la production des tissus événementiels peut être saisonnière et limitée à certaines périodes de l'année. Elle ne peut pas faire vivre l’ensemble des travailleurs de l’usine textile, car les charges sont élevées. Il est primordial selon lui d'explorer de nouvelles opportunités de diversification de produits notamment la production de tissus kaki scolaire ou militaire pour assurer la viabilité de l'entreprise et le bien-être des travailleurs. Cela nécessite de l’investissement de l’État. Le directeur général de la Comatex a encouragé les travailleurs à collaborer étroitement pour garantir le succès des activités, mériter la confiance placée en eux et faire prospérer l'entreprise.
Amap-Ségou
Mamadou SY
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