Route de Gouana : Sur la latérite, à qui mieux mieux

Pendant la saison des pluies, circuler à Gouana est un véritable calvaire en raison de l’état fortement dégradé de la route qui dessert la zone. Après les averses, certains passages de cette artère vitale pour ce village et ses localités environnantes, se transforment en véritables pièges pour les usagers

Publié mercredi 02 septembre 2026 à 08:30
Route de Gouana : Sur la latérite, à qui mieux mieux

La boue rouge, les eaux stagnantes et les nids-de-poule rendent la circulation particulièrement pénible

 

Situé à environ 15 kilomètres de Bamako, le village de Gouana est implanté sur la rive droite du fleuve Niger, dans la périphérie sud de la capitale. Il est délimité par l’aéroport international Président Modibo Keïta-Senou, les localités de Missala, Garantiguibougou et Kabala.

Dès l’entrée de Gouana, les habitués et les résidents savent à quoi s’en tenir en terme de voie praticable. Pour les nouveaux usagers, en revanche, la découverte peut rapidement tourner au piège. La route, déjà fortement trempée par le passage des pluies, et scotchée par les multiples nids-de-poule et les dégradations, devient particulièrement difficile à pratiquer à mesure que l’on avance. Après les averses, certains passages se transforment en véritables pièges pour les usagers.

C’est notamment le cas de certains endroits à l’entrée de Gouana, entre les principaux points de commerce et au-delà du marché. La boue rouge, les eaux stagnantes et les nids-de-poule rendent la circulation particulièrement pénible et obligent automobilistes et motocyclistes à rouler avec une extrême prudence.

En ce dimanche, au lendemain d’une pluie, nous circulons sur la voie avec beaucoup de peine. Il faut parfois contourner une flaque, rechercher le passage le moins boueux ou éviter un trou suffisamment profond pour se frayer un chemin. Les motocyclistes avancent avec prudence pour éviter les trous et les zones boueuses. Mais, tous ne parviennent pas à éviter les pièges de la chaussée. Un jeune homme, à moto, glisse. Il se relève avec difficulté, puis, sans s’attarder, reprend son chemin avec ses vêtements désormais couverts de boue.

Pendant l’hivernage, emprunter cet axe devient un véritable parcours du combattant pour les populations. Cette voie qui traverse Gouana ne dessert toutefois pas uniquement cette localité. Elle constitue une route essentielle pour plusieurs quartiers et localités environnantes situés en dehors de la zone aéroportuaire, notamment Missala, Missalabougou et Zougoumè. Leurs résidents l’empruntent quotidiennement pour rejoindre leurs lieux de travail, les établissements scolaires, les marchés et les autres services de la capitale.

En saison sèche la voie est marquée par la poussière et de nombreux nids-de-poule. Avec les pluies, elle se détériore davantage. L’eau s’accumule dans les creux, tandis que le banco et les matériaux déposés sur la chaussée se transforment en boue. Pour les usagers, chaque déplacement devient alors une épreuve.

 

PEUR DE SORTIR APRÈS LA PLUIE- Aïssata Cissé, résidente à Missala, dénonce une situation devenue difficile à supporter. « La route de Gouana reste la principale voie d’accès à notre localité. Nous souffrons énormément à cause de son état. Les difficultés existent toute l’année, mais elles deviennent particulièrement pénibles pendant l’hivernage. Mon véhicule tombe régulièrement en panne. J’ai notamment des problèmes de tuyauterie et, à chaque réparation, je dois dépenser entre 2000 et 3000 Fcfa pour faire souder le tuyau. Et comme j’emprunte cette route du lundi au vendredi, je suis obligée de passer au lavage chaque jour. Chaque lavage me coûte 1000 Fcfa. Puisque nous avons construit nos maisons dans cette zone, nous ne pouvons pas simplement les abandonner et aller vivre ailleurs », déplore la fonctionnaire.

Même constat chez Kaya Diallo, un autre usager de la route. « Cela fait plus de dix ans que nous vivons cette situation. Son état actuel complique considérablement notre quotidien. Certains ont apporté du banco pour améliorer la praticabilité de la voie. Malheureusement, cette initiative a davantage aggravé la situation. Avec les précipitations, le banco s’est transformé en une épaisse couche de boue, rendant la circulation extrêmement difficile. Ici des gens glissent à longueur de journée et s’affaissent comme des pastèques sur la voie. On peut imaginer l’inconfort que cette situation provoque avec son lot de frustrations et de railleries. Il faut une solution définitive », estime-t-il. Cette dégradation n’est pas sans conséquence sur les activités économiques des habitants.

Ayouba Sangaré, qui emprunte régulièrement cette route depuis 2016, fait part de sa frustration. « Je suis un habitué de cette route. Je travaille au marché Dibida et j’ai également une boutique à Missala. Nous sommes nombreux à l’emprunter : fonctionnaires de l’État, élèves, étudiants et commerçants. Certains viennent de Missala, mais aussi de Kouralé, Senou, Kabé, Banankoroni, Touréla et Sanankoroba. La situation est devenue intenable. Nous payons des taxes et des impôts, mais dès que les pluies tombent, nous avons peur de sortir pour nous rendre en ville ou aller travailler, tant la route est dégradée », explique-t-il.

Pour les commerçants, les difficultés d’accès ont également des répercussions sur le transport et l’approvisionnement. « Nous aimerions acheter certains équipements et marchandises pour nos commerces, mais les difficultés d’accès à la zone nous découragent. Les transporteurs refusent parfois de s’y rendre ou nous imposent des tarifs élevés. Les produits deviennent alors plus chers. Au final, nous sommes obligés d’augmenter nos prix ou de renoncer à certaines marchandises », poursuit-il.

 

DES EFFORTS COMMUNAUTAIRES À BOUT DE SOUFFLE- Face à la dégradation de la voie, les populations ne sont pas restées les bras croisés. L’association des résidents de Missala-Sapeurs a entrepris plusieurs actions pour améliorer, autant que possible, la circulation sur cette voie. Mais ces initiatives, financées par les habitants eux-mêmes, ressemblent désormais à un travail de Sisyphe. « Nous avons mis la main à la poche pour réaliser certains travaux. Chaque année, nous mobilisons des ressources pour apporter du banco. La mairie de Kalabancoro et le Gouvernorat de Koulikoro sont au courant. Nous avons également fait intervenir la mairie, qui met parfois un engin de terrassement à notre disposition pour damer la terre », explique le président de l’association Abdoul Hamid Maïga.

Selon lui la mobilisation commence à s’essouffler : « Ces dernières années, la population commence à se décourager. Les gens n’en peuvent plus. Cette année, nous voulions encore faire quelque chose, mais nous n’avions plus les moyens. Pourtant, c’est la seule voie qui nous permet d’accéder à nos concessions », a-t-il fait savoir. Avant d’affirmer que les habitants sont informés de l’existence d’un projet de route reliant l’aéroport à la cité de Kabala. « En attendant la réalisation de cette infrastructure, les populations doivent continuer à emprunter la voie actuelle. Nous appelons les bonnes volontés à soutenir les efforts locaux » a-t-il plaidé.

À la mairie de Kalabancoro, les autorités communales sont conscientes de l’état de dégradation de la route de Gouana. Le secrétaire général, Mamoudou Sidibé, a assuré que plusieurs millions de francs CFA ont déjà été dépensés pour l’entretien de cette route. « Depuis quatre ans, nous intervenons régulièrement, mais, en réalité, chaque année, dès que les pluies commencent, la route est de nouveau dégradée. Il ne sert à rien de mettre de la latérite chaque année pour qu’au final la pluie emporte tout. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas entrepris de nouveaux travaux cette année », explique-t-il. Selon lui, la solution ne peut pas se limiter aux interventions ponctuelles. « Il faut du goudron. Une étude sérieuse doit être réalisée afin de mener des travaux consistants et pérennes. Cela nécessite des moyens importants, dont la mairie ne dispose pas », déplore-t-il. Le secrétaire général de la mairie appelle, lui aussi, toutes les bonnes volontés à contribuer à l’amélioration de la situation, dans l’intérêt des populations de Missala, Missalabougou, Kabala et des autres localités directement concernées.

 

UN PROJET DE DÉSENCLAVEMENT EN ATTENTE DE FINANCEMENT- Du côté des services techniques de l’État, une source ayant requis l’anonymat, confirme que les préoccupations liées à l’état défectueux de cette voie sont bien connues des services compétents. La source évoque notamment le projet baptisé « Route du savoir », qui doit relier la route de l’aéroport international Président Modibo Keïta de Senou à la cité de Kabala. Sans pouvoir fournir davantage de détails sur le projet, elle estime que sa réalisation contribuerait à désenclaver considérablement cette zone. Toutefois, sa mise en œuvre se heurte, selon elle, à des contraintes budgétaires. « L’étude technique doit encore être réalisée. Nous sommes à la recherche de financement », indique-t-elle.

Par ailleurs, une source proche du dossier fait état d’une autre difficulté susceptible de retarder la réalisation du projet : l’occupation, par certaines habitations, de l’emprise prévue pour la future « Route du savoir ». Certaines constructions auraient ainsi empiété sur l’espace réservé à l’infrastructure. La libération de cette emprise pourrait donc constituer une étape préalable à la réalisation du projet.

En attendant la réalisation de ce projet routier, les populations de Gouana, Missala, Missalabougou, Kabala et des localités environnantes appellent à une intervention rapide des autorités et des bonnes volontés. Pour ces populations, l’enjeu est simple : pouvoir rejoindre leur domicile, leur lieu de travail, l’école ou le marché dans des conditions optimales. Après des années de colmatages aléatoires, elles attendent désormais une réponse qui résiste à la prochaine pluie. Tous les vœux formulés par les riverains et ceux qui empruntent occasionnellement cette voie vont dans le sens du bitumage de la route d’accès et de traversée des localités concernées.

Aminata Dindi Sissoko

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