Productions agricoles : Le grand gâchis !

Faute de moyens adaptés de conservation, de stockage et de transformation, une partie des récoltes se détériore avant même d’atteindre les consommateurs

Publié le 5 novembre 2026 à 08:37

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Productions agricoles : Le grand gâchis !

Ces scènes de produits avariés sont courantes dans les marchés de la capitale

 

Au marché de Wonida, les tomates ne se vendent pas toujours aussi vite qu’elles mûrissent. Dans les paniers et sur les étals, certaines commencent déjà à ramollir sous l’effet de la chaleur. Pour les commerçantes, chaque heure compte. Il faut écouler la marchandise avant qu’elle ne se détériore davantage, quitte à la brader.

«Nous enregistrons beaucoup de pertes. Faute de moyens de conservation, nous sommes obligés de liquider souvent notre marchandise à perte. Les aléas climatiques n’arrangent rien à la situation», déplore Bintou Fofana, commerçante de tomates au marché de Wonida. Derrière ces cageots qui perdent leur valeur se cachent des mois de travail dans les champs et une richesse agricole qui s’évapore avant même d’atteindre les consommateurs.

Cette réalité commence bien avant l’arrivée des produits sur les marchés. Le soleil n’est pas encore haut dans le ciel que les premières tomates quittent déjà les plants. Dans les champs, les producteurs s’activent pour cueillir les fruits arrivés à maturité. Les paniers se remplissent rapidement. Après plusieurs mois de travail, la récolte semble enfin récompenser leurs efforts. Mais une autre bataille commence : celle de la conservation et de l’écoulement de la production.

Faute de moyens adaptés, les tomates fraîchement cueillies sont entassées dans des paniers, des bassines ou des caisses parfois peu appropriées au transport. Certaines s’écrasent sous le poids des autres. D’autres, déjà trop mûres ou légèrement abîmées pendant la cueillette, se détériorent rapidement.

Au moment du transport, les secousses des véhicules et l’entassement aggravent les dégâts. À l’arrivée, une partie de la marchandise a perdu sa fraîcheur. Les tomates ramollies, fendillées ou pourries attirent moins les commerçants et les consommateurs. Certaines sont bradées à vil prix, tandis que d’autres finissent dans les poubelles ou sont abandonnées sur les étals.

Pour améliorer la rentabilité de son activité, Bintou Fofana plaide pour la mise à disposition de conditions de stockage adaptées. Une manière, selon elle, de mieux préserver les produits et de protéger les revenus des commerçantes.

Le constat est également préoccupant du côté des producteurs.

À Baguinéda, le maraîcher Sory Ibrahim Camara déplore les difficultés de conservation et de transformation qui empêchent les exploitants de valoriser pleinement leur production. « Si ce problème n’est pas résolu, les producteurs ne pourront pas mieux bénéficier de leur travail et cela se répercutera forcément sur les prix. Il faut que nous puissions rentabiliser nos activités malgré les pertes post-récolte», insiste-t-il.

Ces témoignages mettent en évidence une faiblesse importante de la chaîne agricole : les efforts consentis dans les exploitations ne sont pas toujours suivis de conditions permettant de préserver et de commercialiser convenablement les récoltes.

Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement la tomate. La mangue, la banane, la papaye, la pastèque et plusieurs autres produits agricoles subissent le même sort. Fragiles et hautement périssables, ils sont particulièrement exposés lorsque les conditions de récolte, de manutention, de transport et de conservation ne sont pas réunies.

Le problème peut commencer dès la cueillette, lorsque les produits sont récoltés sans précaution ou à un stade de maturité inadapté. Il se poursuit pendant le conditionnement, avec l’utilisation d’emballages inappropriés, puis au cours du transport, souvent marqué par l’entassement et l’exposition à la chaleur.

À cela s’ajoutent l’insuffisance des infrastructures de stockage et les difficultés d’écoulement des récoltes. Pendant les périodes de forte production, les marchés ne parviennent pas toujours à absorber les volumes disponibles. Les invendus s’accumulent alors dans les zones de production.

Pour les céréales également, les mauvaises conditions de séchage et d’entreposage peuvent compromettre la qualité des récoltes. Le mil, le sorgho, le maïs et le riz sont exposés à l’humidité, aux insectes et aux rongeurs lorsque les magasins ne sont pas adaptés. Une conservation défectueuse peut ainsi altérer les denrées et les rendre impropres à la consommation.

 

CONSERVER POUR MOINS GASPILLER- Pourtant, plusieurs précautions permettraient de mieux préserver les productions. La première consiste à améliorer les conditions de récolte et de manutention. Les fruits et légumes doivent être cueillis avec soin, triés et placés dans des contenants adaptés, capables de limiter les chocs et les écrasements. Leur exposition prolongée au soleil doit également être évitée.

Le stockage constitue un autre maillon essentiel. Pour les produits maraîchers, des chambres froides et des espaces de conservation adaptés permettraient de prolonger la durée de vie des récoltes. Pour les céréales, le séchage préalable, l’utilisation de sacs appropriés et l’entretien régulier des magasins sont indispensables.

Les produits doivent être protégés de l’humidité et des nuisibles afin de préserver leur qualité. 
La transformation offre également une possibilité de valoriser les excédents, notamment lorsque les marchés ne peuvent absorber toute la production. La tomate peut être transformée en purée ou en concentré, la mangue en jus, en confiture ou en fruits séchés. Le séchage d’autres fruits et légumes permet aussi de prolonger leur conservation et de les commercialiser au-delà de leur période de récolte. Mais ces solutions nécessitent des équipements, des emballages adaptés et des moyens financiers accessibles aux producteurs et aux petites unités de transformation.

Une meilleure organisation de la commercialisation pourrait aussi faciliter l’écoulement des produits. Le regroupement des récoltes, la recherche de débouchés avant les périodes de forte production et le rapprochement entre producteurs, commerçants et transformateurs permettraient de mieux réguler l’offre sur les marchés.

Au-delà du manque à gagner pour les exploitants, le gaspillage post-récolte représente un coût pour toute la collectivité. Chaque tomate, chaque mangue ou chaque sac de céréales détérioré correspond à de l’eau consommée, des terres mobilisées, des intrants utilisés et de l’énergie dépensée pour produire. Dans un contexte où la sécurité alimentaire demeure un enjeu majeur, ce gâchis est difficilement acceptable.

Ce qui disparaît dans les champs, sur les routes et dans les marchés, ce n’est donc pas seulement de la tomate, de la mangue ou d’autres denrées. Ce sont aussi des mois de labeur, des ressources naturelles et une part de la richesse agricole du pays. La bataille de la production ne peut être considérée comme gagnée tant que celle de la conservation reste perdue. Récolter davantage est nécessaire, mais préserver ce qui est déjà produit l’est tout autant.

Mariam A. TRAORÉ
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