Dans son analyse de cette intervention du chef de la
diplomatie malienne, Dr Ahmadou Touré, directeur du Centre de recherche en
gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, décrypte un réquisitoire
implacable contre les ingérences extérieures, une contestation ouverte du
multilatéralisme traditionnel et l’affirmation d’une doctrine d’autonomie
stratégique pour la Confédération des États du Sahel.
Pour Dr
Touré, le chef de la diplomatie malienne s’est présenté à la tribune new-yorkaise
avec une posture résolument affranchie des codes de la diplomatie des
doléances. D’après lui, Abdoulaye Diop a énoncé une doctrine claire que
l’expert qualifie de refus catégoriquement du Sahel d’être réduit à un simple
dossier humanitaire à plaindre, à un théâtre d’instrumentalisation géopolitique
ou à une zone condamnée au silence. Dans son analyse, le directeur du Centre de
recherche met en lumière un réquisitoire sécuritaire d’une rare gravité sur les
ingérences extérieures.
Selon Dr
Touré, le ministre Diop a publiquement posé les bases de ce constat en
rappelant que l’Ukraine, dès 2024, a apporté un soutien avéré à des groupes
terroristes opérant au Sahel, réitérant de surcroît au sommet de l’État ses
interférences en terre africaine. Les attaques coordonnées survenues, les 25
avril et 4 juillet 2026 au Mali, dont la tragique embuscade qui a coûté la vie
au ministre de la Défense et des Anciens combattants, Feu le Général d’armée
Sadio Camara, sont ainsi lues à travers la grille de l’expert comme la
démonstration éclatante de cette menace exogène, Kiev n’étant pour Bamako que
la partie visible d’un iceberg trouble.
Poursuivant
sa lecture géopolitique, Dr Ahmadou Touré relève que cette affaire est
désormais érigée par le Mali en véritable test de solidarité africaine.
L’expert sur les questions de sécurité souligne avec insistance que le discours
cible directement l’inertie et le « silence coupable» de nombreuses capitales
du continent, qui persistent, selon lui à protéger un narratif diplomatique convenu
plutôt que de voler au secours des populations sahéliennes en première ligne.
Au-delà de cette dénonciation, le chercheur met en exergue la rupture frontale actée par le ministre Diop avec les règles du jeu multilatérales traditionnelles, en particulier vis-à-vis des Nations Unies. Face à un droit international miné par les logiques de géométrie variable, les politiques du « deux poids, deux mesures» et la lenteur chronique d’anticipation des crises, l’ONU a été renvoyée à ses contradictions structurelles. Il relie cette position intransigeante à la ligne de conduite adoptée par Bamako depuis le départ de la MINUSMA : le Mali ne choisit pas la politique de la chaise vide, mais conteste vigoureusement un règlement qui nie sa souveraineté.
L’universitaire rappelle à ce titre que cette exigence s’est
matérialisée dès le mois d’août, lorsque les autorités maliennes ont exigé que
l’Alliance des États du Sahel soit pleinement prise en compte dans la revue du
Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et du Sahel (UNOWAS),
refusant que l’organisme onusien demeure calé sur les seules grilles de lecture
de la CEDEAO. Pour le chercheur, l’argument de Bamako est limpide : parler sur
le Sahel sans associer ceux qui y combattent au quotidien revient à perpétuer
une tutelle institutionnelle inacceptable.
Abordant le volet économique et structurel de l’allocution, Dr Ahmadou Touré évoque le nouveau paradigme présenté par le ministre, fondé sur l’autonomie stratégique et la responsabilité souveraine. En réaffirmant que l’aide internationale n’a jamais développé un pays, le Mali pose selon l’expert les bases d’un modèle alternatif axé sur la mobilisation des ressources intérieures, la transformation locale des richesses minières et un investissement massif dans la jeunesse et l’Intelligence artificielle, illustrée par la création récente du Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali sous l’impulsion du Général d’armée Assimi Goïta.
Toutefois, en fin connaisseur des dynamiques
sahéliennes, l’universitaire apporte une nuance de taille : si cette ambition
programmatique est clairement posée comme un contrat politique, le véritable
juge de paix demeurera l’épreuve des faits, c’est-à-dire la capacité concrète
de l’État à sécuriser et tenir l’ensemble du territoire national après les
chocs subis au premier semestre de l’année.
Pour conclure son analyse, Dr Touré dessine trois issues possibles pour l’avenir de la région et de ses partenaires. D’une part, si l’Afrique persiste dans son mutisme face aux interpellations maliennes, la Confédération des États du Sahel n’aura d’autre choix que de consolider unilatéralement ses propres structures. D’autre part, si l’ONU consent à réformer en profondeur le Conseil de sécurité et l’UNOWAS, elle disposera d’une opportunité historique de cesser de traiter le Sahel comme une simple périphérie.
Enfin, si la Confédération sahélienne venait à échouer dans sa double mission de protection et de transformation, aucune tribune internationale n’y changera rien. C’est pourquoi, aux yeux de l’expert, par la voix d’Abdoulaye Diop, «Bamako a déposé un contrat politique d’une clarté absolue» : c’est désormais à l’Afrique de répondre aux impératifs de la solidarité continentale, et à l’ONU de prouver qu’elle n’est pas qu’un simple théâtre où l’on se contente d’écouter, une fois l’an, les peuples qu’elle n’a pas su protéger.
Souleymane SIDIBE
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