Arrachée
à l’affection des siens mardi dernier à l’âge de 66 ans, les obsèques de la 2è
vice-présidente du Conseil national de Transition (CNT), Mme Hatouma Gakou
Djikiné, ont eu lieu, hier sur l’esplanade du Stade du 26 mars. Pour lui rendre
un dernier hommage, les autorités administratives, politiques, traditionnelles,
religieuses de la capitale, les représentants des institutions, les membres du
gouvernement, du CNT ainsi que les proches et collaborateurs de la défunte se
sont mobilisés en grand nombre autour du Président de l’organe législatif, le
Général de corps d’armée Malick Diaw.
Le
porte-parole de la famille de la défunte, son fils Ibrahim Bambi Djikiné, a
rappelé les qualités humaines de sa mère qui a été conseillère, un soutien
exemplaire pour eux. Selon lui, elle était la maman de tout le monde et sa
porte n’a jamais été fermée. Et son engagement pour les droits des personnes
vivant avec le handicap était incontestable.
La
représentante de la Fédération malienne des associations de personnes
handicapées, Mme Zeinabou Guissé, dira que toutes deux filles d’instituteurs,
elle ne pouvait pas imaginer en classe de 10è année au Lycée Notre-Dame du
Niger, qu’elle et la défunte, entamaient ainsi une amitié de 50 ans, une vie
associative et une collaboration de plus de 30 ans. Lesquelles se termineraient
si haut au sein de l’institution chargée d’adopter les lois au Mali, notamment
le CNT.
Pour Zeinabou Guissé, jeunes élèves et
adolescentes, elles étaient différentes, singulières, stigmatisées,
traumatisées et fragiles, souvent marginalisées à cause de leur handicap.
Malgré ces difficultés, elles ne se sont jamais avouées vaincues parce qu’elles
étaient convaincues que leur handicap devrait être transformé en avantage
positif, en écueils à gravir, en difficultés à surmonter, en tremplin pour la
réussite, en lumière pour illuminer les sentiers obscurs des milliers
d’handicapés du Mali, d’Afrique et du monde. C’est pourquoi, à partir de 1991,
elles ont créé et animé avec leurs frères et sœurs handicapés du Mali,
plusieurs associations.
Le 4è
vice-président du CNT, Hamèye Founè Mahalmadane, a indiqué que Mme Djikiné
Hatouma Gakou était une femme de devoir qui justifiait d’une grande expérience
associative et administrative qu’elle a su mettre à la disposition de l’organe
législatif depuis le 03 décembre 2020, jusqu’à cette journée fatidique du 1er
avril 2025. Handicapée
dès l’âge de 11 ans, elle a su transformer son handicap en atout. Et depuis
1982, elle n’avait cessé de s’investir dans la lutte pour les droits des
personnes vivant avec un handicap aux plans national, régional et
international.
Hamèye
Founè Mahalmadane rappellera qu’au plan national, elle a été membre fondateur
de la coopérative Benso et de l’EIHD. Forte de cette expérience enrichissante,
elle a créé l’Association malienne des femmes handicapées en 1994. «Elle a
transformé son propre vécu en une mission universelle, brisant les barrières de
la stigmatisation et prouvant que le handicap n’est pas une faiblesse, mais une
force lorsqu’il est porté avec fierté. Sous sa direction, la Fédération est
devenue une voix puissante, un refuge pour des milliers de Maliens et un
exemple de ce que la volonté peut accomplir», a souligné le 4è vice-président
du CNT.
D’après
Hamèye Founè Mahalmadane, la concrétisation en 2021 du décret d’application de
la loi n° 2018-027 du 12 juin 2018 a été un de ses grands combats. Il dira que
l’application de ce texte a conduit à l’admission de 62 personnes en situation
d'handicap conformément au quota de 15% du nombre total des admis lors du
recrutement dans la Fonction publique. À travers son plaidoyer, 42 personnes
ont également été intégrées à la Fonction publique à titre exceptionnel par le
Président de la Transition.
Dans
sa présentation de condoléances au nom du Chef de l’État, le Grand chancelier
des Ordres nationaux du Mali, le Général Amadou Sagafourou Guèye a soutenu que
Mme Djikiné Hatouma Gakou a fait de son handicap, une source de motivation là
où beaucoup auraient abandonné pour subir la fatalité. De tous les combats de
femme en général et de la femme handicapée surtout, son expérience accumulée et
son leadership avéré l’ont amenée au CNT où elle était jusqu’à son décès, la 2è
vice-présidente, a indiqué le Général Guèye, qui a rappelé qu’à cause de sa
droiture, de son altruisme et de son patriotisme, les autorités lui ont décerné
la médaille d’Officier de l’Ordre national du Mali en 2022.
Après les hommages suivis du son aux morts de la fanfare nationale, le corps a été remis à la famille de la défunte pour la prière mortuaire sur l’esplanade du Stade du 26 mars. Ensuite, elle a été conduite à sa dernière demeure au cimetière de Sirakoro.
Dieudonné DIAMA
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