Ils souhaitent tous retourner le plus rapidement possible dans leurs pays respectifs
Le quartier ACI 2000 est bondé de monde. Aux
alentours de l’ambassade du Burkina Faso au Mali, des hommes de tous âges,
quelques femmes et même des enfants occupent les abords des voies. Le plus
jeune n’aurait que 11 ans. Ghanéens, Béninois, Nigériens, Burkinabè et
ressortissants d’autres nationalités se côtoient dans cette foule éprouvée par
un départ précipité. Certains sont assis à même le sol, leurs maigres bagages à
leurs côtés. D’autres attendent un moyen de transport pour poursuivre leur
chemin. La foule s’étend tout au long de la rue menant à la gare communément
appelée «Laguinée Place».
Depuis le week-end dernier, la capitale est
devenue un point de convergence pour ces travailleurs étrangers chassés des
sites d’orpaillage de Guinée. Pour beaucoup, Bamako n’est qu’une étape avant de
retrouver leur pays et leurs familles.
Ce déplacement fait suite aux mesures prises par
les autorités guinéennes pour mettre fin à l’exploitation anarchique de l’or
dans la région administrative de Siguiri. Du jour au lendemain, des
travailleurs venus de plusieurs pays de la sous-région ont dû abandonner leurs
lieux d’activité, souvent sans pouvoir récupérer leurs économies, ni leurs
effets personnels.
Le visage marqué par la fatigue, Khorgo Salif,
ressortissant ivoirien de 25 ans, raconte les conditions de son départ. Avant
de rejoindre la Guinée, il exerçait déjà le métier d’orpailleur en Côte
d’Ivoire. Sur son nouveau site, il travaillait pour un patron qui devait lui
verser un million de Fcfa par an. « Je travaillais pour mon patron qui me
payait un million par an. On mangeait bien et on était bien logés »,
explique-t-il. Arrivé à Bamako dimanche dernier, le jeune homme dit avoir
retrouvé un peu de sérénité après les inquiétudes du voyage. « Nous avons été
bien accueillis au Mali », confie-t-il.
Pour Ami Nankwande, ressortissante burkinabè, le
trajet a été particulièrement éprouvant. Afin de rejoindre le Mali, elle
affirme avoir marché pendant deux jours avant de trouver un bus pour rallier
Bamako. «Ça n’a pas été facile parce qu’on n’a pas eu de nourriture, ni
d’endroit pour dormir», raconte-t-elle. Le témoignage de Simon Boubougou, lui
aussi ressortissant burkinabè, est encore plus poignant. Installé depuis
seulement deux semaines sur un site d’orpaillage à Didi, en Guinée, il a été
contraint de partir avec sa femme et ses frères. Il affirme avoir subi des
violences lors de l’opération de déguerpissement. «On est accusés de semer des
dégâts sur les lieux. Ils nous ont chassés de force. On nous a violentés
physiquement et on nous a jeté des gaz», témoigne-t-il.
Comme lui, Rosalie Pasco garde un souvenir
douloureux de cette fuite. Elle affirme avoir marché pendant cinq jours avant
d’atteindre le territoire malien. Aujourd’hui, son seul souhait est de rentrer
au pays. «On veut juste retourner chez nous parce que cette situation n’est pas
tenable», lance-t-elle.
Pour Silvain Ouédraogo, jeune ressortissant
burkinabè, le départ précipité a également anéanti neuf mois d’efforts. Il
travaillait à Kolena, en Guinée, pour un employeur qui devait lui verser un
million de Fcfa à la fin de l’année. Mais le déguerpissement, intervenu un
vendredi, l’a contraint à quitter les lieux dès le lendemain. Arrivé à Bamako
dimanche, il affirme passer ses nuits dans la rue. Au milieu de ces récits de détresse, Bamako
offre cependant un autre visage : celui de la solidarité. Depuis l’arrivée
des premiers groupes, des habitants se mobilisent pour apporter de la
nourriture, de l’eau et faciliter les déplacements de ces ressortissants
étrangers démunis. Fatasse Konditanbé, qui travaillait depuis plus de deux ans
sur un site d’orpaillage en Guinée, évoque l’ampleur des pertes subies. « Il y
a des gens qui sont morts, nos affaires ont été brûlées, mais le Mali nous a
accueillis», témoigne-t-il.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs initiatives de
soutien sont relayées. Sur le terrain, des conducteurs de motos-taxis et
d’autres transporteurs proposent gratuitement leurs services ou réduisent
considérablement les frais de déplacement. Des particuliers, à bord de leurs
véhicules, ainsi que des conducteurs de tricycles et de camions contribuent
également à leur acheminement.
La mobilisation dépasse toutefois le cadre des
initiatives individuelles. Les autorités maliennes ont également engagé des
actions pour organiser l’accueil et faciliter la prise en charge des
ressortissants concernés. Des camions de l’armée sont mobilisés pour les
regrouper en attendant la suite des démarches. Au Burkina Faso, des
dispositions sont aussi annoncées pour assurer le retour des compatriotes. Le
Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, a exprimé la volonté de son
pays de les rapatrier dans «la dignité et la décence».
Une réunion d’urgence s’est tenue le 3 novembre à Bamako à l’issue de laquelle le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) a informé l’opinion publique des dispositions prises pour assurer un accueil approprié aux arrivants et faciliter leur acheminement vers leurs pays d’origine respectifs. Les autorités ont également invité les populations au calme, à la sérénité et au civisme, tout en les exhortant à collaborer avec les Forces armées et de sécurité.
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