Des jeunes filles dans un champ d’arachide
Aux sons des daba qui frappent la terre et des voix qui s’élèvent dans les champs d’arachide, les vacances scolaires prennent une autre dimension dans le Khasso. Ici, le travail agricole ne se résume pas à une corvée : il devient une fête, un moment de partage et une école de la solidarité. Entre chants, danses et éclats de rire, les jeunes perpétuent la tradition du « Ton Sènô », cette entraide collective qui traverse les générations.
Dès les premières heures de la journée, les champs s’animent. Des groupes de jeunes filles, venues prêter main-forte aux familles, avancent au rythme des gestes répétés et des encouragements. Dans les parcelles d’arachide, culture traditionnellement associée aux femmes, elles désherbent, récoltent et entretiennent les champs avec enthousiasme.
Pendant les vacances, ces jeunes d’une même génération se mobilisent pour soutenir les agriculteurs. Elles se déplacent d’une exploitation à une autre, selon les besoins, et peuvent également travailler dans les champs de particuliers contre rémunération.
Parmi elles, le groupe de Mariam Baldé, composé de neuf jeunes filles scolarisées, de la huitième année au lycée, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Pour ces élèves, les vacances ne sont pas seulement une période de repos. Elles sont aussi une occasion d’apprendre, de contribuer aux activités familiales et de préparer la prochaine rentrée scolaire. « Cela nous permet de rester ensemble et de renforcer nos liens. Avec l’argent que nous gagnons, nous pouvons aussi acheter des habits pour la nouvelle rentrée scolaire », confie Mariam Baldé.
Au-delà du revenu obtenu, ces journées dans les champs créent une véritable complicité entre les jeunes filles. Les discussions, les chants et les moments de détente transforment le travail en une expérience collective où se mêlent apprentissage et plaisir.
Pour Mariam, cette immersion dans les activités agricoles est également une manière de mieux connaître un métier essentiel dans la vie des familles du Khasso. « Cela nous permet également d’apprendre et d’aimer l’agriculture avant notre mariage », explique-t-elle.
UNE DERNIèRE DANSE AVANT LA RENTRéE- Cette transmission des pratiques agricoles revêt aujourd’hui une importance particulière. Face au manque croissant de main-d’œuvre dans les campagnes, beaucoup de producteurs rencontrent des difficultés pour mobiliser suffisamment de travailleurs pendant les périodes de fortes activités.
La jeunesse apporte ainsi une réponse locale à ce défi : les familles bénéficient d’un appui précieux et les jeunes disposent d’une source de revenus pendant les vacances. Dans les champs de Diamou, les scènes actuelles réveillent aussi des souvenirs d’une époque où le « Ton Sènô » rassemblait davantage encore les jeunes des quartiers.
Pour Djénéba Diallo, ménagère, les travaux champêtres étaient autrefois de véritables moments de communion. Filles et garçons formaient un même groupe pour venir en aide aux familles. Les journées étaient accompagnées par les tam-tams, qui donnaient le tempo aux efforts de chacun.
« Les garçons travaillaient dans les champs et les filles chantaient pour les encourager et faire les louanges des plus courageux », se rappelle-t-elle avec nostalgie. Le champ devenait alors un espace de rencontre, de joie et de fraternité. On y travaillait certes, mais on y échangeait aussi des plaisanteries, on y dansait et on y renforçait les liens sociaux. Pour Djénéba Diallo, cette tradition illustre une valeur fondamentale de la société khassonké : l’entraide. Même si les pratiques ont évolué avec le temps, l’esprit du « Ton Sènô » reste vivant à travers les nouvelles générations.
Pour les jeunes filles, ces moments de travail représentent aussi une parenthèse précieuse avant le retour en classe. Après plusieurs semaines passées ensemble dans les champs, elles souhaitent clôturer cette période dans la joie.
Le groupe de Mariam Baldé prévoit ainsi une grande fête le 22 septembre, à la veille de la rentrée scolaire. Une occasion de se retrouver une dernière fois, de célébrer les efforts accomplis et de se dire au revoir avant de reprendre le chemin de l’école. « Nous allons faire une grande fête le 22 septembre pour nous dire au revoir », annonce-t-elle.
Cette célébration viendra couronner une saison marquée par le travail, les chants, les danses et les souvenirs partagés. Car dans les champs d’arachide du Khasso, les jeunes ne cultivent pas seulement la terre. Ils entretiennent aussi une tradition, celle de la solidarité, qui continue de rapprocher les générations.
Abdoulaye Telli BALDE Amap-Diamou
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