Des stagiaires de l’APEJ lors de leur prestation de serment
Dans les rues de Bamako, dans les marchés, les ateliers, les garages ou les exploitations agricoles, une même réalité s’impose : la jeunesse ne manque ni d’énergie, ni d’ambition. Chaque jour, des milliers de jeunes cherchent une activité, développent une petite entreprise ou tentent de valoriser un savoir-faire pour assurer leur avenir. Mais derrière cette volonté de travailler se dresse un obstacle de taille : l’insuffisance des opportunités face à une population active en progression constante. Au Mali, la question de l’emploi des jeunes constitue aujourd’hui l’un des grands défis du développement national. Elle touche à la fois l’économie, la cohésion sociale et la stabilité du pays.
Avec une population, dont une grande partie est jeune, l’enjeu n’est plus seulement de former des diplômés, mais de créer les conditions permettant à cette force démographique de devenir un véritable moteur de croissance. Selon les données disponibles, environ 60 % de la population malienne est âgée de 15 à 40 ans. Chaque année, près de 300.000 jeunes arrivent sur le marché du travail, alors que l’économie peine encore à générer un volume d’emplois correspondant à cette demande croissante.
À l’échelle internationale, la situation interpelle également. D’après les estimations 2025 de la Banque mondiale, 1,2 milliard de jeunes dans les pays émergents atteindront l’âge de travailler au cours de la prochaine décennie, alors que seulement 420 millions d’emplois devraient être créés sur la même période. Cette pression sur le marché du travail représente un défi particulièrement important pour les pays africains où la population jeune connaît une forte croissance.
La problématique malienne ne se résume pas uniquement au nombre de jeunes sans emploi. Elle révèle aussi un profond décalage entre les formations disponibles et les besoins réels de l’économie. Beaucoup de jeunes sortent des écoles et universités avec des compétences qui ne correspondent pas toujours aux profils recherchés par les entreprises. À cela, s’ajoute la forte domination du secteur informel, qui absorbe l’essentiel de la main-d’œuvre.
Selon l’Institut national de la statistique (INSTAT), le taux de chômage officiel était de 3,5 % en 2024. Mais cet indicateur doit être analysé avec prudence. L’institut souligne que ce faible taux ne traduit pas nécessairement une situation de plein emploi, car une grande partie des Maliens occupent des activités précaires ou peu rémunérées dans l’économie informelle. Le Bulletin des indicateurs du marché du travail 2024 de l’INSTAT indique qu’au cours de la période 2021-2022, le nombre de chômeurs était estimé à 173.777 personnes, soit 2,4 % de la main-d’œuvre.
Chez les jeunes âgés de 15 à 35 ans, le taux de chômage atteignait 3,6 %, un niveau supérieur à celui des adultes. Mais au-delà du chômage mesuré, le véritable défi demeure celui de l’emploi décent. Beaucoup de jeunes travaillent dans des conditions fragiles, sans garantie sociale, avec des revenus irréguliers et peu de perspectives d’évolution. Face à cette situation, les autorités ont placé l’emploi au centre des politiques publiques. Plusieurs programmes et stratégies ont été élaborés pour favoriser l’insertion professionnelle, développer les compétences et encourager l’auto-emploi.
L’ETAT ACCOMPAGNE LES PORTEURS DE PROJETS- La formation professionnelle occupe une place centrale dans cette démarche. L’objectif est de renforcer les filières techniques et pratiques afin de permettre aux jeunes d’accéder rapidement à des métiers recherchés : bâtiment, énergie, agriculture moderne, numérique, artisanat, industrie ou services. La multiplication des centres de formation professionnelle apparaît ainsi comme une réponse stratégique. Ces structures doivent permettre de réduire l’écart entre les compétences disponibles et les besoins du marché, tout en donnant aux jeunes des alternatives concrètes aux longues formations générales.
L’autre axe majeur concerne l’entrepreneuriat. À travers l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (APEJ), l’État accompagne les porteurs de projets dans différents secteurs d’activité. L’objectif est de favoriser la création d’entreprises et de permettre aux jeunes de devenir eux-mêmes des créateurs d’emplois. Cependant, l’accès au financement demeure l’un des principaux obstacles. Beaucoup de jeunes disposent d’idées et de projets, mais manquent de moyens pour les concrétiser. Le développement de mécanismes de financement adaptés, accompagnés d’un suivi technique, apparaît donc indispensable pour assurer la réussite des initiatives. L’agriculture constitue également un secteur stratégique. Premier employeur du pays, elle offre encore d’importantes possibilités, à condition d’être modernisée.
La transformation agroalimentaire, la mécanisation, l’accès aux intrants, la formation et l’intégration des nouvelles technologies peuvent faire émerger de nouvelles opportunités pour la jeunesse rurale. Le secteur privé représente aussi un levier incontournable. Pour créer davantage d’emplois durables, il est nécessaire d’améliorer l’environnement des affaires, de faciliter l’investissement et d’encourager les entreprises à recruter et à former les jeunes. L’enjeu est également de développer de nouveaux secteurs porteurs comme les énergies renouvelables, l’économie numérique, la gestion des déchets, les services ou encore les industries locales. Mais le chemin reste long.
Le défi consiste désormais à assurer une meilleure coordination entre les politiques publiques, les besoins des entreprises et les aspirations des jeunes. La création d’emplois ne dépend pas d’une seule action, mais d’une transformation profonde du modèle économique. En misant sur la formation professionnelle, l’accompagnement des initiatives privées, le financement des projets jeunes et le développement des secteurs à fort potentiel, les autorités cherchent à apporter une réponse durable à la question de l’emploi. Le pari est de transformer une jeunesse souvent perçue comme un défi en une véritable force productive capable de porter la croissance et la résilience économique du pays.
Mariam A. TRAORÉ
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