Salimata Maïga (c), créatrice de mode, dans son stand où elle expose ses créations
Dans les
allées du Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ, les visiteurs passent d’un
stand à un autre, découvrant des produits qui témoignent de la diversité du
savoir-faire malien. Des créations vestimentaires aux produits cosmétiques, des
solutions numériques aux innovations écologiques, chaque espace présente une
initiative, mais aussi une histoire. Derrière les articles exposés, il y a des
heures de travail, des sacrifices et parfois des choix difficiles. À Facej sugu
5, plus de 150 exposants sont venus présenter leurs produits.
Mais en dehors de la vitrine commerciale,
l’événement met en lumière une réalité : de plus en plus de femmes choisissent
l’entrepreneuriat, mais beaucoup doivent encore surmonter d’importants défis
pour transformer leurs idées en entreprises viables. Certaines se lancent par
passion. D’autres par nécessité, après avoir longtemps cherché une opportunité
professionnelle. Toutes partagent cependant une même volonté : créer leur
propre chemin et participer à la création de valeur.
DES
AMBITIONS CONFRONTÉES AUX RÉALITÉS DU TERRAIN- Devant son stand, Salimata Maïga
présente ses créations avec assurance. Entre les visiteurs intéressés par ses
modèles et les échanges sur ses produits, la jeune entrepreneure raconte une
aventure qui a commencé dans l’incertitude. Diplômée, elle a été confrontée aux
difficultés d’insertion professionnelle. Plutôt que d’attendre une opportunité
qui tardait à venir, elle décide de se lancer dans la couture et la mode. « Je
me suis lancée dans l’entrepreneuriat parce qu’après mes études, j’ai eu du mal
à trouver un emploi. Au lieu de rester au chômage, j’ai décidé de me lancer»,
explique-t-elle.
Les débuts n’ont pas été simples. Il a fallu
apprendre, convaincre les premiers clients, faire connaître son travail et
investir progressivement dans son activité. La réussite de sa première
collection a constitué un déclic. «Le succès de ma première collection m’a
beaucoup motivée à aller encore plus loin», confie-t-elle. Aujourd’hui,
Salimata considère l’entrepreneuriat comme une école de patience et de
persévérance. Pour elle, avoir une bonne idée ne suffit pas. Il faut également
savoir la transformer en produit, trouver son marché et construire une relation
de confiance avec les clients.
À travers
Facej sugu, elle voit une occasion de donner davantage de visibilité à son
entreprise, de rencontrer de nouveaux partenaires et de mieux faire connaître
son savoir-faire. Le parcours de Lougeye Gnamoye Maïga est différent, mais son
choix repose également sur une conviction profonde. Dans la parfumerie, elle a
décidé de faire d’une passion ancienne une activité professionnelle. «Ça m’a
toujours attirée. J’ai longtemps admiré ce métier avant de décider de me lancer
définitivement. Je me suis dit que, coûte que coûte, j’y arriverais »,
raconte-t-elle.
Son
expérience montre cependant que l’entrepreneuriat féminin ne dépend pas
seulement de la volonté individuelle. Les réalités sociales peuvent parfois
influencer le parcours des femmes qui souhaitent entreprendre. Lougeye évoque
notamment les difficultés que certaines femmes rencontrent lorsqu’elles doivent
convaincre leur entourage de soutenir leur initiative. «Les femmes mariées
peuvent parfois rencontrer des difficultés liées à l’opposition de leur mari ou
de leur belle-famille», souligne-t-elle. À cela s’ajoute la question des
compétences.
Selon
elle, beaucoup de femmes ont des idées et une réelle motivation, mais elles ont
besoin d’être mieux accompagnées pour structurer leurs activités. «Elles
manquent souvent de formation et d’accompagnement», estime-t-elle. Au fil des
témoignages recueillis à Facej sugu, une difficulté revient régulièrement :
l’accès aux ressources financières. Pour Kadia Touré, le manque de financement
constitue l’un des principaux freins à l’épanouissement des initiatives
féminines. «Ce qui manque réellement aux femmes qui veulent se lancer, c’est le
financement. La plupart rencontrent des difficultés liées aux fonds
nécessaires», affirme-t-elle.
Cette
contrainte touche plusieurs étapes de la vie d’une entreprise. Sans moyens
suffisants, il devient difficile d’acquérir des équipements, d’augmenter la
production, d’améliorer la communication ou encore de répondre à une demande
plus importante. Certaines entrepreneures parviennent à démarrer avec leurs propres
économies ou grâce au soutien de proches, mais le passage à une autre échelle
nécessite souvent un appui extérieur. Pour elles, le financement doit également
être accompagné de conseils et de formations. Car une aide financière, sans
accompagnement, ne garantit pas toujours la réussite d’un projet.
Les
difficultés exprimées par les entrepreneures posent une question essentielle :
comment créer un environnement permettant aux initiatives de devenir de
véritables entreprises créatrices d’emplois ? Face à ces préoccupations, les
pouvoirs publics mettent en avant plusieurs programmes destinés à renforcer
l’écosystème entrepreneurial. Lors de la deuxième journée de Facej sugu 5, la
ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle,
Mme Oumou Sall Seck, a échangé avec les membres du Réseau des femmes
entrepreneures financées par le Facej sugu II.
Elle a
salué leur engagement et leur créativité, tout en rappelant les actions
engagées pour mieux structurer l’accompagnement des entrepreneurs. La ministre
a notamment évoqué la création, pour la première fois au Mali, d’un département
ministériel entièrement dédié à l’entrepreneuriat. Elle a également rappelé
l’adoption de la Stratégie nationale de l’Entrepreneuriat, accompagnée d’un
plan d’actions 2026-2030. Elle a cité également le Projet de Formation
professionnelle, d’insertion et d’appui à l’entrepreneuriat des jeunes ruraux
(FIER II), qui prévoit l’accompagnement de 60.000 jeunes, avec un financement
global annoncé d’environ 60 milliards de Fcfa.
À travers ces initiatives, les autorités affichent leur ambition de
répondre aux besoins exprimés par les porteurs de projets : améliorer les
compétences, faciliter l’accès aux financements et créer des conditions
favorables au développement des entreprises. À Facej sugu, les stands ne
présentent pas uniquement des produits. Ils racontent des histoires de femmes
qui ont décidé de prendre des risques, d’apprendre de leurs difficultés et de
construire progressivement leur avenir.
Salimata,
Lougeye, Kadia et toutes celles qui exposent leurs créations incarnent une
nouvelle dynamique : celle de femmes qui ne veulent plus seulement chercher un
emploi, mais participer elles-mêmes à la création d’activités économiques. Leur
parcours montre toutefois que l’entrepreneuriat féminin ne peut reposer
uniquement sur la détermination individuelle. Les idées existent, les talents
sont présents, mais leur transformation en entreprises solides exige un
environnement favorable, fait de financement, de formation et d’accompagnement.
Dans les allées de Facej sugu, ces femmes ne vendent donc pas seulement des vêtements, des parfums ou des créations artisanales. Elles portent une ambition plus grande : prouver que chaque initiative peut devenir une source de richesse et d’emplois. Hier à la recherche d’une opportunité, elles sont aujourd’hui en train de la créer. Et derrière leurs petites entreprises se dessine peut-être une partie de la réponse aux grands défis économiques du Mali : produire, innover et donner à chacun la possibilité de contribuer au développement.
Mariam A. TRAORÉ
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