Matiné Coulibaly
L’Essor : Quelles appréciations faites-vous du choix du Mali pour être membre de ce comité ?
Matiné Coulibaly : Le 18 juin 2026, le Mali a été élu avec 11 autres pays par les états-parties pour siéger désormais en qualité de membre dans ce Comité inter-gouvernemental de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Siéger dans cet organe, après l’avoir quitté, il y a 16 ans, c’est un honneur pour notre pays.
En plus, je crois qu’il s’agit d’un succès diplomatique pour qui connaît aujourd’hui la situation géopolitique et surtout les narratifs concernant notre pays. Mais ce succès diplomatique, à mon avis, repose sur un certain nombre de faits. D’abord, il y a, avant tout, la vision politique et les choix stratégiques opérés par les autorités de notre pays pour ce secteur. 2026-2027, année décrétée comme celle de l’éducation et de la culture.
Décréter une année et la dédier à la culture, je crois que c’est l’expression d’une volonté politique forte du Président de la Transition, Chef de l’État le Général d’armée Assimi Goïta. Et surtout son engagement profond en faveur de la promotion de la culture et des valeurs traditionnelles. Le Mali a érigé les autorités traditionnelles et coutumières en acteurs officiellement reconnus pour leur rôle dans la préservation de la paix et de la cohésion sociale. Une journée leur est même consacrée.
Ce sont les valeurs promues par ces légitimités qui sont justement le champ d’action précis de la Convention de 2003. Cette vision du Président de la Transition, Chef de l’État, explique aussi le choix de porter la candidature du Mali à cet organe. Elle s’accompagne également des efforts et des investissements qui ont été consentis en faveur de la promotion du patrimoine culturel du Mali et des industries créatives.
Je peux dire que tous les départements sont mobilisés. Je rappelle que déjà en 2023, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, sous le leadership de son excellence Abdoulaye Diop, avait décidé de mettre au cœur de l’action diplomatique, la promotion du patrimoine culturel malien comme étant un levier, un facteur de développement socio-économique et de paix.
L’Essor : En quoi peut-on attribuer ce succès diplomatique ?
Matiné Coulibaly : D’abord, notre richesse culturelle. Le Mali est apprécié pour être un pays de culture, une nation de culture, une mosaïque culturelle comme dit Amadou Hampaté Bah, l’une des plus grandes voix du patrimoine culturel dont les travaux ont été précurseurs de cette Convention de 2003. C’était fondamental pour cette campagne-là. Comme je l’ai évoqué précédemment, il y a évidemment la vision et les choix stratégiques opérées.
Au niveau opérationnel, je pense d’abord au ministère des Affaires étrangères où l’ensemble de nos services au Département central et les Missions diplomatiques et consulaires qui ont été mobilisés dans une campagne diplomatique soutenue pendant des mois, en appui au travail de terrain de la Délégation permanente du Mali auprès de l’UNESCO. Aussi, les Départements sectoriels partenaires de l’UNESCO ont travaillé au quotidien pour que cette candidature puisse être un succès pour le Mali. Je veux parler des ministères chargés de la Culture, de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur qui sont des partenaires de l’UNESCO.
Nous ne pouvons pas ignorer l’apport de nos partenaires bilatéraux. Ceux-là qui ont décidé de faire confiance au Mali. Ceux-là qui ont voté pour le Mali, qui ont porté leur choix sur le Mali. Et ce succès, en réalité, atteste, de l’excellence des relations de coopération bilatérale que nous entretenons avec ces partenaires bilatéraux. À ce sujet, je dois saluer la République sœur du Bénin. En effet, à quelques jours seulement de ce scrutin, les plus hautes autorités de ce pays, frère, ont décidé de retirer leur candidature pour cette élection, juste pour appuyer celle du Mali. C’est un geste fort de fraternité, un geste fort de solidarité et d’amitié qu’il faut saluer. Et c’est ce retrait qui a permis au groupe africain, au niveau de l’UNESCO, d’avoir une liste harmonisée. Donc, à mon avis, ce sont ces facteurs combinés qui ont fait que le Mali, aujourd’hui, a engrangé ce succès diplomatique.
L’Essor : Quelle est la portée diplomatique de cette élection ?
Matiné Coulibaly : Le Mali est appelé désormais à siéger dans cet organe de décision, un organe supérieur chargé de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. C’est l’opportunité pour notre pays de renforcer son rôle, son image d’acteur de diplomatie culturelle. Le fait d’être élu aussi à ce poste, de siéger dans cet organe, donne des pouvoirs. Par exemple, le Mali, désormais, a son mot à dire pour l’inscription sur les listes du patrimoine immatériel (notamment la Liste représentative et la Liste de sauvegarde d’urgence). En plus de cela, pour tout ce qui concerne la mobilisation de l’assistance internationale, qui est le mécanisme de financement du Comité, le Mali participera à la prise de décision.
Parce qu’il est aussi membre de ce Comité, le Mali peut abriter, accueillir des réunions du Comité intergouvernemental de l’UNESCO. Pour la visibilité de nos actions et de nos politiques, c’est extrêmement important. Le Mali peut porter des dossiers d’autres états africains. En plus de tout cela, et compte tenu de la situation géopolitique particulier, le Mali, le Burkina Faso et le Niger peuvent consolider leur partenariat stratégique à travers cette institution multilatérale, afin de porter la voix de la Confédération des États du Sahel (AES) et nos narratifs sur les différentes questions.
Par ailleurs, le Mali a déjà inscrit six éléments sur la Liste représentative et nous sommes dans le processus d’inscription de deux nouveaux éléments dont le Bogolan. Aujourd’hui, être membre de ce Comité nous donne l’opportunité de suivre cette inscription et même la finaliser.
L’Essor : Sous quel signe le Mali place son mandat 2026- 2030 ?
Matiné Coulibaly : Le Mali doit siéger pour les quatre prochaines années. Et le patrimoine culturel immatériel représente notre identité, notre mémoire collective que nous avons reçue. Nous avons l’obligation de le transmettre aux générations futures. Donc, le Mali place son mandat sous le signe de la transmission.
C’est tout le sens même de la Convention et toute la dynamique dans laquelle s’inscrit l’action du Comité. Nous vivons dans un monde de plus en plus virtuel où les choses peuvent s’accélérer à tout moment. Nous sommes aussi dans un monde qui n’est pas très tolérant, avec de nouvelles tendances, de nouvelles valeurs et pratiques qui se veulent souvent exclusives. Il nous appartient, à travers une coopération renforcée, de protéger ces valeurs qui portent en elles la fierté et la dignité. Je pense que c’est sous ces signes-là que le Mali place son mandat pour les quatre prochaines années.
Interview réalisée par
Namory KOUYATE
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