Le secrétaire général Ibrahim Djikiné sur l'un des lieux de compostage
Il est environ 15 heures ce
jour au Badialian 1, en Commune III. Le soleil ne distille plus ses rayons
lumineux. Quatre messieurs jouent tranquillement à la belote dans un coin de la
rue. Ils sont contactés par le dynamique secrétaire général de l’Association
des jeunes pour le développement du Badialan I (AJDB1), Ibrahim Djikiné, et
deux de ses camarades, en pleine opération de collecte de fonds. L’un d’entre
eux tient une pancarte sur laquelle est affichée une prise de vue aérienne d’un
grand jardin.
Un autre porte une tirelire avec l’inscription : «opération
500F». L’un des joueurs de belote, Abdoulaye Konaté, la soixantaine, apporte
1.000 Fcfa et se réjouit de voir les jeunes s’intéresser à la gestion de leur
environnement. Sa générosité fait des émules chez ses partenaires de jeu.
Les jeunes de l’Association
continuent ensuite le porte à porte pour collecter des fonds en vue d’aménager
un espace vert. Les habitants apprécient
leur entregent dans l’amélioration du cadre de vie et leur détermination à
embellir le quartier. Cap sur la famille Coulibaly où, la vieille Rokia donne
sa contribution et encourage l’initiative. Elle rappelle la nécessité de vivre
dans un environnement sain comme par le passé et disposer d’un espace de
loisirs pour les jeunes.
Dans une autre concession,
Abdoul, un gosse de 6 ans, propose une pièce de 100 Fcfa en guise de
contribution pour la bonne cause, après les 500Fcfa de sa grand-mère. Celle-ci
aussi apprécie cette collecte de fonds en vue de faire des réalisations.
Les jeunes de l’AJDBI séduisent
par leur esprit d’initiative depuis 2012. Ils tentent de convaincre les plus
sceptiques comme Bakary Nimaga, gérant d’une boutique d’électronique qui n’a
pas de scrupule à émettre des réserves sur la bonne utilisation des fonds qui
seront collectés.
Il pense à une arnaque sans le dire ouvertement. Sur ces
entrefaites, Djikiné exhibe un document signé du chef de quartier, Modibo Djiré,
qui apporte sa caution morale à l’opération. Cette autorité légitime explique son désir d’apporter une
gouvernance vertueuse dans la gestion des affaires du quartier.
Autrement dit
d’instaurer un modèle de gestion participative avec des rencontres périodiques
entre la chefferie traditionnelle, y compris ses conseillers, et les représentants
des différentes organisations du quartier pour discuter des préoccupations. «Il
est de notre devoir d’accompagner les bonnes
initiatives», affirme-t-il.
Aujourd’hui, l’assainissement
du quartier est une priorité. Depuis
2015, le chef de quartier a proposé aux jeunes de participer au curage des
caniveaux pour éviter d’éventuelles inondations en période d’hivernage. Cet
appel a été entendu et les jeunes ont assaini les caniveaux, mais sont confrontés
à des difficultés d’évacuation de ces ordures. Normalement, c’est la mairie qui
doit acheminer les déchets vers un dépôt de transit. Tout était resté en l’état jusqu’à ce que les
jeunes prennent eux-mêmes l’initiative de s’en débarrasser avec des charrettes à
traction animale. Ils en appellent à l’aide de tous pour débarrasser le
quartier de ces ordures.
Les plus de 3,09 millions
Fcfa apportés par les autorités traditionnelles en plus des cotisations sont
insuffisants pou achever complètement
l’espace dont le cout est estimé à peu plu de 15.47 millions de Fcfa,
d’où la nécessité de trouver le gap. Les jeunes ont alors soumis des dossiers
de quête de financement à certaines institutions de la République, aux ambassades
et ONG.
C’est dans ce cadre qu’ils ont bénéficié d’un peu plus de 7, 10
millions de Fcfa des Projets innovants, société civile et de la coalition
d’acteurs (PISCAA 2020). Il faut ajouter le premier prix de l’émission de télé-réalité
intitulée «Instant Thé», d’une valeur de 5 millions de Fcfa remporté par le
grin Benkadi .
Les réalisations-
Aujourd’hui, le Badialan I a fière allure avec des rues bitumées, propres et
larges, mais aussi des arbres plantés le long des rues et soigneusement
entretenus. Ces jeunes dévoués pour la cause du quartier ont déjà réalisé un
jardin maraîcher, une pépinière et lancé un programme de formation
professionnelle qui vise à initier une dizaine de femmes aux techniques
modernes de production de légumes. Ces réalisations parlent pour eux et
encouragent les habitants à mettre la main à la poche.
Il existe un espace vert, pas
encore ouvert au grand public. Une grosse chaîne métallique bloquée par un
cadenas, ferme le portail d’accès. Amadou Sanago, la trentaine, est membre du
comité de gestion de l’espace vert. Il explique que ce joyau représente une
fierté pour le quartier.
Une fontaine est implantée
dans la cour et des bancs en ciment sont disposés sous des arbres et dans les
allées dallées. Les jeunes expliquent avoir entrepris des démarches auprès des
opérateurs téléphoniques pour un accès libre à l’Internet et l’établissement
d’une bibliothèque numérique (un coin médiathèque). Il est aussi prévu
l’installation de panneaux solaires pour assurer l’alimentation en électricité,
la construction d’un hangar de 15m de long sur 7m de large avec 3 kiosques dont
un bureau, un magasin et un fast-food, des toilettes.
La pépinière avec quelques
pots de fleur et des arbres bien taillés sont aussi une réalité. Pour
l’instant, il n’y a pas encore beaucoup de plantes, mais l’espace sert de lieu
de sport ou de lecture aux jeunes.
Enfin, il y a un jardin maraîcher
essentiellement exploité par les femmes du Badialan I. Ici, on produit des
papayes, aubergines, piments, gombos, en somme tous les légumes de saison. Une
partie de leurs revenus est versée à la caisse du quartier. Aichata Konaté et
Nantené Keïta sont toutes deux maraîchères. Pour la première, cette initiative
leur permet de sortir du chômage, de travailler et produire.
La seconde estime qu’en plus les femmes approvisionnent en produits bio la cantine scolaire du quartier. «Ainsi, nous nourrissons nos enfants avec ce que nous produisons, car la cantine scolaire est gérée par les femmes du quartier». Les autres quartiers de la capitale doivent prendre graine de cet exemple. Comme le dirait Voltaire dans Candide : «Que chacun cultive son jardin !».
Oumar SANKARE
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