Les femmes jouent un rôle majeur dans la production agricole
Avant l’aube, elles sont déjà dans les champs. Elles sèment, désherbent, récoltent, transportent et vendent. Dans les villages comme dans les villes, leurs efforts nourrissent les familles et font vivre des milliers de petits marchés. Elles sont les gardiennes d’un savoir-faire agricole transmis de génération en génération. Mais derrière cette contribution essentielle se cache une réalité moins visible : beaucoup d’entre elles travaillent encore sur des terres qu’elles ne sont pas certaines de conserver.
C’est ce paradoxe que dénonce la Fédération nationale des femmes rurales (Fenafer). Pour sa présidente, Mme Niakaté Goundo Kamissoko, le combat des femmes rurales a changé de dimension. « Avant, nous demandions l’accès à la terre. Aujourd’hui, nous demandons des terres sécurisées », explique-t-elle.
Dans les locaux modestes de la Coordination nationale des organisations paysannes (Cnop), où elle reçoit notre équipe de reportage, la responsable revient sur plusieurs années de lutte. Selon elle, donner une parcelle à une femme ne suffit pas si cette dernière ne dispose pas d’une garantie officielle sur cette terre.
«Si une femme reçoit une terre qui n’est pas sécurisée, aucun partenaire ne prendra le risque d’investir pour son aménagement. Et lorsque cette terre commence à produire, quelqu’un peut venir la réclamer. C’est pourquoi, nous insistons sur la sécurisation foncière», souligne Mme Niakaté Goundo Kamissoko.
Cette revendication résume aujourd’hui l’essentiel du combat de la Fenafer. Car derrière la question de la terre se joue celle de l’autonomie économique des femmes, de la réduction de la pauvreté en milieu rural et surtout de la sécurité alimentaire du pays.
Créée en 2004, la Fédération nationale des femmes rurales est née d’une mobilisation venue du terrain. L’histoire commence à Koutiala, lors de la Journée du paysan en 2003. À cette occasion, un groupe de femmes rurales avait réussi à prendre la parole devant l’ancien président, Amadou Toumani Touré pour exposer leurs difficultés, notamment l’accès limité aux ressources foncières.
Leur message était alors clair : les femmes rurales jouent un rôle majeur dans la production agricole, mais elles ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour développer leurs activités. Elles ont besoin d’une organisation capable de défendre leurs intérêts et de porter leur voix auprès des décideurs.
Un an après, la Fenafer voyait le jour avec une mission précise : défendre l’accès des femmes rurales aux revenus, aux équipements, à la formation, aux marchés et surtout à la terre.
UN COMBAT POUR FAIRE RESPECTER LES 15 %- La question foncière reste toutefois le principal défi. La Loi d’orientation agricole, adoptée en 2006, prévoit que 15 % des terres aménagées par l’État soient attribuées aux femmes, aux jeunes et aux personnes vulnérables. Une disposition considérée comme une avancée majeure, mais dont l’application demeure encore un chantier. «Nous reconnaissons les progrès réalisés.
Beaucoup d’efforts ont été faits pour améliorer les conditions des femmes rurales. Mais il reste encore beaucoup à faire», reconnaît la présidente de la Fenafer. Selon elle, l’une des difficultés majeures réside dans le suivi de l’application effective de cette disposition sur l’ensemble du territoire national. «Lorsqu’un aménagement est réalisé à Ségou, Mopti, Kita ou Manantali, normalement les acteurs doivent nous informer avant la répartition pour permettre aux femmes d’avoir leur quota. Mais souvent, nous découvrons les choses après», regrette-t-elle.
Pour changer cette situation, la Fenafer a décidé de renforcer son action de plaidoyer. «Nous ne sommes pas dans la confrontation. Nous privilégions le dialogue et la sensibilisation», précise Mme Niakaté Goundo Kamissoko.
La stratégie consiste à réunir autour d’une même table tous les acteurs qui interviennent dans la gestion des terres : autorités administratives, chefs de village, autorités coutumières, élus locaux, commissions foncières et organisations agricoles.
Leur message est simple : une femme ne demande pas seulement une terre, elle demande une terre qui lui appartient réellement, reconnue par un document officiel.
«Une lettre d’attribution est une sécurité. Elle permet aux partenaires de croire au projet et d’investir dans les activités des femmes », explique la présidente de la Fenafer.
Avec ce document, les bénéficiaires peuvent accéder plus facilement à des appuis pour réaliser des clôtures, installer des forages ou aménager leurs parcelles. Grâce à ses actions de plaidoyer, la Fédération affirme avoir obtenu plus de 40 lettres d’attribution au profit des femmes rurales.
Pour convaincre les communautés et les autorités, la Fenafer rappelle une évidence : soutenir les femmes rurales, c’est renforcer toute l’économie locale. «Quand une femme produit du riz, des oignons, des tomates, de la salade ou pratique l’élevage, les bénéfices ne restent pas entre ses seules mains. C’est toute la famille et toute la communauté qui en profitent», affirme Mme Niakaté Goundo Kamissoko.
Le combat dépasse donc la simple question de propriété foncière. Il touche au développement du monde rural et à la capacité du Mali à assurer son indépendance alimentaire. La Fenafer appelle ainsi les familles à faciliter l’accès des femmes aux terres et demande aux autorités de faire respecter pleinement la règle des 15 %.
Elle souhaite également que chaque attribution de terres aménagées destinée aux groupements féminins soit accompagnée d’un document officiel. Pour ces femmes qui nourrissent le pays, la terre n’est pas seulement un espace de production.
Elle est un outil d’émancipation, une source de revenus et un investissement pour l’avenir. «Les femmes rurales sont au cœur de la sécurité alimentaire. Si nous voulons une véritable souveraineté alimentaire, nous devons leur garantir des terres sécurisées», conclut Mme Niakaté Goundo Kamissoko.
Anne Marie KEITA
Adoptée en 2006 pour donner un nouveau souffle au développement agricole du Mali, cette loi a consacré plusieurs principes majeurs, notamment l’accès équitable aux ressources foncières et la prise en compte des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables dans l’accès aux terres agricol.
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