Le taux directeur reste fixé à 3%
Le mouvement est discret, mais suffisamment net pour retenir l’attention. Après plusieurs mois de quasi-stabilité des prix, l’inflation reprend progressivement de la vigueur dans l’espace Uemoa. De -0,2 % au premier trimestre 2026, elle est passée à 0,4 % au deuxième trimestre, avant de grimper à 1,2 % en juillet, puis à 1,7 % en août. Une remontée qui intervient alors que les économies de l’Union restent exposées aux secousses de la conjoncture internationale.
C’est dans ce contexte que le Comité de politique monétaire (CPM) de la Bceao, réunit à Dakar, mercredi dernier, pour sa troisième session ordinaire de l’année, a rendu son verdict. Pas de changement de cap. Le principal taux directeur reste fixé à 3,00 %, le taux du guichet de prêt marginal à 5,00 % et le coefficient des réserves obligatoires à 3,00 %.
Le CPM préfère donc temporiser. Une position qui se comprend au regard d’une inflation encore contenue en moyenne annuelle, mais dont la trajectoire récente mérite une surveillance étroite. Pour 2026, la Bceao table sur un taux d’inflation moyen de 1,0 %, contre 0,0 % en 2025. Mais cette prévision pourrait être mise à rude épreuve si les tensions internationales venaient à se prolonger.
Car le choc extérieur commence déjà à se faire sentir dans le quotidien économique de l’Union. La hausse des prix du transport, du logement et de plusieurs denrées alimentaires, notamment la viande, le poisson et les légumes, alimente la progression générale des prix. À cela, s’ajoute le relèvement des prix des carburants dans sept des huit États membres.
Le carburant reste un maillon particulièrement sensible. Son prix agit sur le transport, mais aussi sur le coût d’acheminement des marchandises et, par ricochet, sur celui des produits proposés aux consommateurs. Dans des économies fortement dépendantes des échanges et du transport routier, toute tension sur les produits pétroliers peut rapidement se répercuter sur l’ensemble du circuit économique.
La situation internationale n’offre d’ailleurs guère de répit. Les tensions persistantes au Moyen-Orient continuent de perturber les chaînes d’approvisionnement, particulièrement dans le secteur énergétique. Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi abaissé sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 3,0 %, contre 3,1 % dans ses projections d’avril. L’inflation mondiale devrait, elle, atteindre 4,7 %, après 4,1 % en 2025.
Malgré cette succession de vents contraires, l’économie de l’Union tient bon. La croissance est estimée à 6,0 % au deuxième trimestre 2026, après 6,1 % au trimestre précédent, et devrait atteindre 6,1 % sur l’ensemble de l’année. Les performances des différents secteurs continuent ainsi de soutenir l’activité.
Le financement de l’économie reste également bien orienté. À fin juin 2026, les crédits bancaires accordés au secteur privé ont progressé de 6,6 %, contre 6,0 % à fin mars. Cette évolution intervient après la baisse de 25 points de base des taux directeurs décidée en mars dernier et entrée en vigueur le 16 mars.
La liquidité bancaire confortable a contribué à l’assouplissement des conditions sur le marché monétaire au deuxième trimestre. La Bceao dispose donc encore d’un environnement favorable pour accompagner l’activité, sans perdre de vue son objectif premier : préserver la stabilité des prix.
La position extérieure de l’Union s’est également renforcée au deuxième trimestre, soutenue par la progression de la valeur des exportations d’or, de coton, de cacao et de produits pétroliers. Mais cette embellie demeure exposée à l’évolution des tensions géopolitiques et à une possible dégradation des termes de l’échange.
Les finances publiques constituent une autre source de vigilance. Le déficit budgétaire global des États membres a atteint 3,4 % du PIB au premier semestre 2026, contre 3,2 % un an plus tôt. Pour l’ensemble de l’année, les prévisions ont été revues à la hausse, notamment en raison des mesures prises par certains États pour amortir les conséquences de la crise sur les populations.
Pour la BCEAO, l’heure n’est donc ni à l’alarme ni au relâchement. Le maintien des taux directeurs traduit un choix d’équilibre : soutenir une croissance qui demeure robuste tout en surveillant étroitement une inflation qui commence à reprendre de la hauteur.
Le CPM l’a clairement indiqué : il continuera de suivre attentivement l’évolution des prix et des conditions monétaires et se tient prêt à agir si la situation l’exige.
Pour l’instant, la Bceao garde donc ses taux inchangés. Mais avec une inflation passée de 0,4 % à 1,7 % en quelques mois, la prochaine bataille se jouera autant dans les salles de décision de la Banque centrale que dans le quotidien des ménages, où chaque variation des prix est immédiatement ressentie.
Mariam A. TRAORÉ
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