Au moment de l’utilisation, le producteur doit se protéger et éviter tout contact direct avec le produit
Dans sa boutique du Quartier du Fleuve, Seydou Konaré connaît presque par cœur les préoccupations des producteurs qui viennent chercher des produits phytosanitaires. Depuis plus de dix ans, ce vendeur agréé commercialise des intrants agricoles. Il sait aussi que derrière chaque bidon vendu se trouve une responsabilité : celle de permettre au producteur de protéger sa culture sans mettre inutilement sa santé en danger.
Cette année, pourtant, les affaires tournent au ralenti. « Actuellement, tout est morose. La réussite de la campagne dépend en grande partie de la pluviométrie. S’il ne pleut pas comme prévu, cela peut affecter les activités des producteurs et, par conséquent, réduire leurs achats de produits phytosanitaires », regrette-t-il.
La situation contraste avec celle de l’année dernière, où la demande était plus importante. Le marché des pesticides demeure en effet intimement lié au déroulement de la campagne agricole. Lorsque les cultures se développent, les ravageurs et les maladies peuvent apparaître et pousser les producteurs à intervenir. Dans ce contexte, le pesticide devient un allié pour sauver une récolte menacée.
Mais Seydou Konaré refuse de voir dans le produit phytosanitaire une solution automatique à tous les problèmes du champ. Son premier conseil aux clients est de ne jamais acheter un produit à l’aveuglette. « Les producteurs devraient d’abord connaître la cible présente dans leur champ avant d’acheter les produits phytosanitaires, en tenant compte de l’état du champ et de l’évolution des cultures », insiste-t-il.
Pour le vendeur, il faut d’abord identifier le ravageur ou la maladie, puis choisir le produit adapté et se renseigner sur son mode d’utilisation. Une démarche qui permet d’éviter les traitements inutiles, les dépenses superflues et surtout les mauvaises manipulations.
À Kabala, le dilemme des maraîchères- Dans les périmètres maraîchers de Kabala, la question prend une autre dimension. Pour les productrices, les attaques peuvent compromettre plusieurs semaines de travail. Les pesticides constituent alors une arme efficace pour protéger les cultures.
Mme Diarra Coumba Sylla, productrice maraîchère au sein de la Coopérative des femmes maraîchères de Kabala, en témoigne. « Les pesticides permettent de protéger les cultures contre les insectes nuisibles et d’améliorer la productivité. Mais ils coûtent chers et nous ne bénéficions pas toujours de conseils suffisants sur leur utilisation », souligne-t-elle.
Son témoignage révèle le dilemme auquel sont confrontées de nombreuses productrices : comment protéger les légumes sans multiplier les traitements chimiques? À cette préoccupation économique et technique s’ajoute une inquiétude environnementale.
« Il y a des insectes qui sont favorables à la croissance des plantes, mais l’utilisation des produits chimiques peut aussi les tuer. C’est une difficulté pour nous», déplore la maraîchère. La disparition de ces insectes utiles préoccupe les productrices, qui constatent que le produit destiné à éliminer un ravageur peut également toucher d’autres organismes présents dans le champ.
C’est pourquoi, Mme Diarra Coumba Sylla dit accorder désormais davantage d’importance aux solutions biologiques, notamment aux préparations à base de neem. Pour elle, ces alternatives permettent d’envisager autrement la protection des cultures.
La santé au cœur des inquiétudes- Le problème dépasse toutefois les champs et les récoltes. Il touche directement la santé humaine. Lorsqu’un producteur prépare, mélange ou pulvérise un pesticide, il peut être directement exposé au produit. Le risque peut également concerner les personnes présentes à proximité lors de l’application. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les pesticides sont potentiellement toxiques pour l’être humain et que les travailleurs agricoles qui les manipulent comptent parmi les personnes les plus exposées. L’exposition ne se limite pas au moment de la pulvérisation. La conservation des produits, la manipulation des emballages, le nettoyage du matériel ou encore le respect du délai avant récolte participent également à la maîtrise du risque.
Pour Seydou Konaré, cette dimension doit être davantage prise en compte. « Les producteurs doivent se renseigner sur la cible visée, le produit adapté, ainsi que les modalités et précautions d’utilisation », conseille-t-il. Il appelle surtout ses clients à éviter toute manipulation précipitée. Pour lui, un pesticide ne doit jamais être considéré comme un produit ordinaire. Une mauvaise utilisation peut compromettre le traitement, endommager la culture et exposer inutilement l'utilisateur.
Le vendeur insiste également sur un réflexe essentiel : ne pas augmenter les doses dans l'espoir d'obtenir un meilleur résultat. Le respect des indications figurant sur l'étiquette est une règle fondamentale de sécurité. Les recommandations internationales de l’OMS et de la FAO insistent notamment sur la nécessité de réduire l’exposition et de recourir à des équipements de protection adaptés lors de la manipulation et de l’application.
LE PRODUIT CHIMIQUE NE DOIT PAS ÊTRE LE PREMIER RéFLEXE- Sur le terrain, Blandine Sangala, technicienne d’agriculture et de génie rural basée à Kalabancoro, accompagne les femmes de la Coopérative de Kabala dans la réduction de l’utilisation des engrais et pesticides chimiques.
Elle met l’accent sur l’agroécologie et les solutions naturelles. Pour la technicienne, le coût élevé des pesticides n’est pas la seule difficulté. La circulation de produits de qualité douteuse ou contrefaits constitue également une source de préoccupation. Elle encourage donc les productrices à mieux s’informer et à privilégier, lorsque cela est possible, des méthodes alternatives. Parmi les solutions qu’elle propose, figurent des préparations à base de gingembre, de piment, d’ail, d’oignon et d’alcool. Les ingrédients sont préparés, puis dilués avant leur application sur les cultures. Ces traitements naturels sont présentés comme une possibilité pour éloigner certains ravageurs tout en limitant l’impact sur les insectes utiles. Cette démarche rejoint l’approche de la lutte intégrée contre les ravageurs.
Pour Dr Sall Safiatou Sangaré, responsable de l’Unité des ressources génétiques à l’Institut d’économie rurale (IER), les pesticides ne sont pas indispensables dans toutes les situations. Ils peuvent devenir nécessaires lorsque les ravageurs, les maladies ou les adventices atteignent un niveau susceptible d’entraîner des pertes économiques importantes. Mais avant de traiter, il faut observer, identifier et évaluer la situation. Les méthodes préventives, mécaniques et biologiques doivent être privilégiées lorsque cela est possible. La lutte intégrée vise précisément à maintenir le recours aux pesticides à un niveau économiquement justifié, tout en limitant les risques pour la santé humaine et l’environnement. Ainsi, le véritable enjeu n’est pas nécessairement de bannir tous les pesticides. Il est surtout d’éviter leur utilisation systématique et anarchique.
Sept réflexes avant de traiter- Sur le terrain, les recommandations convergent vers quelques gestes simples. D’abord, identifier le ravageur avant tout achat. Ensuite, demander conseil à un vendeur agréé ou à un technicien agricole. Il faut choisir un produit adapté et autorisé pour la culture concernée, lire attentivement l’étiquette et respecter strictement la dose prescrite.
Au moment de l’application, le producteur doit se protéger et éviter tout contact direct avec le produit. Il doit également éviter les traitements à proximité des points d’eau et empêcher la dérive du produit vers les cultures voisines. Après le traitement, le respect du délai avant récolte est essentiel. Les produits phytosanitaires doivent par ailleurs être conservés dans un endroit sûr, loin des enfants, des aliments et de l’eau. Les emballages usagés doivent être gérés correctement et ne doivent pas être abandonnés dans les champs ou dans la nature.
Enfin, lorsqu’une solution non chimique peut régler le problème, elle mérite d’être privilégiée. La FAO et l’OMS recommandent une gestion des pesticides couvrant l’ensemble de leur cycle de vie, de la production jusqu’à l’élimination des déchets. Au fond, le pesticide n’est ni un ennemi absolu, ni une solution miracle. Il reste un outil agricole qui peut sauver une culture lorsqu’il est nécessaire et correctement utilisé. Mais son efficacité ne doit jamais faire oublier sa dangerosité potentielle.
Avant d’ouvrir le pulvérisateur, il faut donc ouvrir les yeux : observer le champ, identifier le problème, demander conseil, choisir le bon produit et respecter la dose et les précautions. Car le meilleur traitement n’est pas celui qui utilise le plus de pesticide, mais celui qui protège efficacement la récolte tout en protégeant celui qui la produit, celui qui la consomme et l’environnement qui la nourrit.
Mariam A. TRAORÉ
Cette opération d’installation concerne une cinquantaine de positions solaires composées de panneaux, de batteries, d’onduleurs et accessoires. Elle vient compléter la série d’installations déjà effectuée dans les grands centres hospitaliers de Bamako et des capitales régionales.
Avec une production de 122.671 tonnes de poissons enregistrée au titre de la campagne 2025 et près de 900.000 hectares de sites aménageables pour la pisciculture, le Mali dispose d’atouts importants pour renforcer sa production de poissons d’eau douce.
Entre les 58,589 millions de litres acheminés en une semaine et l’arrivée de 1107 camions-citernes à Bamako, le Mali consolide progressivement son approvisionnement en carburant, grâce à la mobilisation des acteurs nationaux.
Un convoi de 1 107 camions-citernes est arrivé ce lundi 26 octobre 2026, vers 8 heures dans les parcs de stationnement de Bamako après avoir traversé la nuit sous l'escorte des Forces Armées Maliennes (FAMa)..
Annulation de permis inactifs, renforcement des contrôles et lutte contre l’orpaillage clandestin : le gouvernement entend imposer le respect des règles et faire profiter davantage les Maliens de leurs ressources minières.
Les membres du Conseil national de Transition (CNT) ont approuvé, ce jeudi 22 octobre 2026 au Centre international de conférences de Bamako, le projet de loi relatif à la modification de la loi de finances pour l’exercice 2026. Les travaux de la plénière étaient présidés par le président .